Comme promis, voici un petit mot pour évoquer brièvement ma chtite participation à la coursinette du petit Paris :
ç%&J ç%&8k (je m'éclaircis le clavier)
Maintenant que mes jambes me permettent de nouveau de me porter, je pense que le moment est venu de faire un petit cr de cette course folle que fut the marathon of le Pariss.
Bon. Tout commence par ce pâle matin où qu'y fait froid. Quand je descends pour le p'tit dej à l'hôtel, je suis d'abord étonné de voir que celui-ci accueille une confédération de gens tous probablement venus pour une gay pride si j'en juge par les tenues flashy, bariolées et toutes plus excentriques les unes que les autres qu'ils portent tous en mangeant leurs chocapics et leurs tartines de clenbuterol.
Puis je me regarde moi-même et m'aperçois que je suis également drôlement accoutré, avec un maillot hyper moulant très près du corps et mettant bien en valeur mes tétons turgescents (il faisait froid je vous dis) et des baskets vert pomme que personnellement je n'oserai pas mettre sauf que là apparemment si. Bizarre, tiens que nous arrive t-il aujourd'hui ? C'est la fête…
Bon. Je prends mon petit dej exactement tout pareil que comme l'indique mon numéro spécial marathon de "spécial marathon, le magazine des marathoniens spéciaux." Je prends un thé et je retourne une dernière fois dans ma chambre pour y faire la grosse comm. Point de Nafissatou du dernier instant. Je reste concentré. Je vais bien, tout va bien.
Direction le métro jusqu'au point de ralliement du marathon à la station chaipluquoi, de toute façon, je suis en mode mouton, je suis les autres. Car le métro est bondé de gens en tenus de sport moulantes, on se reconnait entre nous grâce à cette odeur rance de nylon macéré dans la transpiration que nous exalons tous. Je suis le troupeau sans meugler. Beaucoup font des photos, ça commence à être la cohue. Ça bouchonne à la sortie de la station, je regarde derrière moi et je me demande si c'est pas la fashion week spécial mauvais gout, ou le tournage d'un mauvais épisode des powers rangers. C'est dans ces moments là qu'on se dit que les fabricants de vêtements sportifs doivent bien se foutre de notre gueule quand ils conçoivent leur produit :
- et là, on rajoute une énorme bande fluo sur le devant ! qui ferait comme tout un passage piéton sur le gars
- oh non, ça passera jamais les mecs ! on exagère, là !
- avec les feux tricolores sur les manches en plus !
- roooh, putain si ça passe, la barre de rire !
Bref, environ 1/8ème de la production mondiale de gilet de sécurité se retrouve à défiler en direction des consignes. Prévoyant, j'ai mis mes affaires perso dans mon petit sac bleu estampillé "marathon de Paris", comme environ les ¾ des autres participants au marathon. Ça va être une drôle de pagaille au retour, pour faire la différence entre tous ces sacs, mais on est comme ça nous autres les 30.000 mecs et nanas au sac bleu, des sacrés déconneurs !
Bon ou mauvais augure ? En arrivant dans la zone coureur, un type se fait rouler sur le pied par une bagnole juste à coté de moi, il hurle, vraisemblablement un de ces doigt de pied n'a pas supporté l'affront. Les noms d'oiseaux fusent genre "putain mais gros connard" (vous en connaissez vous des oiseaux qui s'appellent connards ? oh dis donc, j'ai vu un joli vol de connard ce jour, c'est la période de migration des gros connards, un œuf de connard…jamais entendu ça mais bon), marathon fini avant d'avoir commencé pour le pauvre gars. Ça fait flipper, je m'éloigne de l'infortuné avant qu'il ne me porte la poisse.
Bon, je donne mon sac (bleu) à la consigne et ensuite, je suis le mouvement de la foule vers l'arc de triomphe. Je traverse le rond point de l'Etoile ou apparement y'a des parisiens en voiture assez fous pour quand meme traverser la zone alors que la place est noire de monde. Tout le monde porte le poncho de départ qui était dans le sac de course, sauf moi. Je croyais que c'était un bête sac genre sac fnac et j'avais pas pris soin de le déplier pour me rendre compte de ma fatale erreur, je m'étais juste posé la question de savoir pourquoi ils nous refilait un bête sac en plastique. J'avais maintenant la réponse et bien l'air stupide avec mon zeugma et sans mon poncho. Le regard des autres fut terrible, d'autant que j'avais ma vieille polaire dont je me sers pour entretenir le jardin en hiver, ce qui expliquait son aspect pas très propre, mais bon, j'avais de toute façon prévu de m'en séparer sitôt que je serai assez chaud. Je profite de mes derniers instants avec elle pour me remémorer, une larmes fugace à l'œil, toutes les aventures jardinatoires que nous vécûmes ensemble. Polaire, tu futes plus qu'un pull, tu futes une amie. Que ton agonie sur les trottoirs parisiens te soit rapide.
