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La musique grave et discrète des trous noirs
LE MONDE | 11.09.03 | 13h02
On savait le cosmos infini, brillant et parfois invisible. On l'imaginait silencieux parce que le vide ne transmet pas les ondes sonores, et le voilà soudain bruyant. A bien y réfléchir, cela n'est peut-être pas aussi surprenant qu'il y paraît, eu égard aux phénomènes violents qui le secouent. C'est ce que vient de montrer une équipe d'astronomes dirigée par Andrew Fabian de l'Institut astronomique de Cambridge (Grande-Bretagne) en s'aidant d'observations menées en 2002 à partir du satellite américain d'astronomie X Chandra.
Les capteurs de l'engin ont à cette époque été pointés sur une région du ciel, distante de nous d'environ 250 millions d'années-lumière, contenant l'amas de Persée. Dans cette zone existe un trou noir supermassif, un de ces monstres cosmiques fruits de l'effondrement d'une étoile supermassive qui avale toute la matière qui l'entoure à un rythme soutenu. Et là, raconte Andrew Fabian, "nous avons détecté des sons en plus des torrents d'énergie et de lumière que crachent ces objets".
UN ORCHESTRE COSMIQUE
Des sons totalement inaudibles pour l'oreille humaine puisqu'ils se situent dans une gamme de fréquence "un million de milliards de fois" plus basse que celle que l'homme est capable d'entendre. " Un son si grave", a précisé Bruce Margon, le directeur adjoint du Space Telescope Science Institute de Baltimore, à l'intention des musiciens, qu'il correspond à un si bémol situé cinquante-sept octaves en dessous du do médian produit par un piano. Par comparaison, cet instrument pourtant riche ne possède que sept octaves. De là à imaginer un orchestre cosmique, il y a un pas que les astronomes se gardent bien de franchir.
Leur intérêt est bien évidemment ailleurs. La découverte de ces ondes sonores et de la quantité phénoménale d'énergie qu'elles transportent - l'équivalent, affirment les chercheurs, de celle produite par une centaine de millions de supernovae, des étoiles en fin de vie - pourrait permettre de résoudre un mystère qui intrigue les astronomes depuis longtemps : pourquoi y a-t-il tant de gaz très chaud dans les amas de galaxies et aussi peu de gaz froid ?
Au fil du temps le milieu aurait dû se refroidir, les nuages de gaz se densifier, créant ainsi dans ces amas des conditions favorables à la naissance d'étoiles. Il n'en est rien. Kim Weawer, astrophysicienne au Centre spatial Goddard de Greenbelt (Maryland), qui dépend de la NASA, et Steven Allen, de l'Institut astronomique de Cambridge, pensent que ces ondes sonores intergalactiques pourraient être à l'origine de ce processus de réchauffement et un début d'explication pour comprendre comment les amas de galaxies, les plus grandes formations de l'Univers, peuvent grossir. - (AFP)
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