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Auteur Sujet :

La moyenne Encyclopédie du pro-fesseur Talbazar.

n°49576808
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 01-05-2017 à 15:17:35  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La jet larguée. Extrait numéro 19.

 

https://img15.hostingpics.net/pics/9990706598.jpg

 

Alors que l’avion brisé ne trahissait plus sa présence que par un mince bulbe blanc émergeant du marigot au milieu des irisations de kérosène, il plongeait avec lui dans la boue mouvante les enregistrements de ses deux boîtes noires. Ces dernières portaient la preuve que les pilotes avaient suivis l’intégralité d’un match de foot au cours du vol, que l’hôtesse Kim Kosanshian au chignon impeccable avait pris les commandes pendant 30 minutes exactement, qu’une autre leur avait lu des poèmes chinois pendant un quart d’heure, que la qualité des équipages n’était pas en cause, mais que bon, le moteur numéro 2 était en feu avec un réacteur complètement hors service et qu’on allait se poser, enfin sans doute s’écraser, dans une zone inhabitée autant qu’inabritée, puisque bâtie de vieilles ruines. Le commandant de bord Steven Eight indiquait donc un soudain changement de cap, pour effectuer un atterrissage en catastrophe sur une île minuscule balayée par les vents. On l’entendait franchement rire de la tête ahurie du copilote Jack-André Tyler transformé pour le coup en planeur. Les réservoirs étaient plus secs que les plateaux-repas de la Petro Jelly et on appliquait les procédures d’urgence pour que les passagers puissent intégrer le pire sereinement. Ce qui n’irait pas sans provoquer des angoisses et susciter des interrogations, mais qu’une fois l‘avion immobilisé et partiellement détruit, ceux qui survivraient sauraient certainement s’adapter pour le mieux au changement d’horaire. Jack André se voulait toutefois confiant, il communiqua même à son collègue que sous ces latitudes, si par hasard des pompiers les attendaient quand même, leur eau ne risquait pas de geler dans les lances à incendie. Dommage, lui répondit Steve, puisque pour se protéger du froid, les survivantes se seraient serrées contre nous. En syndicaliste modérément militant, ouvertement nostalgique des rototos et des basculos d’autrefois, traîtreusement remplacés aujourd’hui par les commandes électroniques et les écrans qui offrent tous le loisir aux pilotes de se gratter les couilles ou le minou, mais les submergent  d’un trop plein d’infos, Steve plaisantait sur le fait qu’à la Petro Jelly, la maintenance des appareils coûtait nettement moins cher que le prix du billet. Jack le sous-traita d’ingrat, vu que leurs salaires continuaient en général de faire sourire les banquiers. Enfin bon, les box dévoilaient minute après minute qu’on faisait son boulot et qu’on transmettait les informations, Steven ajoutant au passage que le score du match de foot constituait un bilan révoltant. En retour, le guidage au sol prouvait qu’il savait parfaitement réagir au type d’anomalie rencontrée, puisqu’il souhaitait plein de courage aux pilotes. Ensuite, on entendait quelques crouic … crouic… et puis plus rien. Les centrales de calcul des positions de l’avion le donnaient en dernier lieu pour quelque part au-dessus de la mer. 120 ordinateurs pour confirmer qu’en dessous, il n’y avait que de l’eau tiède à perte de vue et qu‘il fallait faire avec.

 

Après avoir construit sur la plage son temple de bambou avec l’aide de quelques fidèles, Eloi de Pouillet haranguait ses ouailles pour faire la chasse aux singes et les éliminer, vu que ces animaux scandaleusement pourvus de jambes, de bras et de mains n’étaient qu’une violation de sa loi divine, une offense évidente à la dignité humaine ; puisque ces sales bestioles témoignaient, en plus, d‘un certain degré de réflexion en s‘équipant d‘outils. Ils avaient même peinardement pris possession d’une rangée de sièges perdue dans la jungle, sur lesquelles ils prenaient du bon temps, poussant le vice jusqu‘à se mettre des casques glanés ici et là sur leurs oreilles décollées. Puisque Dieu avait créé par inadvertance ces créatures odieuses, il fallait réparer son erreur. C’est au cours d’une de ces battues aux simiens que son groupe tomba dans les buissons sur une sorte de totem sculpté dans un morceau de tronc, figurant un visage grossier dont les cheveux étaient réalisés par une couronne de vieilles brosses à dent. Ce portrait démoniaque n’était quand même pas l’œuvre des singes, c’est en tout cas ce qu’affirma Eloi à ses sectateurs apeurés, pour leur redonner confiance en lui. Il avait en effet le lourd fardeau de se charger d‘âmes. Le problème essentiel posé par ce diable exotique provenait surtout du fait que, si les brosses à dent étaient usées et relativement anciennes, la peinture qui recouvrait cette chose semblait sinon fraîche, du moins assez récente. Il garda cependant ses réflexions pour lui et céda même au désir insistant des autres qui voulaient ramener le fétiche au campement, en dépit de sa mise en garde sur le fait de pactiser avec le démon en accordant trop d’importance à leur découverte. On rajouta tout de même le totem aux trente singes tués à l’aide d’arcs et d’arbalètes improvisées. Lorsqu’il revinrent aux abris, le commandant Steven était absent, puisqu’il s’était éloigné dans les rochers pour taquiner le poisson. Un pilote de ligne peut très bien se reconvertir en pêcheur à la ligne, ce n’est après-tout qu’une question de matériel. Appelé à faire usage de sa science, Pierre Simon Langevin identifia immédiatement la trouvaille comme étant l’œuvre des Gouroungourous, la tribu autochtone de cette île que l‘on donnait pour complètement disparue. Il colla un brin de pétoche à certains en rejoignant Pouillet sur le fait que la sculpture n’était pas très vieille, mais cette affirmation redonna de l’espoir à d’autres, puisqu’elle suggérait que l’île puisse être habitée, quand bien même les locataires du coin auraient des plumes dans le cul et des os dans le nez. Loin de toute cette agitation, Steve surveillait son bouchon derrière ses lunettes noires à côté de Jack, lui-même en train d’essayer de percer quelque poisson nageant dans l’eau transparente, avec un harpon maison. Le suicidaire Louis de Bourvil flottait un peu plus loin dans sa brassière, maintenu ferment par le général Karl Ashnigof, dans l‘eau jusqu‘aux reins. On était aussi peinard qu’un jour de vote et Steve profitait du paysage enchanté, la mer le fascinait depuis toujours et pour l‘heure, il attendait qu‘elle fût nourricière pour la communauté.

 

– Tu sais Tintin, en général, la moitié des crash accuse des fautes de pilotage.

 

– Faux, les trois quart des accidents résultent d’erreurs humaines, ça inclut les passagers.
 
– Oh, tu joues sur les mots. Je crois qu’en mon fort intérieur, je préfère quand même être ici à cause d’un feu de réacteur qu’en raison d’une alerte à la bombe. Un accident mécanique, c’est franchement plus noble que l’absurde menace d’un délire terroriste.

 

– Le résultat est le même, en tout cas, mais autant vivre cette aventure à fond pour le moment. On finira bien par nous retrouver. L’AIS a dû transmettre notre nouveau plan de vol à tous les organes de sécurité. Les secours savent où on est.

 

– Je te signale qu’on a plongé dans un espace non contrôlé, hors des zones d’activité. C’est pas demain la veille qu’ils vont se pointer ici, même en surfant comme des dingues sur le jetstream !

 

– On transportait quoi pour l’émir du Boukistan, d’après-toi ? on a rien retrouvé, ou le truc a cramé.

 

– Je n’en sais rien, on ne m’a pas donné l’info avant le départ.

 

Dominique Quenique vint les prévenir de la découverte insolite faite dans la forêt, ils retournèrent avec lui au campement. Tous les trois suaient à grosses gouttes en marchant sur le sable brûlant et Jack enleva sa chemise. On avait survécu à l’accident, mais on allait peut-être crever de chaud ! Loraine Careaway fut la première sur laquelle ils tombèrent en arrivant aux cabanes. Elle discutait avec Jenifer Hardy au longs cheveux rendus collants par l’air poisseux, qui lui demandait ce qui était prévu pour le repas.

 

– Du singe.

 

– Encore ! Putain j’en ai marre. Ces bestiaux là me font des hanches. C’était chez le mannequin une sorte de règle, elle ne disait du bien que de ceux qu’elle aimait. Pourtant, la viande de singe n’était pas plus mauvaise que les bigorneaux ramassés à foison par tous les ramasseurs-cueilleurs improvisés.
 
 Une tension métaphysique barra tous les fronts et tirailla toutes les lèvres, lorsque Steven examina soigneusement le totem sous toutes les coutures. Il attarda longuement son regard sur les brosses à dents, mais la coiffure multicolore et incongrue ne semblait pas propre à lui faire pratiquer l’humour.

 

– Oui, effectivement, il y a quelque chose qui cloche avec ce bidule, il n’a pas l’air d’être très vieux.

 

– En tout cas, fit le multi-millionnaire Michel Tatol, si ces Gouroungourous ont le temps de s’amuser à faire des trucs pareils, c’est qu’une classe moyenne avide de loisirs a du émerger récemment dans la tribu. C’est moche et inutile, ceci étant dit.

 

– Ben, la pensée symbolique de l’art était aussi contemporaine de l’industrie chatelperronienne, pourtant ces gars là ne chômaient pas vraiment pour trouver à bouffer.

 

Langevin voulait lui répondre juste pour le contredire, parce qu’il n’aimait pas vraiment le riche héritier. La science aime le pognon, mais pas toujours, surtout si les enveloppes officielles des subventions vont dans les autres services, ou dans les autres poches.

 

– Contrairement à moi, le toisa Tatol, vous les savants vous n’êtes que les rouages du système, mais moi je suis ce système. Une entreprise, ça s’achète ou ça se détruit, et en fin de compte, les gens c’est pareil, qu‘ils soient chercheurs au CNRS ou pousse boulons. Ce sont les gens comme moi aux mégaprofits qui décident comment doit tourner ce monde, pas vous.  

 

– C’est ça. On fait les guerres, on les arrête et tout va bien, puisque le commerce en profite. Et bien entendu, les habitants des pays émergents que vous pillez sortiront de la misère quand ils apprendront à placer correctement leurs économies. Vous êtes pitoyable et malsain. Chômage, inégalités, climat pourri, corruptions, c’est pas votre came, hein ?

 

– Sale gauchiste. Et diplômé, en plus, un comble.

 

– Belle déclaration finale, qui pourrait bien être le faire-part de naissance de mon poing sur ta gueule. Ici tu es comme les autres et finalement tu vas payer comme tout le monde, en te salissant les mains, le renouvellement du bail sur cette île. Si tu bosses pas comme les autres, ça tournera vinaigre, te voilà prévenu. Terminé de glander sur la plage pour tracer des SOS pendant qu‘on s’échine à te nourrir. Des signaux auxquels tes petits copains de la finance n’ont pas l’air de porter grand intérêt, soit-dit en passant.

 

– Ah, mais il va bientôt me bassiner avec son manque de liberté, la censure et les suppressions de postes chez les enseignants-chercheurs ! Mon pauvre mignon, le savoir n’est rien d’autre qu’une marchandise comme une autre. Vous, le castriste à propagande, je fais ce je veux sur cette île et votre responsabilité collective, vous pouvez vous la coller bien profond.
 
 Loin de ce débat houleux, alors qu’elle triait ses affaires dans la case qu’elle partageait parfois avec Steward, Shirley maintenait ses vols, car la jeune hôtesse cleptomane venait de se rendre compte qu’elle avait subtilisé sans l’avoir voulu le pistolet de Moktar Bouif pendant le vol. Il y avait une logique dans l’enchaînement des faits, puisqu’elle lui avait aussi inconsciemment piqué les munitions

 

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Message édité par talbazar le 01-05-2017 à 15:50:14
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Posté le 01-05-2017 à 15:17:35  profilanswer
 

n°49641310
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 06-05-2017 à 13:05:08  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Noeud coulant pour Martin Smith. Extrait numéro 38.

 

https://img4.hostingpics.net/pics/480481362565695.jpg

 

Pour pratiquer le sénateur Rupin, il fallait des gaziers au cv bien rempli, des fortiches de la cambriole au passé médaillé. Dédé la Taloche, spécialiste du perçage de coffre et Totor Rouquin, expert en alarmes, furent donc les compagnons de l’escamote que Sisco Matteï désigna pour venir à bout du meuble blindé chez le nouveau client. Ces deux visiteurs de la nuit ne furent pas mécontents de reprendre du service, puisque leur garde rapprochée à la Rose Noire finissait par sombrer dans la routine ennuyeuse. Les ennuis de Pietro le Corse venaient d’apporter un peu de piment au fonctionnement de la boutique, mais eux n’étaient pas concernés par cette embrouille regrettable au sujet de ce Sugar Daddy. Deux jours après la confrontation du patron avec Teddy la Fouine, leur camion bourré du matériel nécessaire, ils descendirent tranquillos dans le sud en compagnie de leur boss, d’autant plus sereins que le prochain boulot recevait d’après lui la sainte bénédiction des poulets. Un comble. Cerise sur le gâteau, le propriétaire influent était absent pour un moment et la baraque se trouvait vide d’habitant, cette nouvelle affaire sentait plutôt le muguet. On ne devait pas toucher au contenu du coffre après son extraction, mais les compères pouvaient se rabattre sur les tableaux, l’argenterie et tout ce qu’il était loisible d’emporter, après estimation de la forte valeur sur le marché du mobilier trouvé. Dédé et Totor n’étaient quand même pas du genre à travailler pour des prunes. Le premier claudiquait un peu quand il était fatigué, parce que pour fêter ses trente deux ans, il avait reçu une balle dans le genou. Il prenait pas mal de cocaïne et ça le faisait souvent trembler. On lui prêtait une vieille aventure mexicaine, au cours de laquelle il avait fait un peu de ménage sanglant pour le compte du cartel des frères Subito, ceci-dit tout le monde savait que c‘était faux. Dédé la Taloche voulait mourir en jouissant sur une belle fille, ça c‘était vrai. L’autre pesait presque cent kilos, mais à la Rose Noire on le charriait sur le fait qu’il n’était pas musclé mais gras. Il portait des lunettes rondes et fines qui ne lui allaient pas et lui donnaient une bouille d’Hamster. Totor était brun, on l’appelait Rouquin en raison d’un pari idiot, au cours duquel il avait avalé cul-sec un litre de rouge presque sans débander. De braves chignoles, les deux gars, qui savaient jouer de la gâchette à l’occasion, avec la froide résolution de la nécessité. Des experts sans pareil dans leur domaine, aussi. Deux pères peinards de l’activité criminelle habitués à rentrer chez les autres sans invitation. Avec eux, la mise à sac de la maison Rupin allait certainement être du billard.