Avant de me rendre au départ, je décide de faire une vidange stratégique intestinale, l'image d'une Sonia diarrhéique perdant le contrôle de son sphincter quelque part aux alentours du 30ème me hante, je me force donc. J'ai une cabine qui a du papier, la chance , mais qui est déjà toute remplie , la moins chance. Je vais déposer ma contribution tout au sommet d'un petit everest de caca qui sort de la cuvette…je dis ensuite bon courage à l'alpiniste suivant en sortant. Fin de la parenthèse scatologique.
L'âme et le cul léger, je me dirige ensuite vers le sas des 3h30, y rentre et poussé par le mouvement, je vais tout devant, ce qui fait que je me retrouve en fait juste derrière les meneurs d'allure des 3h15, pas bien compris leur système. Mais du coup, je panique et je me dis qu'il faudra que je temporise mon début de course et que je cherche pas à suivre ceux-là au risque de rapidement imploser/exploser.
Départ – 15min : la pression monte doucement. Les gens sautillent, se parlent, se concentrent. Je refais mes lacets pour la 78ème fois, je n'étais pas satisfait sur la chaussure gauche de de la longueur de la boucle gauche de mon triple nœud plus courte environ de 3 mm par rapport à la droite. Ce sont dans les petits détails qu'on gagne à être connu, comme disait un type.
Un bruyant américain à quelques mètres de moi ponctue chaque phrases du speaker par un "great !". Il demande ensuite autour de lui en américain d'où sont originaires les gens, on apprend qu'il y a de tout, des espagnols, des italiens, des français bien sûr, un mexicain (en poncho mais bon, ils sont fournis par l'organisation alors ça compte pas). Vient mon tour, je me présente comme citoyen Kenyan, mais apparemment personne ne me prend au sérieux, l'américain dira juste "great !". Nous autres kenyans blancs avons encore beaucoup à prouver par rapport à nos compatriotes de couleurs.
Pour me détendre avant le départ, je regarde les meufs, je n'aurai de cesse de le faire durant toute la course, tel un leitmotiv, mon gel énergétique "coup'd'boost" à moi. J'aperçois une japonoise d'un fort beau gabarit esthétique. Je lui propose de lui servir de guide dans Paris mais elle ne comprend pas le Kenyan, bon tant pis, je me contenterai de lui matter les fesses.
0'00 : c'est enfin le départ tant attendu, on s'élance, ça y'est, c'est parti, la course commence, je m'élance sur le marathon de Paris en commençant par la descente des champs elysée, cette glorieuse avenue aux innombrables pavés chargés d'Histoire et d'oxyde d'azote. Elle en aura vue des défilés grandioses et des grands hommes la fouler. Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, le porte-avion Charles de Gaulle, les waffen SS (cassdédi à Derrick !), Vercingétorix, Michel Vaillant (dans l'album : 300 à l'h dans Paris aux éditions casterman). Etre ainsi le digne successeur de ces icones me transporte d'aise et du coup tel un fringuant cheval de la garde républicaine au défilé du 14 juillet, je pose un petit crottin.
Km 0: Tremble Paris, ton champion est parti !
42km195 to go
C'est pas tout ça, y'a 42 km et des brouettes devant ouam, faut pas se laisser emporter par l'euphorie, donc, pour me donner du cœur à l'ouvrage, j'en profite d'abord pour pousser un vieux claudiquant qui traine par là. Je sais pas si vous avez remarqué, y'a toujours des vieux claudiquant au départ des marathons, des vieux tout sec qu'on se dit qu'ils vont probablement mourir pendant l'effort, mais au final non. Alors je pousse le vieux, parce que j'aime pas, ça me rappelle qu'on va tous mourir et que c'est pas lol, alors je le pousse. Bien fait. Prend ça dans ton cul la mort !
