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Informatique : la croissance est de retour, les SSII peinent à recruter
En France, l'activité des sociétés de logiciels et de services a crû de 6,5 % au premier semestre. Pour certains profils, les recrutements sont difficiles, les jeunes boudant le secteur
Oublié le trou d'air de 2002 et 2003, dû à l'éclatement de la bulle Internet et à la fin des énormes investissements consentis par les entreprises pour faire face aux passages à l'an 2000 et à l'euro. Même si elle est loin des taux de 13 % à 20 % affichés entre 1998 et 2001, la croissance du secteur des logiciels et services en France se confirme depuis 2004 (+ 4 %, suivie de + 7 % en 2005).
Au premier semestre 2006, le secteur a enregistré une progression de 6,5 %, avec un chiffre d'affaires cumulé de quelque 15 milliards d'euros. " C'est près de trois fois la croissance économique du pays ", se félicite Jean Mounet, président de Syntec Informatique, le syndicat professionnel.
Cette croissance a été homogène. L'infogérance (prise en charge partielle ou totale de l'informatique) avait tiré le marché en 2004 et 2005. Aujourd'hui, les autres secteurs - conseil, réalisation de projets, informatique embarquée, édition de logiciel - augmentent autant. Toutefois, l'ingénierie reste de loin le premier marché (42 % du chiffre d'affaires), suivi de l'infogérance (31 %), des progiciels (21 %) et du conseil (6 %).
Si l'informatique a connu une période où le secteur public tirait la profession, les banques, les assureurs et les opérateurs de télécommunication ont pris le relais. Les entreprises consacrent une part de plus en plus importante de leurs dépenses à l'informatique. " Sur 100 euros dépensés, 42 euros concernent les logiciels et les services ", note M. Mounet.
Enfin, cette croissance est homogène en Europe. " Il y a deux ou trois ans, le Royaume-Uni et l'Espagne avaient des taux de trois ou quatre points supérieurs aux autres pays. Aujourd'hui, indique M. Mounet, excepté l'Italie qui est en retrait, tous les pays, y compris l'Allemagne plutôt à la traîne pendant des années, connaissent une croissance comprise entre 5 % et 9 %. "
En France, le secteur des éditeurs de logiciels et des SSII reste fragmenté avec plus de 20 000 entreprises, dont seulement 2 000 comptent plus de dix personnes. Dans un marché dominé par IBM Global Services, une seule société française, Capgemini, figure parmi les dix premiers acteurs.
Ce morcellement conduit à une multiplication des concentrations, tant au niveau français qu'européen. La plus significative a été, en septembre 2005, le rachat, pour 930,3 millions d'euros, de la quatrième SSII française, Unilog, par le britannique LogicaCMG (Le Monde du 20 septembre).
" Mais il y a eu une multitude d'opérations de taille beaucoup plus petite ", souligne M. Mounet. Selon le cabinet de conseil Regent Associates, plus de 600 opérations de fusion-acquisition ont eu lieu au premier semestre 2006 en Europe, concernant pour deux tiers des SSII et pour un tiers des éditeurs de logiciels.
Ces deux secteurs se caractérisent aussi par leur recrutement massif de cadres. " En 2006, nous allons en recruter 40 000, dont 10 000 créations nettes. Ce qui fait de nous le premier secteur " recruteur dans cette catégorie, indique M. Mounet.
La profession, où l'âge moyen s'élève à 35 ans, commence à connaître une forte tension sur les recrutements des meilleurs profils : chefs de projet, ingénieurs spécialisés dans les nouvelles technologies, commerciaux, consultants spécialisés...
Paradoxalement, si le turn-over s'est accru de manière assez sensible, les salaires augmentent, mais assez peu, selon M. Mounet. La tension sur le recrutement tiendrait à une relative désaffection des jeunes pour les carrières informatiques. " C'est un peu passé de mode. Il y a un vrai problème d'attractivité et nous aurons encore des difficultés à recruter en 2007 ", affirme M. Mounet.
Le Syntec vient de lancer une étude auprès de l'institut sociologique Cofremca sociovision pour comprendre les réticences des jeunes, qui représentent pourtant les deux tiers des recrutements.
Autre sujet de préoccupation : les informaticiens au chômage. " Nous avons constaté une forte décrue. Ils étaient 52 000 fin 2003 et 30 000 fin juillet 2006. " Un quart vient des SSII et des éditeurs, soit 7 500 sur une population globale de 300 000 salariés.
Nathalie Brafman
© Le Monde