 

En plein jour, elle frappait joliment les rétines, la villa du sénateur. Perchée sur une colline isolée et bercée par le chant des cigales, la riche bâtisse dominait la garrigue avec prétention, comme son croulant de propriétaire le faisait du populo. Verdure et jeux d’eau jouaient dans le parc devant la grande et calme façade aux parois obliques, dont la peau extérieure s’habillait d’un puzzle de belles céramiques d’un brun colorado. Un long balcon apportait son rythme horizontal en surplombant tout le rez-de-chaussée accessible par un charmant raidillon. L’ensemble du bâtiment illustrait un concept architectural audacieux, lequel s’intégrait harmonieusement dans l’environnement. La splendide demeure, où la pierre naturelle et les bandeaux de céramique se mettaient réciproquement en valeur, respectait par ailleurs d’une heureuse manière la topographie du lieu et s’unissait à la nature de façon réfléchie. Le cachet affirmé de cette baraque à l’architecture contemporaine prouvait de façon magistrale et à elle seule la bonne santé des finances du mondain qui l‘occupait. En réalité, tout ce que les trois hommes connaissaient sur l’oiseau qui coulait des jours heureux ici, c’était sa vieille tronche à la télé, quand il ramenait sa gueule sur sa vision du monde qu’il pourrissait allègrement de ses magouilles. Une petite atteinte à sa vie privée allait rétablir l’équilibre sur ses atteintes à la vie publique qui l’engraissait, l’affublait de la légion d’honneur et le rendait hautement respectable, tout en couvrant malgré elle ses officieuses manigances. Derrière les hautes grilles, le trio resta un bon moment à se rassasier les yeux de ce véritable joyau isolé, qu‘il allait reconvertir en supermarché de la brocante de luxe. La stratégie globale reposait avant toute chose sur le flair de Totor Rouquin, afin de prendre un ensemble de mesures susceptibles de les faire rentrer sans alerter immédiatement le commissariat du bled. Une intrusion inconsidérée déclencherait aussitôt un processus infernal et de la prison ferme. Il n’y avait pas de clôture de sécurité du genre électrifiée en dehors du simple et haut grillage extérieur, mais un bataillon de caméras judicieusement placé fournissait sans doute de belles images pour venir plus tard épauler les flics en cas de visite non autorisée. La surveillance de l’endroit se basait sur un système informatique complexe, il aurait mieux valu qu’elle le fût sur de simples pièges à loup posés au bon endroit. Pendant que, réfugiés dans le camion, Dédé la Taloche se collait un rail dans le pif après avoir fait tomber son col roulé vert, Totor en tee-shirt blanc bricolait sa gentille cyberattaque sur le cerveau domestique de la villa, réputé inviolable par son naïf commercial. Le gardien électronique sophistiqué fonctionnait en circuit fermé, mais il devait transmettre immédiatement en cas d’anomalie, c’était sa faille sur laquelle Totor s’efforçait d’agir, en inversant la proposition pour lui couper le sifflet et le rendre aveugle. Pas aussi simple à réaliser qu’un bonjour, mais Rouquin avait déjà mené à bien ce genre de bricolage. Confiant dans ses coéquipiers, Sisco cramait sa clope à l’extérieur, histoire de jeter un œil sur la petite route qui grimpait la colline. On agissait au grand soleil qui se montrait pour l’instant plus que généreux. Pas mal de bornes séparaient la demeure de ses plus proches voisins, un couple dont la femme était une star actuellement en tournage quelque part dans le monde. La nature tranquille et généreuse se faisait gentiment complice et Sisco cracha un bout de poumon sanglant dans le fossé, encore un que Comtesse Monique ne verrait pas. Il jeta un œil à l’avant du camion, Totor bidouillait attentivement sur son clavier à la recherche des bonnes fréquences et Dédé, le geste un peu brouillon et plus par jeu qu‘autre chose, faisait coulisser une balle dans le canon de son feu. Quarante minutes plus tard, Totor demanda au patron de se placer près de l’entrée.

 

– Si ça débarre on est bon, mais si je devine que ça couine on met les bouts ! Il alluma le contact du camion après avoir lâché sa phrase.

 

– Sisco s’exécuta en compagnie de Dédé, lequel ressentait le besoin de se dégourdir les jambes. Un petit clac émana du boitier de commande situé près des battants du solide portail qui se mirent en marche pour l‘ouvrir. Le boss agita la main en direction du truck dont le moteur ronflait.

 

– Ok, je passe aux 6 caméras. Il sourit de satisfaction devant une portion noire de son écran, puisque c‘était l‘assurance d‘avoir bandé les yeux de la vidéo HD avec sa bombinette logique. Il tapa un code, un long bip salua sa manœuvre qui d‘une certaine manière n‘infectait pas le système, mais en prenait simplement le juste contrôle, un point vert sur son écran indiqua l’assoupissement immédiat du système d’alarme. Rouquin avait coupé son sifflet au château. On est bons, les gars !

 

Ensuite on referma le portique comme des gens bien élevés, pour faire franchir au camion l’allée traversant la vaste pelouse, sur laquelle une armée de jardiniers devait de temps à autre se casser le dos. L’étendue verte et bien tondue enflammée de cyprès élancés se perçait de vastes bassins et d’une majestueuse piscine invitant au farniente. Eux, ils n’étaient pas là pour se rouler les pouces mais pour bosser. En conséquence, ils descendirent de leur véhicule et se dépêchèrent de pénétrer dans la maison, alors qu’une ridicule serrure normale les en séparait encore. Les volets étaient tous fermés, mais Totor s’amusait plus que jamais de piloter cette baraque à distance avec son terminal mobile ; en jouant cette fois sur l’infrarouge il envoya plein de lumière dans le grand salon, en se foutant pas mal de révéler ainsi leur présence. Les murs se trouvaient tous décorés de précieux tableaux de maître, aucune désillusion sur le fait que ce soient des copies, mais chaque œuvre aurait fait honneur aux plus fameuses cimaises de musée.

 

– Simplicité et sécurité de votre cyberbouclier où que vous soyez, comme dit la pub !

 

– Et en cas de panne, fit Sisco, profitez de l’assistance gratuite téléphonique. Mais finalement je crois que nous, on va appeler personne, parce que ça fonctionne pas trop mal, en fin de compte.

 

D’un geste explicite, il arrêta quand même son complice avant qu’il ne leur balance de la musique classique dans les oreilles. S’il le pouvait toujours, le vieux Ruppin devait forniquer ses call-girls en écoutant du Chopin sur ce grand canapé qui dominait le salon. Un meuble si monstrueux que celui-là, il allait forcément rester en place, au contraire d‘une bonne partie du mobilier d‘époque. Une chose pourtant que ne révélerait pas l’application dédiée du Rouquin, c’était l’emplacement du coffre fort. On passa le relais à Dédé la Taloche qui circula de pièce en pièce avant de trouver le machin dans un petit bureau de l’étage. Un vieux modèle bas de gamme, une antiquité sans doute efficace pour l‘ignorant, mais un jeu de gosse à profaner, estima d’emblée le perceur. Les bouteilles et le chalumeau se trouvaient toujours sur un chariot à roulette, dans le camion, mais Dédé au pâle visage s’attaquait déjà aux petites mollettes pour essayer de trouver la bonne combinaison, il espérait bien se passer de la masse et du marteau pour voiler la porte de 6 mm, si la flamme ne donnait rien. L’oreille collée sur la surface métallique, il tenta de faire jouer les pannetons dans un ordre précis, attentif au moindre bruit et jouant d’une science qui n’appartenait qu’à lui. Le truc pouvait paraître impossible à tenter pour le novice, mais Dédé la Taloche, ce n’était pas n’importe qui et c’est pour ça que Sisco Matteï l’avait choisi, en dépit de ses narines transformées en baril à coke. Vingt minutes seulement lui suffirent pour ouvrir tranquillement l’armoire forte. Une prouesse de dingue que ses compagnons saluèrent avec un grand sourire. Peu importe comment il avait réalisé ce truc là sans se salir les mains, mais Dédé, fallait le reconnaître, c’était un roi. Sisco jeta un coup d’œil dans l’armoire blindée, pas de flouze, pas de bijoux, juste un monceau de paperasses bien classées que le patron de la Rose Noire devrait transmettre intégralement à Gilbert Tricard.

 

– Eh les aminches ! en fouillant là-dedans, on aurait peut-être de quoi le faire chanter à vie, Rupin ? Elle nous filerait surement une bonne rente pour qu‘on se taise, cette vieille raclure de fils de pute, j’en suis certain.

 

– Et lui filer notre carte de visite au passage ? Tu n’imagines pas le poids des amis de ce type, Dédé. J’ai promis à la Fouine ces documents, ils sont à lui, laisse tomber.

 

La Taloche était défoncé, il aurait pu être dangereux à cet instant-là de le contredire, mais Totor s’impatientait déjà de procéder au déménagement et Dédé se contenta de hausser les épaules avec une moue dépitée, en desserrant sans plus y penser l‘étau de sa vexation. Son être effaçant subitement le paraître, il se déclara rongé par la faim et ne voulait rien faire avant d’avoir mangé. Cependant, il n’y avait aucune victuaille entreposée dans la cuisine, c’est pourquoi il descendit à la cave à la recherche d’un congélo. Il trouva tout de suite des litres de grands vins censés abreuver les invités du gotha local et national que soudoyait le proprio. L’affamé roula des billes sur les nombreuses bouteilles alignées de Château Rayas et de Romanée-Conti, puis il s’empara finalement d’un Petrus et d’un Châteauneuf-du-Pape au millésime ancien, avant d’aviser dans un coin un congélateur de taille respectable. Il coinça ses litrons contre sa poitrine avec son avant-bras gauche pour libérer sa main droite et ouvrir le capot blanc. Ouais, ben c’était pas de la bouffe que renfermait ce frigo, mais un grand sac en plastique transparent et gelé avec une petite femme dedans.

 


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Beau long week-end à tous.

 

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Message édité par talbazar le 07-05-2017 à 09:28:47
n°49736970
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 14-05-2017 à 09:09:07  profilanswer
 

En exclusivité : le téléchargement gratuit de la sextape volée du pro-fesseur Talbazar avec Emma Watson !
 
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Activités ludiques
 
Aujourd'hui : Rejoins toi aussi le MEDEF et fabrique ton pantin.

 
 
https://img15.hostingpics.net/pics/660650medf.jpg
 
 
Salon littéraire.
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar.
 
Aujourd'hui : Biographie de Gaston Boudiou - extrait Numéro 27.
 
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En juillet 1967, les hippies sont plus de 350 000 en Amérique et le magazine Time leur accorde même sa couverture, mais dans l’ancienne ferme de papi Léon, ils ne sont tout au plus qu’une trentaine à s’éclater dans leur méga boum organisée pour fêter la pleine lune. Grâce aux bonnes gouttes de LSD, aux Pyramides et autres Citrons, Gaston Boudiou décide ce matin là de marcher sur l’eau et d’arrêter un train. Les trente centimètres de profondeur de la mare aux canards et le retard chronique de la Société Nationale des Chemins de Fer lui sauvent la vie. Au lendemain de la partouze historique qui finira de convaincre Jean Micheton du bien fondé de ce nouveau mouvement, le copain de Gaston va s’amuser dans son coin plus de 3h40 avec une boite à meuh qu’il va retourner continuellement. Le bruit des beuglements artificiels ne sauraient pourtant couvrir le fameux « Light My Fire » des Doors que l‘on s‘écoute jusqu‘à plus soif. Gaston a emprunté la mobylette de son ami pour aller prévenir sa mémé Ernestine, qu’il trouve par ailleurs affolée et dans tous ses états, puisque son petit-fils n’est pas rentré dormir chez elle. Elle voit bien que quelque chose cloche en lui et s’effraie lorsqu’il lui raconte qu’il a passé la nuit chez les hippies, mais elle est néanmoins soulagée de le voir enfin devant elle. Il accepte de boire un café pour mieux la rassurer. Angèle est plus critique et l’abreuve de commentaires acerbes, lui se contente de lui répondre qu’on a qu’une vie et que les potes de Marie-Charlotte sont au final bougrement sympathiques. Une transcendante lueur messianique allume son regard lorsqu’il annonce aux deux femmes qu’il va passer le reste de la semaine avec eux. De retour avec son sac de couchage dans la ferme du bonheur, Jean et lui vont bien rigoler lorsque Gaston annoncera à son copain goguenard que sa mobylette plantée dans un arbre ne sera sans doute pas réparable. Un faux beuglement de vache terminera cette navrante analyse, avant qu‘on aille rejoindre les autres couchés dans le pré. Les gars sous acide se sont regroupés pour tracer dans l’herbe le grand portrait de Timothy Leary en n’utilisant que des pâquerettes, mais la mission hallucinogénique échoue sur le constat que le dessin évoque plus la tronche bridée de Mao Zedong que celle du pape du LSD. Amour et vérité circulent dans chaque bière avalée et personne ne songerait à fumer son joint pour lui tout seul. Las de toute causerie, plusieurs couples font l’amour dans le champ et Gaston étonne le vannier amateur, lorsqu’il lui annonce qu’il devrait absolument déclarer son activité artisanale auprès de la chambre des métiers. Le type rebaptisé du nom de Crystal Plane et originaire de la Telegraph Hill de San Fransisco secoue les clochettes qui parsèment ses cheveux en écoutant Gaston Boudiou lui donner dans la remise des cours de gestion de façon totalement gracieuse.
 
– C’est clair, tu vois, tu réalises suffisamment de paniers pour y placer les fromages de chèvres fabriqués par notre équipe projet, après évaluation de ce produit sur le marché hebdomadaire de Troulbled et en tenant compte de la contrainte externe imposée par le supermarché. Puis tu estimes la quantité livrable après étude d’impact. Normalement, si tu peaufines correctement ton cahier des charges fonctionnel, tu peux te faire des couilles en or rapidement et dans très peu de temps, tu verras s’ouvrir enfin grand devant toi les portes de la perception, après ta déclaration de revenus imposables.  
 