Ensuite, ben je me souviens pas trop de ce qui se passe jusqu'à la mi course. Comme prévu, je laisse filer les 3h15 et me tient près à me faire remonter par les 03h30. La meneuse d'allure arrive à ma hauteur à peu près une heure après le départ. Je décide de lui emboiter le pas, ce que j'ai réussi à faire à peu près jusqu'à la mi-course mais c'était compliqué quand même, à cause des bananes.
Je sais pas si je vous l'ai dit mais y'a des bananes aux ravito.
Km 11 : Un marathon ? J'appelle ça une promenade au bras de mémé !
31 km to go
Bon, nous voilà tous dans le bois de Vincennes bras dessus bras dessous, à l'aise dans nos slips de 3h30, on chante aux ravitos "si t'es fier d'être un 3-30 tape mange du raisin !!! si t'es fier d'etre un 3-30 mange du raisin …" y'a une bonne entente, on s'échange nos adresses, nos 06, certains en profitent pour se rouler une clope, bref, bon esprit. ça ira comme ça pendant une bonne dizaine de km, limite j'allais m'endormir mais là d'un coup, paf, la réalité vient se rappeler à mon bon souvenir quand je perd le groupe de tête, (le grupetto comme ils disent à la télé), ils étaient là et puis pouf plus rien.
A un ravito que normalement c'est marqué dans le règlement que la meneuse d'allure elle RALENTIT, ben mon cul, a peine je me baisse pour prendre une banane (il y a des bananes aux ravito) que pouf plus rien, largué le faman, tout le monde s'est barré sans rien me dire, je me retrouve comme un con avec des gens que je connais même pas, qui se présentent pas et même pour certain qui me poussent (gros con avec le haut kalenji rouge, si je te retrouve un jour, ça va être ta fête!)
Je regarde plus loin et je vois le groupe qui en a profité pour me mettre 50 mètres dans la vue, on voudrait me perdre dans Paris qu'on s'y prendrait pas autrement, alors là je me dis "ha c'est comme ça ? et bien maintenant c'est chacun pour sa gueule", et j'en profite pour balancer un low kick balayette à une petite vieille qui passe à ma portée, j'aime pas les petites vieilles, elles me font penser aux petits vieux.
Km 23 : Où es tu Claudine ?
19 km to go
Donc, après la trahison du groupe de tête des 3h30, et après avoir somatisé jusqu'au 25ème km, je décide de me la jouer en solo. J'échafaude une stratégie basée sur la banane et l'optimisation de mes trajectoires.
1 : je prends à la corde chaque virage
2 : je profite des moindres dénivellations du parcours pour me relancer (un trottoir, un talus, un type qui refait son lacet...)
3 : je prend l'aspiration des gros
4 : je passe en mode full banane (y'a des bananes aux ravito).
Lors de mon précédent marathon, c'est à partir du 27ème km que j'avais tapé dans le mur, je m'en souviens bien parce que c'est environ 12 mètres après que je me sois dit, "en tout cas c'est cool, j'ai toujours pas tapé dans le mur, si ça se trouve je vais rien ressentir
" que des crampes m'ont fusillé sans sommation les deux arrières cuissots…
Bref, donc là je me dis, "ma vieille couille" (je suis assez trivial quand je me parle à moi-même), "ma vieille couille, attention, tu vas incessamment sous peu taper dans le mur". Alors qu'en fait, pas du tout. J'ai continué comme ça benoitement jusqu'au 33ème km environ sans rien ressentir de particulier autre qu'une fatigue normale pour quelqu'un qui est assez con pour courir 33 km d'affilé avec rien d'autre comme espoir que de recevoir au bout du compte un morceau de métal au bout d'un ruban que même un rappeur west coast oserai pas arborer en concert, et un poncho en plastique bleu que même un roumain oserai pas porter au feu rouge.
