| el muchacho |
gfive a écrit :
Le nearshore, ça marche fort... Dans l'ex GfiveCorp (qui a délocalisé au Maroc), c'est trop la fête... * Le mec recruté dans mon ancienne équipe (au Maroc, donc, selon la règle qui veut qu'une équipe avec 2 mecs ici et 1 là bas va marcher aussi bien qu'avec 3 ici), est parti au bout d'un mois de période d'essai (après avoir eu la formation sur 5 jours) * Un des mecs recrutés dans une équipe projet était en fait venu pendant ses congés... Après 3 jours de formations, il a lâché l'affaire, Si on ajoute à ça l'ambiance de merde en France, l'absence totale d'expertise technique sur la techno de leur prochaine version depuis mon départ (ils ont pas cherché à recruter, ils pensaient que 2 ou 3 marocains feraient l'affaire, mais en fait ils trouvent pas de profil.. et en France non plus, en tout cas pas au prix qu'ils proposent, et le seul mec qui pourrait jouer ce rôle dans la boite est sous l'eau en permanence parce qu'ils l'ont bombardé chef de projet de plein de trucs - à la place de mon N+1 qui s'est barré) bref.... Ca fait mal au coeur de voir ça, d'un côté. De l'autre, ça fait drôlement marrer de voir les graaaands stratèges se planter (parce que v comme c'est parti, il ne fait aucun doute qu'ils vont au carton : leur prochaine version va être merdique et/ou très en retard OU va leur coûter un bras, une couille et la peau du cul en prestations en urgence pour que ça marche)
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Ca ne m'étonne pas tiens. La dernière proposition d'emploi qu'on m'a faite, dans le domaine du commandement en défense, c'était pour diriger une petite équipe d'archis, avec tous les devs délocalisés (oui maintenant on délocalise les devs dans la défense). J'ai refusé en expliquant que pour avoir déjà fait exactement ce genre de truc (squelette fait sur Rational Rose, et coloriage en Inde) : 1) je ne crois pas aux bénéfices sur le long terme dans une configuration offshore. Une constante est qu'on ne parle pas des échecs. On les cache sous le tapis. Résultat: il n'y a pas d'accumulation de connaissances sur le sujet et on ne connait pas le pourcentage de succès et d'échecs. Attention, rien à voir avec l'ouverture d'un centre de R&D dans un autre pays, avec ses propres projets menés de A à Z. 2) ça enlève une grande partie de l'intérêt de l'activité dans les deux équipes. Si le gars que vous avez recruté au Maroc était bon, ça ne m'étonne pas qu'il se soit cassé à la première occase, le boulot est extrêmement frustrant et dévalorisant. Cela revient à visser les boulons en suivant un plan IKEA pour un menuisier. Les seuls qui restent sont ceux qui n'ont pas le choix. De l'autre coté, c'est aussi très frustrant d'arrêter le développement au niveau du tableau noir et de ne pas pouvoir mettre les mains dans le cambouis pour voir le proto fonctionner. C'est quand même le fait de voir le fruit de son code tourner comme prévu au cours d'un test qui donne tout le plaisir à la programmation. Or là, ce plaisir est absent. On sent que ceux qui ont inventé cette organisation du travail ne sont absolument pas des gens qui ont pratiqué la programmation. 3) je ne souhaitais plus contribuer à la délocalisation d'emplois au vu de ce que ça a donné dans l'industrie française, et pour la bonne raison que la perte de compétence dans une industrie est une perte lourde et généralement définitive. Dans les faits, lorsqu'on a perdu les compétences et le savoir-faire dans une industrie particulière, je ne connais pas de cas où il ait été retrouvé par la suite. Par exemple, peu de gens savent que le pays des frères Lumière a fabriqué des appareils photo et des caméras comme Leica le fait encore en Allemagne. Autre exemple: l'industrie de la haute couture est moribonde en France, et il ne reste plus que 2 ateliers. Lorsque ces deux là fermeront et que les couturières expérimentées seront toutes à la retraite, je doute fort qu'il y aura une relève, tout sera fabriqué en Chine et la perte sera définitive. Or la délocalisation des développements contribue fortement à la perte de compétences dans une industrie vitale aujourd'hui. Sur le long terme, je pense que ce genre de politique peut être absolument désastreux. Dans le pire des cas, c'est toute l'industrie qui meurt, dans le meilleur des cas, c'est la notoriété du pays dans le domaine qui est inexistante et donc l'industrie ne croît pas et ne sort pas des frontières nationales. Evidemment, les gens qui ont les yeux rivés sur les 6 prochains trimestres n'ont que faire de ce genre de réflexion. |