 Mais Crystal Plane n’aura pas, ni ce jour ni un autre, la fulgurante révélation ; puisqu’il préfère s’éloigner un peu plus loin pour souffler un air dans son ocarina, effrayé par l‘incroyable prophétie du jeune garçon. La célébration continue d’ailleurs de propulser les hippies dans un formidable envol cosmique et Gaston Boudiou et Jean Micheton réalisent en à peine deux heures leur prodigieuse révolution spirituelle. Wendy décide de rester deux jours dans la baignoire et n’en sortira pas, Gaston passera donc le plus clair de son temps à tresser des colliers de fleurs en compagnie de Marie-Charlotte, entre deux positions du Kama Sutra et bercé par le son de la boite à meuh. On fume la Marie-Jeanne plus que jamais, bientôt on récoltera celle qui pousse près de la grange. Quelle surprise, lorsque la vierge Marie en personne débarque à la ferme, puisque Marie Tafiole, qui vient de démissionner de son poste d’infirmière à l’hôpital de Bripue, vient rejoindre la communauté sous les conseils d‘un jeune patient de la bande parti soigner là-bas sa bite douloureuse. Gaston en reste coi et son esprit s’émeut d’une agitation fantasque, mais il prend rapidement conscience que Marie est aussi un mammifère, entre trois positions tantriques disputées en sa compagnie. Beaucoup parlent d’organiser une marche pour la paix dans la rue principale de Troulbled, repeinte pour l’occasion de savoureuses peintures psychédéliques. On objecte que les Troulbézeux regarderont, mais ne seront pas, sans compter que le minibus Volkswagen qui devrait les conduire en ville est en panne et que personne ne sait comment le réparer. On titube, on baille et puis on retire ses chemises Hopi et ses pantalons hindous afin de retourner baiser dans le grenier pour la paix au Vietnam, affalés sur les peaux de moutons au sein d’une joyeuse conscience illuminée. La peau plus fripée que celle d’un éléphant, Wendy immergée annonce qu’elle vient d’avoir la vision du Bouddha de l’avenir dans l’eau savonneuse, elle entrainera Marie Tafiole dans la baignoire pour qu’elle vienne lui caresser les seins et vérifier son point de vue. Marie à subtilisé plein de cachets de barbituriques en quittant l’hôpital, c’est cool, ça permet de se calmer un chouille en cas de bad trip. Crystal Plane ne veut plus faire de paniers, il décide plutôt d’écrire toute la journée de longs poèmes sur un cahier d’écolier. L’électrophone surchauffe, le soleil brille et tout le monde libère son âme créatrice en repeignant à nouveau les volets en violet. Chaque jour, quelques stoppeurs égarés débarquent à leur tour dans la ferme, venus rejoindre les premiers hippies de France. On joue de la guitare, on abandonne rapidement un projet de festival, Les filles aux fleurs se collent un troisième œil sur le front, en s’extasiant du phénomène optique provoqué par le reflet des rayons du soleil sur le pied des verres à vin. On est High en permanence et l’influence des jours passés dans une quasi extase au sein de cette grande fresque animée aura pour Gaston Boudiou une telle importance, qu’elle le fera souvent se lever d’un bond sur sa chaise, au cours des années qui suivront. En juillet 1967, dans cette atmosphère aux lueurs tamisées, Ganesh Beedies au bec rapportés par d‘autres chevelus, Gaston décide de dire merde au coiffeur et rêve de partir sur les chemins de Katmandu en compagnie de Wendy, habité intérieurement par une flamme d’une intensité rare. Hélas, un beau matin, la belle américaine prend ses affaires pour quitter la ferme et partir vers de nouveaux horizons, Gaston ne la reverra plus jamais mais portera toute sa vie à l‘oreille l‘anneau d‘argent qu‘elle lui a donné.  
 
 Pendant que son frère dessine des fleurs sur son jean et déménage du cigare sur des airs de musique planante, Angèle prend l’autobus avec sa grand-mère pour aller faire des courses au Suma de Bripue. En arrivant en ville, mue par quelque instant de grâce fragile, elle rêve de se voir en photo géante sur une affiche pour la promotion de son prochain film, avec un portrait d’elle façon studio Harcourt. Elle ferait certainement une bonne action en cédant une petite partie de sa fortune aux chiens errants. Pendant que Ernestine achète de la cervelle d’agneau et du foie de veau, les viandes à la mode, puis rentre à l’église allumer un cierge, Angèle prend au kiosque Cine Revue, qu’elle va dévorer sur le chemin du retour. Un petit article lance les candidatures pour le prochain concours de Miss Blonde, il suffit juste d’avoir 16 ans. Angèle les aura justement bientôt, elle pourra donc s’inscrire et monter à Paris, puisque Gaston veut y aller lui aussi pour rencontrer son père biologique, ce fameux Emile Pertuis qu’ils n’a jamais vu.  Angèle est svelte, la jeune fille ne compte pas lésiner sur les effets de hanche et son parfum est plus qu’au point, elle ne doute pas d’être la future lauréate, afin d’offrir au monde une nouvelle célébrité. Sur les murs de la petite ville, elle regarde sans les voir par la vitre du bus les graffitis contestataires de plus en plus nombreux qui maquillent le béton pour critiquer le système et la bourgeoisie. Certains cherchent à faire mouche par l’humour, mais d’autres slogans peints appellent sans fioritures la jeunesse ouvrière à cogner plutôt dur.  
 
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Bon dimanche à tous.
 
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Message édité par talbazar le 14-05-2017 à 10:28:26
n°49812709
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 21-05-2017 à 08:16:19  profilanswer
 

Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : L'épilée du Nil. Extrait numéro 73.

 

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Il se trouvait que Schrèptètnuptèt Tahosétlafer Ramassidkouch était malade en litière, surtout dans les virages. C’est pourquoi 300 000 esclaves se mirent au travail en sortant de Thèbes pour creuser le sol et tracer une route en parfaite ligne droite devant le cortège de l’incarnée, afin qu‘elle puisse descendre sans trop de souci dans le sud du pays. Evidemment, ce chantier colossal et permanent retardait son avance, puisqu’il fallait raser au passage de nombreux villages, ce qui prenait beaucoup de temps. Atteinte en autres désagréments d’un irrépressible mal de fleuve, la momie avait dû renoncer à naviguer sur le Nil, pour choisir de voyager plutôt dans une litière confortable et sûre, un ensemble monocoque Simkâ GL rouge, avec suspension arrière à bras tirés de solides porteurs indépendants aux jambes élastiques. Leur chef Amékel-Vachar les entrainait tous par chaînes, ce qui donnait parfois des accélérations paresseuses et un freinage souvent capricieux. La Simkâ GL à trente porteurs muets, facteur notable de silence, s’équipait en plus d’un type monté sur l’essieu rigide à l’arrière pour servir d’indicateur de recul, accusant peut-être toutefois une certaine dureté de pédale. Pour l’illustre passagère vautrée sur l’agréable velouté des coussins, la visibilité dans l’habitacle spacieux restait satisfaisante sous tous les angles, ce qui lui offrait à loisir le panorama étonnant de cette nouvelle piste à deux fois deux voies longeant les berges, près desquelles la litière de l’usurpatrice progressait au sein d’un sempiternel brouillard poussiéreux. En dépit de ses succès éclatants qui avaient ramené Tahosétlafer et Ramassidkouch à la vie, une fois insufflé leur Bâ dans le joli corps de la belle-sœur de Néefièretarée, cette dernière avait fait pendre avant de partir de Thèbes le maître embaumeur Jpeulfèr-Amémêmsou-Jedi, pour se venger de lui à cause des sévices rendus sur la table de momification.

 

Trois porteurs chutèrent brusquement en trébuchant sur un nid de poule et l’un décéda en se faisant marcher sur le bide par les suivants. Fort heureusement, il s’agissait d’une litière louée et l’agence de location l’assurait pour tout risque de crevaison, on remplaça donc sans souci et sans délai le porteur défaillant, puisque l‘énorme taux de chômage de l‘Egypte sous le règne de la pharaonne Néefièretarée ne rendait aucune pièce de rechange introuvable. L’accidentée qui n’en demandait pas autant reçut même deux chargeurs Britons en cadeau bonus, afin qu’ils puissent servir de roux de secours. Aux abords de la luxuriante cité de Méwé, Schrèptètnuptèt Tahosétlafer Ramassidkouch ordonna aux porteurs de serrer à droite, pour stopper sur le bord de la route. Amékel-Vachar arrêta la Simkâ, gonfla ses gars en leur mettant la pression, puis une pétarade issue du bidon rempli de 5 litres de bière de l’un des porteurs avant-gauche fit craindre une rupture d’échappement ; son chef allait donc profiter de la halte pour l’examiner et le vérifier en atelier. Ses collègues porteurs en profitèrent également pour aller se vidanger. Quand à elle, la passagère aux trois entités confondues descendit pour faire quelques pas sur la berge, si près de la rive que ses pas s’enfoncèrent dans une boue suspecte. Le temps chaud et ensoleillé donnait au paysage des couleurs éblouissantes et franches, mais la momie ne fut pas sans se rendre compte que les paysans du coin lui faisaient la gueule, puisque le coût de préparation de la nouvelle route venait dramatiquement se rajouter aux supertaxes régionales qu’ils endossaient déjà. D’ailleurs, seuls les poissons du Nil bénissaient encore le règne de Néefièretarée, puisque les pêcheurs les laissaient à présent tranquilles, n’ayant plus ni beurre ni huile pour les faire cuire. Les flots charriaient aux pieds de l’usurpatrice un extraordinaire conglomérat de roseaux morts, de bout de bois englués de résidus visqueux, de vieilles cruches et de papyrus gras. Certains déchets emportés par le courant provenaient même du littoral étrusque. Au milieu du fleuve, de petits bateaux mis en place par le syndicat de la commune de Méwé et garnis d’éprouvettes en verre auscultaient l’eau, sans apporter néanmoins la moindre solution pour nettoyer cette région, à cause du danger que représentaient les nombreux crocodiles affamés. A coté de la jeune femme, une grande plage destinée aux vacanciers s’hérissait de parasols payants. Un effort de salubrité de la municipalité balnéaire vendait toutefois dans un stand des paniers de propreté à usage unique, mais pour le prix faramineux, hélas, d’un poulet rôti. L’effort ainsi accompli par l’association « Egypte en progres et environnement » se voyait donc très mal récompensé et toute la grève était gravement polluée. Le vaste chantier de l’autoroute carrossable qui remplacerait sous peu l’ancien chemin de terre piétonnier augmenterait sans doute l’accumulation effrayante des déchets touristiques dans ce coin-ci. Après avoir sécurisé le parking, les gardes de la momie alignés très militairement au milieu des vagues, épée au poing pour se protéger des sauriens, goûtaient collectivement la fraîcheur d’un bain au cours de cet instant de repos bien mérité, en échangeant des propos très terre à terre sur les maladies de peau. Ecoeurée par le spectacle de cet endroit sauvagement pollué, Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch s’éloigna discrètement pour aller inonder et fertiliser un champ, d‘une façon parfaitement naturelle.

 

Tout en piétinant le marais parsemé d’immondices, dont les emballages prouvaient clairement leur origine anatolienne et mésopotanienne, elle déplorait d’être aussi éloignée du pouvoir suprême, pauvre petite trentenaire esseulée cernée par les deux mecs avec qui elle devait cohabiter. Les trois entités qui habitaient son corps et son esprit formaient une structure en miroir, mais chacun sait qu’on ne traverse jamais les miroirs sans les casser. Son sang neuf giclait plutôt follement dans ses veines en obstruant ses pensées d’éclats ternis, ses esprits s'axphyxiaient mutuellement à huit-clos, libéraient des souvenirs et des images rancies propres à chacune des personnalités, au gré d’une errance intérieure troublante. Un triptyque terrifiant jouait à embrouiller le cerveau de la momie aux passés multiples, ce qui l’empêchait de posséder toute conscience claire pour décider d’un avenir commun. Sa condition de momie lui faisait alors temporairement oublier son ardent désir de s’emparer du trône, dans le but de tirer à son gré les ficelles du royaume des deux-terres. Schrèptètnuptèt, Tahosétlafer et Ramassidkouch étaient tour à tour l’un et l’autre et parfois les trois en même temps. L’image publique qu’ils rendaient était celle d’une femme agréable à regarder, mais ses yeux s’allumaient d’éclairs furtifs trahissant une cruauté féroce proprement psychotique. Elle était prise d’idées délirantes et d’hallucinations, comme cet horrible songe d’avoir un jour à travailler comme un ouvrier pour gagner sa vie. Sa fine équipe de grands comédiens qui composait sa cour thébaine, cette cohorte de bonne noblesse qui l’avait veulement suivie depuis la capitale, faisait semblant de ne rien voir, toute occupée à se disputer hypocritement ses rares faveurs. Beaucoup cependant voyaient clair dans son jeu et ne donnaient plus très longtemps à vivre à la pharaonne en titre. Tout le monde savait que l’on se portait le plus vite possible à la rencontre de Néefièretarée, mais nul ne doutait que le chemin du retour se ferait sans elle. En attendant, on prenait l’ombre sur une des aires de repos ouverts 24h/24 de la 01 (Thèbes-Larnak), près de la sortie sud - Oasis de Banania, en regardant les esclaves creuser la grande route rectiligne limitée à 8,7 km/h. Une grande majorité de ces pauvres hères décharnés qui maniaient pelles et pioches n’espéraient rien d’autre de la vie que le simple droit de vote, pour atténuer un peu l’omniprésent pouvoir des prêtres et ne plus garnir leurs autels avec la sueur de leur front. Les plus avides de démocratie étaient certainement ceux dont la femme les trompait avec un de ces tondus du temple d‘Amon, seuls à recevoir l‘aval du Dieu.

 

Cachée sous les hautes ombelles des papyrus, Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch secoua les fesses pour évacuer la dernière goutte et se fit cruellement mordre par un cobra solitaire, nullement hypnotisé par son geste oscillant. Sous le coup de cette vive douleur, la victime gigota sur place comme un des danseurs de l’Opéra de Memphis. Le large collier qui ornait sa gorge se détacha, c’était comme si l’on venait de planter un couteau dans le bas de son corps. Elle pria le dieu Ptah qui guérit les morsures en se massant le cul et la brûlure ressentie rappela aux hommes en elle le jour pénible de leur circoncision. Amékel-Vachar fut le premier à se précipiter pour répondre aux cris de sa patronne, avant que la nouvelle ne fût annoncée officiellement. Les scribes humoristes considérèrent pour une fois l’incident comme un sujet tabou et renoncèrent plus tard à le dessiner dans la presse de Méwé. Peu après cette vilaine morsure, le Kâ de la momie vivante, cette force vitale qui représentait l’aspect divin de ses trois personnes, se réchauffa brusquement sous l’effet du venin comme une pierre exposée au soleil brûlant. Pour tout autre, la plaie aurait été mortelle, mais pour Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch frappés d‘éternité, l’horrible blessure les rendit tous les trois seulement dingos, mais alors complètement givrés du ciboulot. L’entité ordonna d’ailleurs à ses gardes qu’ils aillent contraindre les habitants de Méwé à nettoyer sans plus attendre leurs eaux souillées, sous peine d’être immédiatement livrés aux crocodiles.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 23-05-2017 à 04:28:44
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talbazar
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Posté le 28-05-2017 à 11:39:29  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La saga du trône de Fion. Tome 2 - Sus au sein royal. Extrait numéro 26.