Par contre cette fatigue s'est fait ressentir dans la vitesse. J'ai fait que décélérer depuis environ la mi-course. Et je décélère encore aujourd'hui c'est vous dire. Là je suis en vitesse négative actuellement. Enfin bon.
km 28 : Ici c'est Paris, Paris est magique ! (mais fait un peu mal aux jambes quand même)
14 km to go
C'est là qu'on aborde la partie rigolote de la course quand je traverse tous les tunnels de la vois Georges Poumpidouwaaa (marrant comme nom d'ailleurs) avec tous les copains du marathon. Alors là, j'ai quand même une pensée pour Lady D à l'approche du pont de l'alma, quand elle a décidé de toucher son 3ème pilier (blague suisse, pouvez pas test) ce qui fait que du coup je pense pas trop à moi et ça m'arrange bien parce que ça commençe à devenir dur. Aussi je me concentre sur le paysage et tenter d'éviter de voir les premiers abandonnant du parcours en train d'agoniser en vomissant leurs tripes. Une banane en guise de réconfort me permet de chasser quelques peu ces sinistres images de ma tête.
km 31 : Comme Ulysse sauf que c'est des km à la place.
je préfère pas y penser to go
Mais alors les copains, quand on est rentré dans le bois de Boulogne, j'ai jamais eu autant d'envies de meurtre à la seconde et pourtant ça fait longtemps que je suis sur hfr. Ça devenait si pénible que tout l'environnement extérieur me devenait proprement insupportable, j'ai haï le type qui avait eu l'idée de mettre un décompte en miles, we are in france we spike french bourdel
j'ai haïs cents tambours et autant de trompettes qui jouaient "un km à pied, ça use-heu, ça use-heu" j'ai haï les ceusses qui disaient connement pour nous encourager "vous avez fait le plus dur". NON, NON TU MENS, LE PLUS DUR IL EST DEVANT §§.
km Hein ? : tu déconnes là !
on peut discuter to go ? allez, on fait un deal à 2 km to go ? deal ?
La traversée du bois fut une épreuve terrible, je n'en voyais pas le bout, d'autant que nous glissions sur les peaux de bananes et les préservatifs aux ravitaillements, la dernière grande ligne de la reine chico du brésil fut épique. J'ai véritablement du me battre contre moi-même entre le 35 et le 39ème km, le mur s'est finalement insidieusement dressé devant moi, comme construit par un maçon ninja. (de chez Chong Li Da silva & fils). J'avais une irrépressible envie d'arrêter mais je savais que là bas au bout une montagne de banane m'attendait (il y a des bananes à la fin).
Km 37 : Allez tous vous faire enculer. Je veux mourir.
Un milliard de km to go
Curieusement au 39ème, tout s'efface, les deux derniers km furent un immense plaisir, je ne ressentais plus rien (Le fameux Boston effect meme si ça avait pas encore été inventé) je savais que je ne pouvais plus que finir maintenant et curieusement j'ai retrouvé de l'élan et j'ai réacceleré pour quasiment finir en sprint sur les 500 derniers mètres (bouffant au passage facile 40 ou 50 places au classement général, hahaha !) le prochaine fois j'essaye de sprinter depuis le départ, on sait jamais, y'a peut être moyen de faire un temps.
km 42,195 : Un marathon ça ? laissez moi rire !
Vous êtes arrivé à destination.
A l'arrivé, on m'a remis le traditionnel poncho bleu de la win comme il est de coutume. On s'est félicité entre 3h45 (vu que les 3h30, je leur parle plus à ces fumiers), mon temps officiel est donc 3h45 et 33 s soit 2 min moins bien que mon précédent marathon, c'est sans doute à cause de ces putains de merde de banane, j'ai du trop en manger, qu'on ne m'en parle plus. Je deteste ça.
Au stand Gatorade un jeune chevelu me tend une bouteille contenant un liquide bleu et m'intime de la boire. Je refuse arguant du fait que c'est déjà assez coton de courir un marathon alors si en plus c'est pour nous faire boire de la pisse de schtroumpf, après, merci bien. Le freluquet baissera les yeux en signe de honte. Je n'ai plus ensuite que le temps de courir jusqu'à la consigne en rampant, d'attendre 3h que le personnel de service se souvienne que mon sac est celui dont ils se sont servis pour s'essuyer les pieds toute la matinée et je peux enfin contacter les miens, restés au pays.
Un pote lointain qui a couru aussi le marathon m'appelle pour me demander où je suis et m'invite à le retrouver, pour plus de commodité, je lui indique que j'ai un poncho bleu, il me signale que lui aussi. Nous ne nous retrouverons jamais.
Bref, long, j'ai couru un marathon.