 

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Un vent fort balayait le Mont Chauve et le ciel se cachait derrière un épais rideau de pluie. Ayant trouvé refuge sous un grand chêne avec ses amis de la communauté, le mage Mirlen alchimiait en silence. Certes, pensait-il, si les reins produisent pisse claire ou trouble, le cerveau donne pensées calmes ou agitées. Chacun toutefois peut constater aisément l’urine, alors que les songes de la tête restent invisibles aux yeux. C’était là grand mystère en Kramouille qui agitait l’esprit du magicien, lequel cherchait constamment à percer le secret des choses, alors que les autres n’aspiraient qu’à se reposer de leur marche épuisante. La fatigue avait en effet de quoi occulter le plaisir de rôder au grand air dans cette contrée déserte. La montée harassante ne pouvait se comparer à un simple divertissement bucolique et chevalier Erald racontait que c’était le diable en personne qui guidait leur promenade. Peu réjoui des baies qu’il cueillait au passage pour se nourrir, le nain Belbit rêvait quand à lui de cramponner longues guirlandes de saucisses, bien assis près de l‘âtre de sa chaumine, pendant que sa petite femme Belbet lui cuirait copieux repas de crêpes gonflées à l‘andouille. Hivalanoué venait de repérer dans la boue les traces d’un sanglier de bonne taille et se promettait de l’occire, dès que la pluie s’arrêterait. William de Bochibre se lamentait au sujet de son blanquet, de ses chausses et sa futaine déchirés, vu qu’en bon noble il était très coquet par saine vertu, toujours enjoué des joies du bain en son castel de Balaisebaloches, où il avait grandi sous les jupons de sa bonne maman Gudrun l’enrobée. Il avait grande hâte de terminer la quête, car il voulait s’emparer de la fleur de Pinette pour son compte afin de la poser aux pieds graciles de la reine Amanda, puisqu’il était toujours dans son projet ce traître insoupçonné du groupe. L’idée de rentrer en triomphateur à Fion agitait plus que jamais ses heures nocturnes, alors qu’ils approchaient de l‘objectif. En attendant, on cheminait sur la route verte pour atteindre le volcan du Guilidoris lequel semblait encore très loin. La performance du voyage n’effraie cependant pas le pèlerin et quand l’orage cessa, Hivalanoué s’empara de sa lance pour partir chasser son gros cochon des bois, pendant qu’Erald lui emboita aussitôt le pas.

 

– Bon ami, cette bête promet rudesse de traque et je dois vous aider !

 

– Oui, nul doute que lorsque nous l’auront tuée, nous ferons provisions de bons jambons à l’os et de tripes en potée.

 

Ils allèrent donc, portant épées et durs épieux, car ils n’avaient pas d’arc avec eux. Curieux d’assister au combat, Mirlen et Belbit les suivirent de loin d’un pas moins pressé, mais ils scrutaient les fourrés avec une vigilance de guetteur de tour. Sautant sur les fougères pour suivre la piste laissée par l’animal, les compagnons marchèrent plus vite. Dans les nuées grises, jouaient au-dessus d’eux les gentilles et babillardes arondelles, mais les chasseurs gardaient silence sans changer leur allure, tout entiers consacrés à leur battue. On prenait grande garde, car le bestiau qu’ils coursaient avaient probablement de la taille et des dents et l’on se mit d’accord pour ne point sonner trompe, pour mieux jouer sur lui de la surprise. Ils s’arrêtèrent un temps pour respirer.

 

– Diantre Kramouille, fit chevalier Erald en reprenant son souffle, quand on pense que toute damoiselle est assise sur une chattounette, ça donne envie de traiter chacune avec respectueuse courtoisie. Dame Helga fut bonne pucelle en ma literie et me fut promise en mariée, mais j’ai des sanglots dans la voix en repensant à sa folie.

 

– C’est bien parlé, messire, vous êtes habile chantre de l’amour et bien l’amant du monde, car sous le coton de leurs jupes l’entrecuisse des charmantes désarme effectivement bien des colères viriles. En revanche, bien malin celui qui sait à quoi rêvent les jeunes filles.

 

La tension monta d’un cran, car il y eut du bruit dans les buissons. Les deux chasseurs firent taire leur discussion au sujet du charme des belles dévorantes pour se glisser derrière le tronc touffu d’un houx. Ils se couchèrent sur le sol pour observer. On piétinait bruyamment tout près d’eux. Secouant sa crinière noire en humant la contrée, ils entrevirent enfin l’animal qu’ils espéraient tuer. Il s’agissait d’un grand mâle solitaire en congé de harde, mais le monstre au long museau n’avait pas l’air de se sentir pour l’instant menacé. Hivalanoué s’adossa au tronc en empoignant sa lance pour la porter très haut, il s’efforçait d’ajuster son tir pour qu’il aille percer la bête en plein flanc. Il n’était pas question de se battre en duel rapproché avec un tel féroce. A bonne distance, Mirlen et Belbit se couchèrent à plat ventre sur le sol, avec une prudence remarquable. Hivalanoué branlait son bras en s‘échinant à garder la ligne, car la proie aussi épaisse qu’un veau gras tournait en rond et semblait deviner quelque chose. Il battit la terre du sabot et retroussa les lèvres sur ses crocs jaunes aussi coupants que des rasoirs. Tout en force brutale, le sanglier n’offrait guère bonne cible et chevalier Erald s’impatientait, prêt à bondir pour aller le trouer du propre fer de son épée, lorsqu’une flèche vint se planter jusqu’aux plumes aux pieds d’Hivalanoué. Une autre la suivit dans la foulée, piquant le tronc à deux pouces du visage d’Erald. Le sanglier fit un bond de côté pour s’éloigner. La voix d’une gamine lança son cri surgissant d’une haie de ronciers. Une jeune fille blonde en tenue troglobite menaçait en effet sans trembler Hivalanoué en le visant d’une nouvelle flèche qu’elle portait à son arc. Ses pauvres linges rapiécés augmentés de fourrures prouvaient qu’elle avait l’habitude de courir par les bois depuis fort longtemps. Elle aurait pu tuer, les chevaliers virent bien qu’elle se contentait simplement de les menacer.

 

– Aux pieds, Jean-Marie ! L‘énorme bête apprivoisée vint la rejoindre en trottinant pour rester docilement à ses pieds. Ayoye, toué, calvaire de criss de baveux de pisseux mononcle, y’a un boutte à toute. Baisse ta lance, ou ma proche de flèche, elle va t’enfiler les gosses dans les bobettes comme une brochette de t’ites cailles. Pis toi, l’autre cornet d’à côté, décâlisse d’ostie de gros con, sa copine va te trouer ta marde de luette juste après, quand je te l’aurai envoyée dans’ face, câlisse ! Je compte pas mes cennes quand il s’agit de tirer mes maudites barres, moué. Spa trop chiard ce que je viens de vous dzir lô ?

 

Alors que les chevaliers se trouvaient fermement tenus en respect par l’inconnue, Mirlen avait promptement gobé son petit gland d’invisibilité. Il devint sur le champ transparent et s’approcha sans faire de bruit de l’adolescente belliqueuse. Le sanglier se douta sans doute de sa présence et grogna, mais le mage parvint à s’emparer de l’arc, en l’arrachant des mains de la fille par force et par surprise. Hivalanoué et Erald bondirent aussitôt pour mettre à profit l’intermède pacifié. Le cochon s’apprêtait cependant à les charger, lorsque Mirlen susurra aux oreilles de sa maîtresse de le calmer, si elle ne voulait point recevoir mauvais coup, puisqu’il lui posait cette fois tout en parlant sa dague dans le dos. La fille s’effrayait de se voir maitriser par une force qu’elle ne pouvait discerner, elle capitula donc en appelant sa bête à revenir vers elle. Les deux hommes s’avancèrent, tenant l’épée au poing, mais l’animal obéissant les laissa faire.

 

– Tabernak ! C’est ty quoi donc que c’taffaire là avec vous autres ? T’es ty un démon, toué le vieux chien sale ? fit-elle à Mirlen sur un ton courroucé, pendant que ce dernier reprenait tout à coup une forme visible.

 

– Tout doux, damoiselle, fit le magicien, on peut s’entendre si vous laissez parler. Que faites vous seule si jeunette en cette contrée ?

 

– Chû pas toute seule, j’ai Jean-Marie.

 

– Quel est ton nom ? fit Erald, en s’emparant prudemment de l’arc.

 

– Touche pas à ça, pis va te crosser, fils de pute.

 

– Je le brise, si tu ne me dis pas comment tu t’appelles.

 

– Ok, ok, j’accroche mes patins, là t’as gagné, mais ambitionne pas trop tout de même sur le pain béni. Mon nom c’est Mélisende Byzenet, pis lui c’est Jean-Marie, j’ai djà dit.

 

Le porc des bois, qui lui-même sentait fort, vint pour les renifler chacun leur tour. Hivalanoué lui aurait bien planté sa lame entre ses yeux très rapprochés, mais il jugea qu’il valait mieux pour l‘instant s‘en abstenir.

 

– Bon, fit Erald, on se calme, tu vas enfin nous dire ce que tu fais ici.

 

– Bô chû chez moi, pis je pogne pas la chienne de vous autres. Mais faut pas maganer mon cochon, s’mon ami.

 

–  Tu n’es pas citoyenne de Bozob, n’est ce pas ?

 

– Foutre Kramouille, t’es tache à marde, toué ! Compte zy pas de me necker pantoute dans les fourrés, pis les autres non plus, j‘saurais me défendre ! Mô chuis une orpheline des grottes du Périgard, pis c’est les cochons sauvages qui m’ont élevés. J’étais la quinzième d’une trâlée de flos, alors mes parents, y pouvaient pas me nourrir, y m’ont abandonné icit, mais chuis pas morte, pis les sangliers, y m’ont tout se suite becquer bobo pour me consoler. Mais lui, là, le Jean-Marie, je l’ai connu petit, pis l’a jamais voulu me quitter !

 

– Fort ça, s’exclama Mirlen en abaissant sa garde, il me plait d’ouïr pareille histoire ! J’ai bon désir d’en savoir plus, car c’est vaillante bravoure de voir une enfant si jeune dormir dans les fossés, sans père ni mère à ses côtés.

 

–  C’est comme je dis, mon vieux pourri, pis j’ai quinze ans, pis y’a fort ben longtemps que chuis réglée. Pis vous, chuis ben certaine que vous êtes rin d’autres que de ptites criss de larrons qui vont en proie. Mais vous m’aurez plutôt morte en ostie que vive vaincue.

 

– Détrompe-toi, Mélisende, nous ne sommes point brigands des terres lointaines, mais seulement des quêteurs de Pinette et formons la communauté de la gnôle venus du Fion, pour tenter de réchaudir d’amour la pauvre reine de ce royaume. Ainsi, nous dirigeons nos pas vers le volcan du Guilidoris pour y trouver la fameuse fleur, si le permet notre Sainte Kramouille glorieuse, verais lums ne clartaz !

 

– Tabarnouche, hu, hu, en vlà de la virée ! Bon. C’est ok, vous êtes ben péteux de broue d’y croire, mais bon, vous n’avez pas trop l’air pompette pour autant, même si faut avoir perdu la track pour aller s’emmancher dans ce coin-là. A qu’à venir poser une bûche dans ma cabane pour qu’on y mange ensemble deux trois pétates avec des pancakes au sirop de poteau, pis on verra plus loin. Mon Jean-Marie boucane un peu, mais il vous fera pas de trouble, si je lui dis de scramer. Il ira pioncer dans sa soue pis c’est toute, va pas craindre.

 

Belbit se dégagea finalement de sa cachette pour dire bonjour. Tout en craignant le Jean-Marie, il ne put s’empêcher de s’accorder que la petite esseulée portait sur son visage un très joli minois. Avec un souci maniaque de son intégrité physique, le nain s’attacha à calmer avec patience et persévérance sa grosse zigouille, laquelle grandissait dans ses chausses en affichant le désir outré de se mettre par trop en évidence. Puisqu’elle aurait voulu se satisfaire en résultat d’une heure galante, ou voir même deux, dans l’intérieur du petit cul fort admirable de Mélisende.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 28-05-2017 à 14:24:02
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talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 03-06-2017 à 14:46:13  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Coup de chance dans l'hyperbole. Extrait numéro 46.

 

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Comme un colossal poisson d’acier furetant dans les abysses cosmiques, le Bad Seed, lourd vaisseau pirate de type Kronenburg cruiser, observe la proie qui file devant sa proue éteinte en augmentant son erre. Le transbordeur Suck my pony se sait enfin coursé. Ce riche vaisseau-cargo interstellaire, propriété collective de la WWW (Wilfrid/Wilbur/William) Corporation et commandé par Sin Gonnery, porte en soute un rare trésor que l’équipe du Bad Seed, plus que jamais avide de rapine, compte bien s’approprier. Les forbans galactiques se frottent déjà les mains de l’avoir répéré, naviguant seul en provenance du Triangle, une fois qu’il eut quitté 94431LM - Petula Clark. Or, cette planète aride aux sables mauves ne possède qu’une seule et singulière richesse, l’hytryanide, dont un seul centimètre cube de cette roche exceptionnellement rare pèse six cent tonnes. Ce métal aux propriétés époustouflantes entre dans la combinaison d’alliages précieux et son poids ahurissant n’a d’égal que son prix sur les marchés interplanétaires. Compte tenu de la masse exigeante de sa cargaison, le Suck my pony ne doit pas charger beaucoup de ce caillou, mais Alan Drelon, le capitaine du Bad Seed, ne saurait passer à côté d’une telle aubaine. Il holocaste aussitôt au petit Kitch de reconnaissance le House of shame, commandé par sa femme Isa Djani, de se rapprocher de son vaisseau. Le couple infernal forme depuis quelques années un tandem de prédateurs dangereux dans les confins galactiques, régnant sur des équipages aguerris et téméraires, capables d’entreprises extrêmes pour s’introduire à bord des transbordeurs commerciaux et s’en rendre les maîtres. Ces pirates redoutés, animés par un esprit de rebellion et de crimes, mais jamais interceptés, sont précisément les pires ennemis des respectables compagnies et la plaie constamment ouverte de toutes les défédérations. Ce qui n’empêche pourtant pas que certains administrants peu regardants puissent être leurs meilleurs clients, jouissant de transactions plus que juteuses sur un marché noir qui leur offre des prix sans concurrence. La réalité d’un tel paradoxe explique sans doute l’incroyable immunité profitant aux entreprises hardies de cette bande de pirates habiles, cruels et invincibles, obéissant par ailleurs aux seuls ordres de leur chef et de sa femme. Un second facteur intervient également pour garantir leur relative liberté d’action, puisque les armées planétaires ne sont ni autorisées, ni destinées par essence à leur donner la chasse. Les administrants ne peuvent donc compter que sur les miliciens qu’ils embarquent à bord de leurs vaisseaux pour veiller à leur sécurité. Il va sans dire qu’un simple salaire de garde privé ne protège guère les cargaisons devant la soif de butin des pirates aussi obstinés qu’impitoyables et que les abordages tournent très souvent en leur faveur. En tout cas, Alan Drelon et Isa Djani n’ont jamais été tenus en échec à ce petit jeu des interceptions sidérales.

 

Avec une froideur flegmatique, Sin Gonnery vérifie la vitesse de marche de l’ennemi, le chien de l’espace et sa puce fusent désormais plus vite que son cargo. Sans une vigoureuse poussée zionnique de ses réacteurs, le Suck my pony sera bientôt ratrappé, mais le pilote en chef du transbordeur sait que les pirates ne le lâcheront plus. Par l’intermédiaire d’un holocast laconique, le capitaine informe la WWW de sa situation, laquelle met en péril les 11800 tonnes d’hytryanide de la cargaison contenue dans un petit coffre en soute 03. Il ne transporte rien d’autre que cette seule richesse, elle est cependant inestimable. Un vaste nuage de gaz illumine la portion de l’espace qu’il traverse d’une somptueuse lueur rose, mais l’heure n’est certes pas à la contemplation méditative et d’ors et déjà, les stipendiés sous les ordres de leur brigadier général Vince London sont en branle-bas de combat. Ce dernier vient justement de quitter le poste de pilotage pour aller rejoindre ses mercenaires, après avoir fait le point avec Sin. Le patron du bâtiment plonge au fond de son siège et tout en réfléchissant, il lève les yeux sur l’astrodôme du bouclier anti-radiation qui sert d’écran protecteur transparent au vaste cockpit de l’appareil. Le vétéran de l’espace se sait totalement isolé dans l’espace infini qui l’environne. Les compagnies n’ont développé qu’une seule stratégie défensive pour prémunir leur flotte commerciale des attaques et limiter les dégâts que leur occasionnent les pirates, en organisant le retour des cargos en convois, tous propriétaires confondus, puisque l’union fait la force. Le Suck my pony aurait normalement dû rejoindre l’une de ces flotas à mi-chemin des galaxies du Triangle et du Grand Chien, mais la panne sévère de l’un des détendeurs d’une turbine à contrepression lui a fait prendre un retard conséquent, en l’obligeant à ralentir sa course. Désormais seul, maintenant que la tactique usuelle n’est plus d’actualité, Vince ne peut compter que sur sa milice d’une cinquantaine d’hommes seulement pour sauver son navire de l‘agression des deux fusées de fortune. Jouant la fuite, il donne l’ordre d’envoyer la purée zionnique pour atteindre au plus vite la voie lactée, en direction du lointain bras d’Orion, avec le maigre espoir de semer ses poursuivants.

 

Le Bad Seed et le House of shame augmentent pareillement leur vitesse et se lancent à ses trousses, plus que jamais résolus à l‘aborder. Bien que de tailles dissemblables, ces deux vaisseaux rapides ont parfaitement les moyens de rivaliser avec la vitesse d’un lourd transbordeur, qui n’est pas conçu pour atteindre des records dans ce domaine. Alan et Isa sont tranquilles, ils savent qu’il vont le rejoindre aisément, il suffit juste de ne pas perdre sa trace radar dans les ténèbres du cosmos. Avec une clarté réjouissante, l’implant de la jeune pirate de vingt trois ans lui transmet la voix de son homme qui en affiche de son côté quarante deux :

 

– Tu sais quoi, Isa, je ne t’échangerai pas pour la plus belle des étoiles de l’univers.

 

– Ben de toute manière, si c’était dans tes projets, moi je te les couperai illico, mon chéri. Elle tente en fait de faire l’impasse sur cette voix si charnelle qui la trouble grandement. Combien d’hytryanide couve cette foutue coque, d’après-toi ?

 

– Aucune idée. Mais à sa façon de brûler les zions pour nous filer entre les doigts, je dirais suffisamment pour qu’on s’occupe de lui.

 

– Tu me le laisses ? Mon Kitch est suffisant à cramponner ce balourd.

 

– Pas d’accord, Isa. Rejoins-moi plutôt au lieu de dire des conneries.

 

Pendant que leur joli capitaine prend place dans une minuscule navette pour préparer sa sortie, afin de s‘introduire au sein du Kronenburg cruiser, les forbans du House of shame s’installent à leur poste et vérifient la charge des batteries de leurs laserguns. L’activité fébrile et guerrière qui précède chaque assaut fait bien évidemment partie du jeu, comme une mise en bouche nécessaire au pillage, quand bien même la cible s’offre sans chercher à combattre, ce qui est souvent le cas. Le Suck my pony porte toutefois les couleurs de la WWW Corporation, une compagnie généraliste multiplanétaire propriétaire de ses propres transbordeurs, réputée pour ne pas se laisser faire. Elle embauche usuellement des milices appartenant au groupe Águila Negra, des types d’élite aussi cons qu’ils peuvent être teigneux. Dans peu de temps, beaucoup de ces mecs issus de défédérations diverses ne devraient pourtant pas revoir la chaude lumière de leur soleil respectif. L’abordage d’un cargo exclut toute routine, voilà peut-être pourquoi les pirates choisissent leur vie marginale et aventureuse, prenant le risque de finir un jour sur un bagne planétaire, avec le cerveau complètement cramé par une boboloss-lobotomie judiciaire. Le sourire aux lèvres, Isa regarde s’ouvrir devant elle l’œil rond du nœud d’amarrage dans lequel elle pénètre ensuite avant de se débarrasser de son scaphandre, la peau luisante d’une délicate huile parfumée volée sur un astronef martien. Elle grimpe ensuite avec nonchalance la passerelle principale du vaste croiseur pour y rejoindre Alan. Les hommes et les femmes qu’elle croise en chemin la regardent avec déférence, puisque depuis son adolescence ses exploits stellaires parlent pour elle. Aucun membre de cet équipage hétéroclite ne songerait à remettre en cause son autorité, en dépit de leur résistance coutumière à toute loi. Lorsque sa femme s’approche de lui d‘un pas décidé, Alan est en communication avec les gars chargés de l’anneau du champ chordionique, il les quitte pour la recevoir avec un plaisir non dissimulé.

 

– Plus j’y pense et plus le fait de te savoir près de moi m’oblige à te remercier de sublimer mes restes, mon bébé.

 

– T’es un vieux con, mon cher, c’est vrai, mais je t’adore et ça tu n’y peux rien. Disons que je prend le défi à cœur, quoi. Elle lui accorde l’ébauche d’une étreinte puis plie ses longues jambes pour s’asseoir à ses côtés.

 

Ce genre de confidence met du beaume au cœur du forban, avant la grande tension que ne manquera pas de générer le grand plongeon violent qu’il s’apprête à effectuer. Effectivement, depuis leur rencontre sept ans auparavant et en dépit de leur grande différence d’âge, Isa démontre pour son compagnon un attachement sans faille, lui en est tout bonnement fou amoureux, prêt à tout accepter pour elle. La belle Djani sait pourtant bien qu’elle ne transformera jamais avec lui cette relation amoureuse en vie de famille. Il vivent donc chaque jour de la façon la plus intense possible, goûtant à chaque heure ce moment béni de se sentir liés par une existence commune et orageuse ; jusqu’à ce que peut-être un mauvais coup de la nuit spatiale ne vienne à disséminer les restes de leurs corps charcutés au laser, au gré du vent cosmique. Il ne sait jamais comment trop en faire pour chérir avec panache son petit trésor. Mais ce qu’elle demande à présent dépasse toutefois ce qu’il est capable de lui accorder. Elle ne veut rien de moins qu’il lui laisse carte blanche pour aborder seule le Suck my pony. La témérité époustouflante dont fait parfois preuve sa jeune compagne glace parfois les veines pourtant largement endurcies d’Alan Drelon, comme s’il s’agissait d’une substance toxique et dangereuse. C’est sans doute le prix à payer pour s’attacher un tel coup de cœur, surtout pour un type dont les cheveux se font de plus en plus rares autour de la raie, en dépit des pilules hormonales qu‘il ingurgite.

 

– Merde, j’ai bien le droit de m’amuser un peu, mes hommes et les tiens feront un partage équitable, tu le sais bien.

 

– Arrête-ça tout de suite, Isa, ce gros chaland est bourré d’Águilas Negras.

 

– Ah, pour ça, il suffit de dégainer, ça reste de mon ressort. Le bleu canard un peu sombre des lumières du cockpit produit un reflet très flatteur sur la peau nue de la jeune femme. Je ne suis pas du genre à rester à la traîne, quand même !

 

–  Mais je le sais bien, ceci-dit on abordera ce rafiot ensemble, j’y tiens.

 

– Et bien, pas de lézard, si ça te chagrine tant que ça. On verra lequel de nous deux fera le plus de bruit, j’espère que tu ne crains pas le ridicule.

 

Alan ne répond rien, mais l’information interrompt soudainement leur échange : on pénètre Orion en fonçant à vitesse rapide directement sur la cible. Le Suck my pony est désormais parfaitement visible par le hublot central, ainsi qu‘à l’horizon lointain une petite planète forestière à peine connue, affublée de trois soleils et nommée d‘après la carte 8495SK - Rolling Stones. De nombreux astéroïdes erratiques flottent dans ce coin-là et par prudence, le cargo a considérablement réduit son allure, les pirates en font autant, tout en se plaçant contre son flanc bâbord, pas très loin de la baie de chargement latérale. Après un long baiser et un lot de caresses qu’elle délivre à son bonhomme en y ajoutant, par jeu, une pointe ironique d’élégance acidulée, Isa réintègre sa petite nacelle pour aller diriger son propre vaisseau. Aucun des protagonistes ne s’affuble de canons-lasers, la bonne combine pour le cargo consiste donc normalement à tenir portes closes pour empêcher une pénétration des pirates en son sein. Seulement voilà, fidèles à leur téméraire connerie, les miliciens risquent une sortie pour aller saboter le Bad Seed, une dizaine de gardes seulement grimpés à bord d‘un Interceptor Unit, petite annexe rapide démilitarisée, normalement accolée aux Starcruisers 1 des armées. La présence de cet engin relativement véloce n’est pas franchement une entorse au droit qui régit le commerce interplanétaire, puisque son armement se trouve réduit à la portion congrue, c’est tout de même une initiative nouvelle de la part d’un commando civil. Le House of shame est au moins six cent fois plus gros que cette modeste chaloupe et comme à son habitude, Isa est déjà en train de jouer autour du transbordeur la guêpe importune, tournoyant en pas de vis de la poupe à la proue, multipliant les passages fulgurants, en veillant à passer bien au ras de son astrodôme en shellglass. Son réacteur zionnique envoie des jets rageurs qui viennent frôler la coque en plastacier, en faisant faire des bonds aux sondes thermométriques de chaque compartiment du navire marchand. Il en faudrait cependant bien plus pour cuire les astrodockers à l’abri des solides parois blindées conçues pour traverser l’espace. Alors que son équipage s’en donne à cœur joie afin d’inquiéter sa proie, Isa chantonne du bout de ses charmantes lèvres « Mon cœur est à papa », un cantique presque oublié de son éminence.

 

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Beau long wk à tous.

 

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Message édité par talbazar le 04-06-2017 à 06:37:20
n°49956392
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 05-06-2017 à 06:22:20  profilanswer
 

Salon des inventions.

 

Les machines essentielles du pro-fesseur Talbazar.

 

Aujourd'hui : Le casque anti entartage et anti enfarinage.

 

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Cuisiner sera toujours aimer. Et ben non. Imaginons que vous soyez le maire abruti d’une ville de 100 000 habitants qui a décidé de supprimer absolument toutes les places de parking de sa cité pour une raison écologique, en ayant rendu en plus la dernière payante à 200 euros les dix minutes, pour une raison personnelle. Vous allez forcément provoquer l’irritabilité des cyclistes gênés par le flux accru des voitures qui tournent sans cesse en rond pour chercher à se garer devant leur coop Bio. Et paf, une tarte dans ta gueule de maire abruti lors de la prochaine inauguration du nouveau dépôt des bus qui roulent à vide, de la part du président du vélo-club local ! Car il est une  étrange manie de certains mécontents de partager leurs recettes de gâteau en vous les envoyant dans la face, pour ternir devant tout le monde votre brillante couronne. Vous appréciez bien entendu toujours de toucher la galette en douce, dans le cadre votre fonction, mais certainement jamais avec une aussi outrageante brutalité, surtout venant de la part d’un mec qui n‘a qu‘un doctorat. Quelques-uns de ces mécontents chroniques en font même une pratique sportive régulière, puisque les candidats à l’entartage ne manquent pas. Figurez-vous que, d’après l’institut de sondage du pro-fesseur Talbazar qui nous donne ce chiffre éloquent, une tarte dans une gueule de con, de conne, voir d’enfant de con, est balancée toutes les 10 secondes dans le monde occidental ! La planète people voit d’ailleurs très souvent voler de tels ovnis crémeux sous la lumière crue des projecteurs, ce qui n’empêche évidemment pas de s’en prendre une en plein congrès médical, pour peu que l‘on soit patron foireux de laboratoire, voir médecin ou chirurgien complice. La tarte ou le jet de farine surgit sournoisement sur le charlot au détour du tapis rouge comme dans un film comique, pour aller relooker son extérieur : la célébrité, parfois, ce n’est pas du gâteau. Reste que recevoir une tarte dans le nez, au début, mais surtout à la fin, ça surprend toujours. Bien entendu, en tant que politicien, si vous avez des démêlés avec la justice pour avoir roulé le citoyen dans la farine, vous serez momentanément blanchi par cette pratique, mais ce ne sera que très temporaire. Sans parler du fait que vous allez ensuite rentrer le soir chez elle de très mauvaise humeur. Mais il y a plus grave, car cette vilaine marotte des redresseurs de torts, qui vous file 100% de cheveux blancs sans aucunement améliorer leur qualité, représente un risque accru pour la santé.

 

En effet, en cas d’enfarinage, les microparticules de farines logées dans vos poumons vous feront tousser en répondant aux questions d’un juge insistant ou d’un journaliste. Mais les tartes du commerce contiennent aussi de très dangereux composants cancérigènes, substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme qui peuvent induire des effets délétères sur la santé, sans parler d’une possible allergie au gluten. Il est vrai que ces choses à la crème ne possèdent que très peu d’agents hydratants, en plus d’avoir un toucher mou désagréable, et même si une certaine onctuosité va intervenir dans le gommage providentiel des petits défauts de la peau. Le court sentiment de satiété que l’on peut éprouver sur l’instant à manger de la tarte ne saurait applaudir à ce fulgurant apport nutritionnel dont on se passerait fort bien. Le sucre c’est l’ennemi numéro un, inutile d’en stocker davantage en prenant son bain de foule.

 

Statistiquement, la projection faciale est une affaire d’homme, mais les femmes peuvent parfaitement être touchées. De nombreuses vedettes et mauvaises actrices en sortie de boîte l’ont déjà expérimenté dans de sombres ruelles, mais qu’elles se rassurent, notre invention est parfaitement mixte et leur offrira une protection maximale, en préservant au mieux le bénéfice des heures de maquillage. C’est même un système bluffant qui vous gardera un hâle éclatant en chassant toute pâleur de lait. Il est fréquent de porter le chapeau dans un cas d’entartage, nous assurons que tout en préservant un salutaire anonymat, le casque anti entartage et anti enfarinage procure à lui seul la plus merveilleuse des couvertures. On sort toujours couvert et c’est tant mieux. Hélas, en dépit de vos vibrants trémolos patriotiques déclamés sur un trottoir, ne comptez par sur le pays pour vous nettoyer après votre agression, mais plutôt sur votre splendide acquisition pour éviter d‘être sali. Puisque quelque soit la distance du jet, la crème colle et pénètre partout ; nous le savons bien, car nous l’avons testée plusieurs fois pour vous sur la figure d’un assistant stagiaire de votre Moyenne Encyclopédie. C’est ainsi qu’après analyse, nous avons appris que la crème badigeonne la moindre parcelle de la peau du visage, puisque seule la tête est en général visée, mais pratiquement jamais le pli sous-fessier, les genoux ou la raie des fesses. Au-delà de deux applications de tartes par jour, notre casque de protection devient réellement indispensable si l’on veut sauver son costume, surtout quand le timing de la journée est serré.

 

N’oubliez jamais que certaines paroles que vous prononcez dans un micro sont pour les entarteurs très encourageantes. Vous aurez beau faire attentivement le guet, tout jabot dehors, vous ne couperez pas toujours à l’envoi d’une tarte dans votre tronche. Plutôt que de vous apitoyer sur votre sort en mettant une mauvaise ambiance au sein du service de sécurité, jouez la carte relaxante en revêtant notre casque anti entartage. Vous verrez alors que vous saurez enfin prendre le recul nécessaire pour, cerise sur le gâteau, profiter pleinement de l’instant et vivre alors en toute sérénité un drame sublime, austère, mais plein d’esprit et d’une grande poésie. Vous garderez longtemps au fond vous le suave parfum de la pêche dans le nez. Même s’il découle du jet intempestif d’un yaourt de petit producteur ruiné. Du point de vue technique, le jet d’une tarte provient d’une main généreusement tendue, suivi par un rapide système de compression savoureux qui accélère généralement la fin d’un discours, surtout s’il a fait un four. C’est pour celui qui l’envoie un plaisir simple et peu couteux, à condition de bien savoir la projeter et d’éviter de recevoir ensuite tarte pour tarte. Balancer une tarte sur un blaireau notoire est une entreprise d’insertion qui demande un effort tout en mesure.

 

Quoi qu’il en soit, notre appareil constitué d’un fin grillage posé sur un savant treillis sur mesure est fait pour vous, ce casque anti entartage et anti enfarinage, de grand avenir, est l’outil rêvé pour continuer à débiter sans souci vos conneries à la radio ou à la télévision. Ne croyez jamais ceux qui vous disent «  on aspire et on n’en parle plus » : mon œil ! Le fabuleux casque anti entartage et anti enfarinage cachera aussi efficacement vos traces de fatigue que pouvait le faire auparavant l’épaisse couche de crème anglaise que vous receviez en sortant des studios. Nous assurons que notre invention va vous assurer un résultat probant dès la première tarte : mission accomplie. Et comme disait l‘autre : lave toi et marche !

 

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Message édité par talbazar le 05-06-2017 à 06:29:10
n°49997901
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 09-06-2017 à 06:38:48  profilanswer
 

La Moyenne Encyclopédie descend dans la rue !

Grande enquête de terrain sur la pertinence et la réelle utilité au quotidien des machines essentielles du pro-fesseur Talbazar :

 
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n°50011066
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 10-06-2017 à 12:03:36  profilanswer
 

Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La jet larguée. Extrait numéro 20.

 

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 Si le crash du PJ 612 PK avait été une affaire purement maritime, au lieu d‘être avant toute chose un drame aérien, on aurait pu soupçonner que les enquêteurs tentaient de noyer le poisson. Devant l’urgence de pondre un premier rapport, le BEA, Bureau enquête accidents, l’organisme chargé d’examiner les accidents aériens, concluait provisoirement à une erreur de vol des colibris, première cause de l’enchainement des faits. La Petro Jelly se donnait de son côté le temps d’établir son propre rapport d’enquête préliminaire, mais consentait toutefois à distribuer généreusement aux journalistes des clés USB d’ 1 GO marquées de son logo, pour les faire patienter. Nul ne pouvait douter que Vanessa Erelle, la directrice générale adjointe chargée des avions égarés de cette compagnie, ne se mette à déployer en toute transparence des efforts louables de communication. La Russique voulait bien envoyer sur zone un zodiac avec trois hommes à bord, munis de téléphones portables et d’épuisettes, puisque si un pilote peut risquer sa peau pour préserver la vie des marins pris au cœur d’une tempête, un marin peut très bien profiter d’une mer calme pour voir si le corps du pilote remonte à la surface, à défaut d‘une hélice ou d‘un réacteur. Comme le président Bronislav Enjoyourself précisait que le bateau pneumatique partirait seul d’un port de son pays pour franchir les 4250 nautiques le séparant de l’île de Badigooince, les instances internationales déclinèrent provisoirement son offre sympathique. Par l’intermédiaire de son ministère des avions en l’air, la Gerbique se désolait de cette décision, puisqu’elle était prête à profiter de cette embarcation pour mettre à disposition des sauveteurs des carnets et des crayons. Quand au Boukistan, parlant par la voix de son gardien des petites cuillères, Kadja Felcheik, l’émir Abud Souf Andjogin Bin Sayed Sfini Aî-Pisdebou Piladjavomisabil Méiladénaïkopié offrait généreusement huit pêcheurs d’huitres, des esclaves de son royaume spécialistes de la plongée en apnée à huit mètres, pour éventuellement participer aux recherches dans les eaux côtières, à condition qu’ils se rendent sur le site du crash à la nage, pour respecter les traditions. Se joignant au concert des bonnes volontés, même la Mochekomkudite prenait leçon de la tragédie et se voyait prête à reconsidérer sa politique en matière d’économie d’énergie pour l‘horizon 2097, en autorisant peut-être à nouveau l’éclairage de ses pistes aéroportuaires lors des atterrissages de nuit. La dictature clairvoyante engageait dès à présent un vaste plan d’éradication des poneys gonflables à l‘intérieur de ses frontières, avec l‘ordre donné à ses gardiens du peuple de leur tirer dessus à vue. Un cafouillage regrettable dans la communication du palais fit qu’une mauvaise lecture de cette injonction présidentielle obligea un moment les gardiens de ce peuple à lui tirer dessus sans sommation. En matière de contrôle des règles, toute dictature le sait parfaitement, ce qui tue c’est l’habitude.

 

Ce statuquo pratiquement officiel dans l’immobilisme arrangeait bien évidemment les affaires de Bobby Fiermongol. Sa femme Anicette avait pris la décision de dormir à l’étage depuis une quinzaine d’années, dans sa propre chambre, ils n’avaient pratiquement pas eu de rapports charnels depuis. Il l’entendit se déplacer, attentif au frottement des mules sur le parquet, elle avait sans doute très peu dormi. Bobby abaissa sa petite lampe de chevet, ce qui eut pour effet de plonger la chambre dans une semi-obscurité. Les familles des victimes potentielles étaient jusqu’à présent les seules à ne pas lui faciliter la tâche, puisqu’elles réclamaient avec véhémence de retrouver l’appareil au plus tôt. Elles hurlaient ouvertement devant la lenteur mise en œuvre par les secours, tout en méprisant l’annonce spectaculaire faite dans la presse qu’un pêcheur Nurdwégien venait de retrouver dans ses filets un ballon, un sac à course, un tee-shirt, une casquette et un parapluie. A l’opposé de cet Orient appauvri de tous ses peuples qui le fuient, la Nurdwège elle-même était également située à plus de 20 000 km de l’île de Badigooince, ces restes ne pouvaient provenir de l’avion recherché, selon l’avocat des familles des disparus. A chacune de leur rencontre, le visage décomposé par le chagrin d’Océane Eight, la femme du commandant Eight, était un crève-cœur poignant pour le président de la Petro-Jelly, parce qu’il la connaissait très bien. L’épouse du pilote était la patronne d’un bar à brushing et Anicette Fiermongol en était même la meilleure cliente. Océane était une femme passionnée, simple, cultivée, qui aimait la nature et ses animaux, tout en appréciant étrangement tous les bons côtés de la vie. Steven avait fait sa connaissance au temps où elle naviguait elle-même sur des prototypes en tant qu’hôtesse d’essai, avant qu’elle n’abandonne définitivement la carrière pour ouvrir son bar innovant, doté de surcroit d’une onglerie. Sans être des amies proches, Anicette et Océane partageaient quelques points communs sur leur amour de la marche, de la danse et du jardinage. C’était même sur les recommandations d’Océane que Anicette venait récemment d'embaucher une jeune française demandeuse d‘emploi, pour qu’elle vienne au domicile de Bobby faire quelques heures de ménage. Ce dernier avait accepté, à la condition obligatoire que cette nouvelle employée veille à s’habiller en blanc.

 

 C’est également Océane qui venait de forcer la main du président pour qu’il fasse appel aux services de Monsieur Yamoussou St Hilaire de Croix de vie, grand voyant médium compétent qui travaillait sur photo de près ou de loin et qui recevait surtout sans déplacement. Le maître aux dons ancestraux donnait également des cours de soutien en arts plastiques, uniquement sur rendez-vous. On lui confia la casquette retrouvée par le pêcheur Nurdwégien. Comme ce couvre-chef était siglé du logo de la compagnie maritime Costa Unmax, la conclusion du voyant après qu’il l’eut reniflé fut qu'il résultait du naufrage d’un bateau de croisière, mais certainement pas d’un crash d’avion. Agitant cette déroutante expertise, l’avocat des familles des victimes reproduisit ces conclusions dans un grand nombre d’hebdomadaires d’informations locales, afin de vilipender le laxisme notoire de la compagnie aérienne et des autorités. La petro Jelly contre-attaqua aussitôt par la voix de Vanessa Erelle, laquelle étala dans la presse spécialisée dans le paranormal les doutes méprisants de Takékétéchéki, chaman amazonien puissant nouvellement installé à Paris. Rien ne venait cependant prouver que le crash puisse résulter d’un sombre cocktail alcool/stups/vitesse, comme le rappelait avec force Mlle Erelle, en insistant sur le fait que voler ne sera jamais naturel, que le ciel se partage aujourd’hui beaucoup et que ses usagers seront toujours vulnérables au danger qu’il représente, encore plus particulièrement si l’on considère les grandes lignes. Elle rappelait également l’extrême rareté rassurante des chocs frontaux subis par les appareils de la compagnie qu’elle représentait, rappelait la mise en place des sympathiques journées fidélité offertes aux classes premium et mises en place tout au long de l’année, tout en rappelant perfidement aux journalistes que les compagnies concurrentes Well Transit, Crash Airways et Pelleafric Airlines faisaient sans doute moins de morts depuis que les statistiques existent, mais qu’elle avaient plus d’accidents et au final plus de blessés, tant dans les airs qu‘au sol. Vanessa Erelle ramait dur pour s’éviter un changement professionnel brutal, sans doute suivi d’un déménagement rapide, une épée de Damoclès toujours tendue au-dessus de sa tête par les actionnaires sourcilleux de la Petro Jelly.

 

Bobby Fiermongol laissa errer ses yeux sur la tapisserie dans la pénombre de sa chambre. Le papier peint était joliment imprimé d’un carrousel d’avions anciens naïvement dessinés, Sopwith Triplan, Bréguet XIV, Spad VII, Gourdou-Leseur, un décor presque enfantin qui venait traduire la passion du PDG pour les vieux coucous de collection. Il ne manquait jamais de se rendre aux meetings aériens mettant en scène quelques-uns de ces early birds du temps des pionniers, où jamais Anicette ne l’accompagnait, mais plutôt sa secrétaire de direction Marithé Konerie, laquelle se trouvait être sa maîtresse depuis six ans, avec de toute évidence la bénédiction tacite de l‘épouse attitrée. Cupidon rendait son mari plus léger en lui faisant pousser des ailes, Anicette gardait plutôt les pieds sur terre et se contentait de profiter au mieux de sa fortune en continuant de vivre sous son toit. Elle détestait pagaille et tumulte et redoutait autant de tourner en rond sans rien faire que d’écraser un jour par inadvertance un piéton inconnu avec sa grosse voiture. Elle pratiquait la danse classique depuis l’âge de six ans et le jardinage depuis trois mois, profitant des conseils éclairés d’Océane Eight à chaque passage dans son bar-maquillage. Anicette restait lucide face à son couple en essayant d’en faire le meilleur usage, elle se félicitait que Bobby ait enfin trouvé l’âme sœur, elle signait les chèques sans compter, jouissait d’une bonne condition physique, sortait de temps à autre avec un jeune type de vingt ans de moins qu’elle qui avait la boxe dans le sang. Chacun de leur côté, Anicette et Bobby Fiermongol voyageaient beaucoup, mais la vie commune et aisée qu’ils partageaient par convention, une fois de retour dans leur splendide foyer, n’empêchait pourtant pas de faire preuve entre eux d’une réelle affection. Jamais sans doute il ne serait question au sein de leur couple du moindre litige ou procès. Une telle limpidité recevait même l’approbation enthousiaste de Marithé Konerie, puisqu’elle profitait comme elle l’entendait de sa propre vie, tout en savourant sans réelle entrave sa tendre complicité amoureuse avec Bobby. Certes, il savait se montrer généreux financièrement, mais avec une sincérité qui réjouissait en plus l’épouse légitime, cette jeune maîtresse l’aimait vraiment. Les deux femmes se connaissaient, s’appréciaient mutuellement, même si Marithé détestait la jardinage et le spectacle vivant ; elles se montraient donc bien résolues à s’épauler pour soutenir Bobby, parce qu’il n’était nul besoin de s’appeler Yamoussou St Hilaire de Croix de vie ou Takékétéchéki pour deviner que cette maudite disparition du vol PJ 612 PK était en train de faire pleuvoir à verse ses eaux glacées sur la pauvre gueule désemparée de leur chéri. Il n’était bien entendu pas question qu’elles s’enferment dans leur coquille respective face au désastre intime. Bien au contraire, elles se montraient toutes les deux bien décidées à soutenir conjointement  Bobby avec la dernière énergie.

 

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Beau week-end à tous.

 

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Message édité par talbazar le 10-06-2017 à 14:39:56
n°50018956
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 11-06-2017 à 13:54:51  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Noeud coulant pour Martin Smith. Extrait numéro 39.

 

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La lourde porte métallique de la cabine grinça une fois de plus sur ses gonds mal graissés. Comme d’habitude, Hurricane Mick déposa la bouffe sur la petite table devant Vaya, Martin et Gordon. Un fort roulis ne facilitait pas le service et le gangster semblait pressé d’accomplir sa corvée quotidienne. Derrière lui, parfaitement visibles dans l’encadrement ovale, El Barbudo et Grand Tonio discutaient entre eux à voix basse, mais ils tenaient bien droit dans leurs mains de quoi prouver aux prisonniers qu’ils étaient des mortels. Il n’était toujours pas question pour le privé armé de ses seules mains nues de coller un peu de leur viande sur les murs du rafiot. En posant son large plateau tout en essayant de garder l‘équilibre, Hurricane lança vers Martin un étrange regard de connivence. Visiblement, il n’avait pas l’air très à l’aise, comme si les yeux qu’il roulait voulaient délivrer une information importante que sa bouche ne pouvait prononcer. Il désigna du doigt la tarte que le cuistot du bord avait réalisée, une Tropézienne bourrée de crème pâtissière qui devait fleurer bon la vanille.

 

– Au final, tout le monde aura sa couronne, hein, vous battez pas pour la fève ! Ce disant, il esquissa un bref clin d’œil à Martin Smith.

 

Après ce message aussi anodin qu’énigmatique, le gangster recula pour rejoindre ses acolytes qui refermèrent la porte derrière lui en la condamnant soigneusement. Vaya avait pigé la première :

 

– Il y a un truc dans ce gâteau. En joignant le geste à la parole, elle découpa plusieurs petites parts de la tarte en fouillant chacune soigneusement du bout de sa cuillère. Satisfaite d’avoir raison, elle mit au jour une petite clé dorée, du genre de celles qui ferment les cadenas.

 

– Qu’est-ce que ça veut dire ? fit Gordon.

 

– Que visiblement Hurricane ne suit plus le mouvement et qu’il passe de notre côté, faut croire, lui répondit Martin.

 

– Je sais ce qu’ouvre la clé ! lança Vaya en parlant un peu fort, puis elle se précipita vers la couchette sous laquelle il y avait un coffre cadenassé. Les prisonniers n’y avaient jusqu’ici pas franchement pris garde.

 

Effectivement, après avoir soulevé la couverture qui le masquait, le cadenas libéré autorisa l’ouverture du long battant qui révéla une paire de bottes en caoutchouc et un ciré jaune sans intérêt, ainsi qu’un grand sac de toile craquant de sel que Martin se mit aussitôt à fouiller. Il y trouva une tenue complète de plongée, combinaison, masque, palmes, tuba, mais également un fusil de chasse sous-marine et sa flèche acérée. Une arme redoutable, quoi. La vie à bord sentait nettement meilleure, tout d’un coup, même si ce harpon n‘était pas trop discret pour aller au contact d‘un gus équipé d’un 9 mm. Cet outil de force létale n’était pas trop pratique pour contrer un gars décidé à ouvrir le feu, mais la trouvaille redonnait un certain espoir à Martin, parce qu’elle remettait un peu d’équilibre dans la situation franchement inégale. Il repoussa le volet en bois et referma le cadenas, puis il glissa la clé dans sa poche. Tant qu’on naviguait au milieu de l’océan, il ne servait à rien de penser vouloir jouer les insoumis, sauf à vouloir penser nager jusqu’en Amérique. Les autres avaient tout vu, mais ils ne disaient rien.

 

– On mange, ça va être froid.

 

La soudaine trahison de Hurricane Mick occupa une grande partie de la conversation qui anima le repas. Du homard, ouais, avec des huitres gratinées aux épinards, fallait pas se plaindre du menu, ce jour là. Vaya ne se fit pas prier pour se jeter sur son assiette fumante.

 

– C’est bizarre, tout de même. Il n’est pas de notre village, Hurricane, qu’est ce qu’il lui prend de vouloir nous aider, tout à coup ?

 

– Va savoir. Mais j’aurais préféré qu’il nous file un pétard, fit Martin, ce n’est pas du menu fretin des coraux qui tourne autour de nous, mais de sales requins voraces des grands fonds.

 

– Ho, ajouta Gordon en suçant avidement ses doigts graisseux, une arbalète de chasse sous-marine peut parfaitement percer de part en part les 75 kilos d’un salopard standard, ce n’est pas un jouet pour enfant. Maintenant, c’est sûr, on dispose de l’engin, mais faut l’économiser, ce n’est pas un fusil à répétition.

 

– On va y songer, Gordon. Il faut surtout que ce truc nous profite à tous. Il suffit de faire le bon moment du choix pour l’utiliser. Pour l’instant, on est coincés au large comme dans un piège, faut laisser venir. J’espère aussi pouvoir trouver cinq minutes pour lui causer un peu, au Mick ; s’il marche vraiment avec nous, son aide est précieuse pour nous tirer de là.

 

– N’empêche, fit Vaya, il vient malgré tout d’effacer un peu les preuves à charge contre lui.

 

– C’est bien beau d’exalter son repentir, mais c’est un peu tôt pour tartiner par écrit un plaidoyer modèle sur son compte. Un défroqué, ça reste peu digne de confiance.

 

– Tu n’es pas fait de bronze et nous non plus, faut regarder le bon versant des choses, si le joujou planqué sous le lit peut nous éviter l‘hémorragie, moi je prend, ajouta Vaya. Elle repoussa son assiette vide avec une certaine satisfaction.

 

– Oui, c’est assez clair, reprit Martin en plongeant longuement ses yeux dans ceux de son amie, aucune crainte que El Barbudo et Grand Tonio soient confrontés à brève échéance à une pénurie de métal. Le manque de plomb, pour eux, ce n’est pas pour demain !

 

Vaya alla se désaltérer directement à la source d’eau vive du robinet. Depuis quelques jours, elle marchait nu-pieds dans la cabine, par une étrange lubie. On avait fini de manger la tarte salvatrice et elle était tellement bonne que Gordon ajouta qu’elle avait sans doute le goût de la manne divine becquetée par les hébreux dans leur foutu désert.

 

Il était d’ailleurs aussi charmant que cultivé, Gordon Strazdinovsky, un type bien éduqué qui avait l’habitude de renvoyer des balles verbales à ses classieux et riches pensionnaires sur le déclin. Sa haute fonction à la tête de l’établissement qu’il avait fondé ne le prédisposait pas pour autant au cruel destin qui était à présent le sien. Se faire piquer son apparence physique par un psychotique assassin en blouse blanche n’avait sans doute rien d’agréable. Il parlait sept langues et pouvait rester visser sur sa chaise à cogiter, pendant des heures. Il aurait sincèrement voulu guérir le monde des enfants maltraités et considérait les personnes âgées comme la population la plus fragile et la plus en danger, dans un monde où la qualité de l’existence devait se monnayer de plus en plus cher à chaque instant. Martin Smith ne le pensait pas céder facilement au découragement, mais ce n’était pas un homme d’action, plutôt un grand bourgeois farci d’utopie sur le bonheur des autres. Après tout, son établissement luxueux ne pouvait guère passer pour un symbole d’égalité sociale. Gordon n’avait cependant rien d’un être foncièrement méprisant, il reconnaissait volontiers que la grande misère qui ronge perpétuellement le monde, cette fameuse chienne noire que craignaient comme la peste les anciens bretons d‘Armorique, restait bien la référence internationale. Il ne joignait pas sa voix au concert méprisant de la Banque Mondiale, laquelle faisait hypocritement passer la pauvreté pour une simple fatalité, voir une loi naturelle. La preuve était que Strazdinovsky avoua un matin, sans aucun vernis d’orgueil, qu’une bonne partie de sa fortune avait construit de nombreuse écoles pour éduquer vaille que vaille les gamins dépenaillés des rues Brésiliennes, puis qu’il finançait également un certain nombre d’urgences sociales aux quatre coins de la planète. Un type finalement généreux, somme toute, un drôle de zigoto qui prouvait finalement savoir tenir parfaitement sa barre dans le concret, ce grand patron des alpages. Au fil des conversations, Gordon déchirait donc le scénario qu’annonçait à-priori une personnalité en trompe-l’œil, pour se montrer un humain extrêmement fortuné, c’est entendu, mais qui n’avait pour autant rien d’un rêveur par trop prétentieux. Il fascinait visiblement Vaya par son savoir-vivre élégant et l’amplitude respectable de ses connaissances aussi nombreuses que variées. Martin l’appréciait aussi sincèrement, mais le privé se demandait seulement si ce monsieur très distingué aurait suffisamment de cran, le moment venu, pour découper à la va-vite les intestins du Grand Tonio en rondelles sanglantes.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 11-06-2017 à 14:26:01
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Posté le 11-06-2017 à 13:54:51  profilanswer
 

n°50039960
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 13-06-2017 à 09:23:08  profilanswer
 

Toujours disponible, un bel ouvrage de la Moyenne Encyclopédie :

 

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Message édité par talbazar le 13-06-2017 à 09:23:37
n°50087609
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 18-06-2017 à 08:21:39  profilanswer
 

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Salon littéraire.
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar.
 
Aujourd'hui : Biographie de Gaston Boudiou - extrait Numéro 28.
 

 

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Chez les hippies adeptes du body-painting, tout semble facile et naturel, puisque c’est justement la sincère volonté qu‘ils mettent en avant. Ainsi, on se met constamment à poil devant tout le monde, en se souciant à peine du jugement des autres qui vous trouvent peut-être un peu trop malingre ou boulotte. Au cours de cet été 1967, les filles présentes dans l’ancienne ferme de papi Léon sont donc la plupart du temps en maillot de bain une pièce, mais les mecs finalement peu vexés par l’inégalité des sexes mènent sans remord la guerre totale au slip et se libèrent le plus souvent possible des entraves vestimentaires, pour le plus grand bonheur des moustiques voraces. Les locataires barbus de Marie-Charlotte ont des principes et des valeurs fondamentales qu’ils défendent âprement, comme leur propre point de vue sur ce que devrait être un bon programme de télé enfantin. La boussole psychique des hippies, constamment boostée par la marijuana, les guide à penser haut et fort cette glorieuse nouveauté que la vie vaut mieux que la mort. Dans la ferme cernée par sa vingtaine de tipis satellites, les chevelus secouent leurs colliers et gardent un cap clair, en réclamant avec force une égalité stricte, pour tout le monde sans exception, du temps d’occupation matinale de l’unique salle de bain, puisque certains conservent encore l’habitude de vouloir se laver une fois par semaine. Les hippies veulent idéalement coller de l’amour dans tout et d’abord dans les têtes rasées, du malheureux pioupiou qui effectue contraint et forcé son service militaire aux généraux, quand bien même leur guerre se bouclerait en six jours seulement, comme l’israélienne du mois de juin. On compte d’ailleurs ici un bon nombre de déserteurs U.S que n‘attire pas la boue sanglante des rizières vietnamiennes. L’esprit des lieux revendique le végétarisme dans la conscience de Krishna, on pratique tard le matin au milieu du pré le yoga de l’adoration par le cœur et tôt le soir celui de l’adoration par le cul, hare rama, hare rama, hare hare. On dépiaute les avantages et les inconvénients astrologiques de chaque chose, ce qui rend le dénouement de la plupart des actions très surprenant. De l’arrosage des tomates à trois heures du matin aux démarches bancaires pour changer ses Chèques de Voyage American Express en francs, à n’effectuer qu’en lune montante et surtout en maison favorable. Au cours de ces jours ensoleillés de java non-stop, Gaston Boudiou n’a plus aucune certitude, sauf celle que le goût des champignons de psilocybine est franchement dégueulasse. Lui et son copain Jean Micheton font claquer leurs cymbales dans le vent du soir, au milieu des bhakti yogis assis sur des coussins ultra concentrés sur leur vie psychique, si tant est qu‘un coussin peut en avoir une, mais grâce aux drogues, tout le monde s‘en persuade. Au diapason de la communauté joyeuse et pastorale, Gaston sait qu’il n’est conscience qui n’évolue. Toujours aussi fasciné par la théorie des quantas, il se déshabille lui aussi et commence sérieusement à renifler sévère, non seulement lui-même et son pote, mais également cet indicible odeur du bonheur qui ne quitte jamais la ferme. Les autres dansent le rock comme des sauvages et font des galipettes pour purifier leur corps, les filles distillent à tous sans exception leurs baisers brûlants avant de laisser libre cours à leurs aspirations sexuelles et puis ciao, bye-bye, les drogues changent tous les angles, chaque prise d’acide est un fil d’Ariane qui mène à Dieu en personne, vers lequel on part à la rencontre en avançant quand même parfois à reculons et de profil. Après les longues grasses matinées, certains sortent de leur sac de couchage et partent avec enthousiasme repiquer les salades au son du Velvet Underground, lequel s’entend à des kilomètres à la ronde, d‘autres grimpent aux arbres cueillir les couilles du pape, dont le sage dit que leur goût ne peut être connu que par celui qui les mange. Puisque ce siècle n’a pas encore complètement dévoré la civilisation agricole. Sur la table du salon, traine la revue Mandala du moi de mai consacrée au L.S.D 25 et que Gaston va ensuite dévoré au sens propre, avec un peu de sauce tomate. La jeunesse en elle-même est une révolution, on n’a plus d’horaire, on se parfume au patchouli, au galbanum d’Iran, l’emploi du temps est largement occupé à tirer sur l’embout des pipes à eau, on s’extasie en commun sur le chant des grillons. Très loin de là, le 13 juillet, le cycliste anglais Tom Simpson meurt pendant le Tour de France en grimpant le Mont Ventoux, victime du dopage. La drogue sans conscience, c’est le mal.

 

Bon. En ce trop court été 1967, Gaston Boudiou s’est un peu perdu en route dans la belle naïveté narcissique de ce mouvement sans tabou, il faut bien le reconnaître. Il le détaillera avec nostalgie dans ses livres « Moi, Gaston B, opéré de l’appendicite sous penthotal dans les sixties » et « L’arbre jaune citron », formidables meilleures ventes du rayon littérature en supérette de proximité, au cours de leur courte et unique édition. Dans chacun de ces ouvrages largement autobiographiques, dans lesquels nous avons largement puisé pour nous faire une idée des quelques jours de la fulgurante période hippie de Gaston, ce dernier développe largement la géniale et visionnaire découverte que cette expérience lui a révélée, à savoir que pour lui, cette fameuse jeunesse qui s’est accrue de 52% dans les années soixante se situe quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Il est vrai qu’à l’époque, cette nouvelle classe sociale contestataire enrichie de ses nombreux membres n’avait ni les droits des uns ni celui des autres. Le 24 juillet, le général de Gaulle s’époumone au Canada sur son « vive le Québec libre », alors que Gaston Boudiou, à quatre pattes sur et chez Marie-Charlotte chante « vivent les mecs libres ». Mais la fête s’essouffle peu à peu, les corps sont fatigués, les drogues commencent à manquer, beaucoup de hippies partent en Inde en auto-stop, certains s’entassent pour s’y rendre dans le fameux magic-bus déglingué, direction ultime Kathmandu, ou prennent l’avion par l’intermédiaire de la jeune agence prometteuse Nouvelles Frontières, d’autres encore plus nombreux démontent tentes et tipis puis repartent en Californie fuir the establishment. Un formidable marché flower power est d’ailleurs en train de s’y créer et pas seulement pour eux. Tout comme Marie Tafiole, probablement enceinte, qui retourne à Bripue au bras de l‘ancien Maître de chant de la chorale scoute de cette ville, Jean Micheton épuisé par toute cette ballade érotique rentre sur Troulbled, puis Gaston Boudiou, quand même un peu las de boire de l’eau bouillante à longueur de journée, traverse le champ sur ses jambes flageolantes pour retrouver enfin le domicile de sa mémé Ernestine. Une bonne maison, c’est d’abord un bon plan. Il a eu très chaud, parce qu’en raison d’une bougie restée allumée sous une tenture indienne, la ferme de Marie-Charlotte de la Tronchedecon se consume entièrement dans la nuit en l’entrainant dans la mort, elle et les derniers enfants fleurs de l’Occident qui sont encore présents, trop défoncés pour pouvoir fuir l’incendie. Le drame de cette destinée une fois de plus collective largement commentée au bar des Goélands va retentir comme un coup de canon dans les environs de Troulbled et la perte horrible de ses nouveaux amis va plonger Gaston Boudiou dans la peine. Mais n’était-ce pas au cœur de la philosophie hippie que de préférer mourir en faisant des efforts pour s’éveiller, comme disait Gurdjieff ? Boudiou a finalement recompté ses doigts, paix et amour, il en a bien dix comme tout le monde. Alors qu’il porte à présent les cheveux sur les épaules et apprend l‘hindi, qu’il a gagné en quinze jours une assurance pour sa conduite intérieure, qu’il aspire à l’unité de son être en expirant au soleil la fumée du gros morceau de hash marocain que Wendy lui a laissé en souvenir et tente de ressusciter en lui la croyance magique, il se consolera de la tragédie en planchant au cours de l’automne 1967 sur l’invention d’une étonnante machine permettant la pratique des haltères sans mouvements, par électro-contraction musculaire. Enfin accordé au rythme cosmique par sa formidable et récente expérience psychédélique, le jeune garçon qui observe les doryphores envahir massivement les plants de patates du potager d’Ernestine en est persuadé, alors que les mendiants s’endorment, souvent pour toujours, sur les marches crasseuses des temples indiens, la civilisation du progrès en marche devrait tout pouvoir résoudre. Angèle le regarde pensivement sans bouger près de la barrière déglinguée, chevelure blond doré et robe foncée, elle est aussi belle qu’un bon verre de Porto.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Et aussi :

 

Abonnez-vous en masse à notre formidable, passionnante et dernière revue, il faut qu'on mange !

 

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Message édité par talbazar le 18-06-2017 à 10:42:32
n°50107544
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 20-06-2017 à 08:44:44  profilanswer
 

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n°50154534
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 24-06-2017 à 15:55:09  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : L'épilée du Nil. Extrait numéro 74.

 

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Amékel-Vachar turbinait à fond les porteurs de la Simkâ pour quitter l’ambiance délétère de la cité de Méwé, dont les bruits citadins s‘éloignaient rapidement. Alors que les intraitables contremaîtres de la SNCL, société nationale des chemins de litière, fouettaient jusqu’aux os les ouvriers chargés de creuser la nouvelle route, les deux gars en charge du pare-choc avant piétinèrent un agneau égaré que les gardes de l‘escorte jetèrent ensuite au pied d‘un figuier sycomore. Le sable des bas-côtés giflait la carrosserie écarlate du véhicule au sein duquel Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch, le corps doré luisant de sueur, souffrait toujours de sa morsure de serpent. Pourtant, le mal qui la rongeait ne venait pas de la plaie cuisante causée par ce reptile, mais des effets secondaires de son venin qui brûlaient à présent ses trois esprits réunis. Le territoire de l’Egype défilait devant ses yeux bordés de poudre bleu d’azur et la momie souffrante, nullement épargnée par les dieux, se souvenait par intermittence de qui elle fut. Elle portait les cheveux sur les reins, pourtant elle était aussi Ramassidkouch, l’époux royal kouchite de la pharaonne Néefièretarée. Celui qui draguait sans vergogne les servantes voluptueuses et les jolies danseuses du palais thébain. Elle avait les jambes longues et fuselées, mais elle incarnait également le sombre vizir et devin Tahosétlafer, assassiné précisément par Ramassidkouch qu‘il devait à présent côtoyer dans l‘intime par nécessité. Ses petits seins se dressaient hauts et fiers sous sa robe transparente, puisqu’elle était toujours Schrèptètnuptèt, mère de l’héritier Moisi qu’elle n’aurait même plus reconnu et la belle-sœur royale avide d’un pouvoir sans partage sur le trône. Elle brûlait d’une flamme dévorante, alors que tout son corps était glacé. Ses belles mains fines tremblaient sur un désir de meurtre gratuit, pour simplement se venger des vivants au gré d’une bouffée de colère soudaine, qu’elle s’efforçait à peine de contenir. Depuis qu’elle avait quitté la maison des morts, surtout en tant que Tahosétlafer-Ramassidkouch, elle en avait occis un grand nombre sans en être pour autant soulagée. Sa fureur à présent augmentait, plus terrible que jamais. Un appétit du sang des autres lui marmonnait au fond de la tête une petite musique virtuose et prenante qui la rendait de plus en plus taciturne et solitaire, en revanche le sexe n’était plus du tout son truc. Son front dégoulinait sous l’effet d’une fièvre qui lui plombait la tête, alors qu’elle se faisait carrément chier à parcourir ce navrant monde rural analphabète, adepte en ce temps-là d‘un inquiétant polythéisme radical. Les conceptions religieuses, la momie à présent s’assoyait dessus également, puisque en usant d’un humour plutôt vache, Isis et Osiris avaient fait d’elle leur propre vitrine en la ramenant par deux fois à la vie. Elle piocha le doigt dans un petit pot de travertine contenant un mélange de Nutella-banane, même les aliments n’avaient plus aucun goût. Elle n’avait pas touché à la mixture antique champignons-œuf-kébab qui trainait dans son assiette d‘albâtre. Sa nouvelle vie n’était qu’un antre de mort hanté par ses nouvelles naissances qui la privaient des moindres joies de l’existence, c’était bien la peine de s’être pensée auparavant la plus belle fille du monde. De nombreux gars tentaient de se faire embaucher sur le chantier de la nouvelle route, puisque la SNCL devenait de fait le plus gros fournisseur d’emplois de la région. On en profitait pour poser régulièrement la question aux pêcheurs, aux fellaghas et aux bateliers du Nil d’origine nomades Chasous, en provenance du sud de la Nubie, s’ils n’avaient pas par hasard croisé, en remontant, le convoi de la pharaonne. Ils répondaient parfois que oui, ils avaient vus passer plusieurs gros voiliers poussés par un vent taquin, avec sur le plus balaise une grande brune bien roulée qui n’arrêtait pas de se gratter le bazar, parce qu’elle avait des morpions et qu’il s’agissait donc probablement de Néefièretarée. Dans les registres des capitaineries villageoises et dans quelques articles des « cahiers du yatching », papyrus mensuel spécialiste de la voile nilotique, on signalait également son passage, en louant les beaux monuments typiques que sa politique mégalo construisait à l’occasion. Des ouvrages qui laissaient d'ailleurs après sa venue la plupart des municipalités sans le moindre rond. Les gardes de Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch se donnaient quand à eux beaucoup de mal pour repousser les représentants en tapis de litière d’importation des territoires autonomes palestiniens qui la harcelaient. Surtout que ces commerciaux importuns ne pratiquaient pas des prix doux.

 

Ainsi, on avançait à bonne allure. Le soir, avant d’être entravés pour la nuit, les porteurs grillaient parfois en brochettes sur des feux de braises quelques kebabs d’agneaux écrasés succulents accompagnés de beignets aux amandes, histoire de se consoler des beignes et des amendes prises en journée. Mais le plus souvent, Amékel-Vachar ordonnait une conduite nocturne pour gagner du temps, en dépit de la faiblesse chronique des petites lampes à huile que tenaient ses porteurs pour servir de projecteurs. L’escorte armée portait des torches elle aussi, afin de produire quelques optiques supplémentaires. Le chef des porteurs jetait de temps en temps des cailloux aux esclaves de devant, puisque sa Simkâ comportait une direction à galet. Le moindre contre-braquage se voyait donc très largement anticipé et la litière conservait une tenue de cap rigoureuse. Les freins avant répondaient toujours fidèlement aux cris de ceux de l’arrière, lorsque ceux-ci donnaient leur grand coups de sandales saccadés pour résister à l’échauffement. Chaque type accroché aux brancards de l’engin avait en général trois heures d’autonomie en bière et à peu près dix à quinze jours à vivre. Au pied des falaises, l’eau potable était quelquefois rarissime et le franchissement de ces zones désertes se montrait difficile. Soleil, lune, sécheresse, brousse, poussière, crevaison des porteurs, on marchait sur la grande route jetée en pleine nature, la litière traçait sa voie journalière et Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch pleurait en dormant sur son lit, assommée par la chaleur lourde, elle qui se montrait si peu chaleureuse. Atteinte d’une vilaine et pénible torpeur, ils en elle regrettaient par moment la quiétude et la fraîcheur de leur sarcophage, d‘où ce gros con de maître embaumeur les avait extirpés malgré eux. Les trente tonnes en équilibre instable de la litière rapide qui la soutenaient flanquaient une trouille bleue aux pauvres chameliers qu’elle croisait à tout allure. Ils cherchaient alors à l’éviter en entrechats savants, avant d’aller parfois s’écraser contre un sycomore, où s‘entassaient déjà un grand nombre d’agneaux, de lionceaux, de hérissons et de crocodiles. On croisait de pauvres mules en panne arrêtées sur le bas-côté et ces bêtes en détresse godillaient des pattes comme des perdues en s’enfonçant dans le sable mou. Les trois voix de la momie coulaient à l’unisson ad nauseam dans ses oreilles comme des cris de chamelle, un sang mauvais irriguait son cœur noir, car elle filait vers son rendez-vous vénéneux et vengeur. Malheur à celui qui croisera sa route pour subir son courroux !

 

Ce fut le cas d’une petite serveuse de restaurant, lorsque la lourde litière arriva en vue de l’oasis de Banania. Amékel-Vachar gara l’engin sur le parking de l’Hippopotamus, le bar-resto de la capitainerie du port, en forçant les porteurs à pratiquer un créneau impeccable. Une petite serveuse mignonne et enjouée se précipita aussitôt sur la terrasse pour prendre les commandes de ces nouveaux clients. Un bon train d’une quinzaine de litières dont les riches occupants allaient certainement occuper toutes les places du camping local. Un débarquement aussi conséquent n’avait pas eu lieu depuis l’arrivée dans Banania de la caravane des marchands de tissu de l’« Organza et Nylon à Sion ».

 

– Vous avez la Carte de Fidélité Hippo ? Vous savez, si vous êtes encore là jusqu‘à demain, la capitainerie de l’oasis organise entre ses murs à la nuit tombée, en l’honneur de l’anniversaire de Thot, une fête-événement avec délirante soirée orgie, façon romaine.

 

Si les porteurs qui reluquaient les formes de la petite comme des machos syriens ne disaient pas non à cette sympathique invitation, leur chef Amékel-Vachar était plus mitigé, redoutant une montée en vitesse plus laborieuse de la Simkâ pour le lendemain, en raison de la fatigue. Un épuisement causé par le vin qui risquait en plus de rendre leur suspension un peu trop molle. Il tripota l’œillet qu’il avait dans les cheveux et rejeta avec emphase la grande écharpe de soie autour de son cou, pour signaler qu’une java leur ferait courir un risque d’accident, sans parler d’une performance amoindrie. Les esclaves lui jurèrent qu’ils étaient puissants, racés, nerveux, inépuisables et que tout irait bien, tant qu’on aurait de la visibilité dans les virages. Et puis, on resterait toute la soirée dans la même catégorie de lubrifiant, pas de mélange, promis, juré !

 

– Vous emballez pas les gars, pas sûr que la patronne vous fasse un bon de sortie, en ce moment, elle n’est pas à prendre avec des pincettes.

 

Comme disaient les anciens égyptiens, quand on parle du chacal, on voit ses oreilles. Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch sauta enfin de la litière, dépassa le jeu de boules pour entrer à l’intérieur du restaurant, après avoir autorisé ses porteurs à faire la nouba sans même s’en rendre compte, écoutant à peine Amékel-Vachar qui rampait à ses pieds ; alors qu’en plus de sa sollicitation, lui se félicitait d’avoir trouvé providentiellement les pompes à bières ouvertes de ce restoroute, en dépit du fait qu‘on était jour férié, puisque c‘était l‘anniversaire de Thot. Avec son plaisant accent du sud, la petite serveuse au nombril tatoué fit aussitôt sa révérence devant son illustre cliente, mais celle-ci l’ignora ; la momie venait en effet de reconnaître, accroché en bonne place pour décorer l’un des murs, l’exceptionnel poignard unique qu’elle savait très bien avoir appartenu à Mer-Amen Tesmich. Pour la bonne raison que c’était elle qui l’avait fait forger à Thèbes rien que pour lui, avant de lui en faire cadeau. Ce salaud de traître aurait normalement dû l’utiliser pour égorger Néefièretarée.

 

– D’où vient cette dague ?

 

– C’est un client qui l’a oubliée, je l‘ai mise là pour me rappeler de lui. Un très beau grand brun, soit-dit en passant, moi je lui aurait bien fait le don de mon corps. Mais il a filé tout de suite avec une caravane de marchands de tissus, l’ONS, pour rejoindre la nouvelle ville d’Ipetasonthoûr, dont tout le monde parle tant depuis que la pharaonne elle-même, maîtresse de la Haute bourgeoisie et de la Basse Egypte, reine de Phénicie aussi et de neuf autres pays, y a un temps séjourné.

 

Il fallait que Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch passe sa rage sur quelqu’un, immédiatement. Elle s’approcha calmement de la pauvre serveuse innocente et souriante qui s’appelait Akatpat-Enkhatiminy, lui plongea ses deux doigts en avant pour lui crever les yeux tout en lui sectionnant la langue avec les dents, puis, en usant d’une force incroyable, elle lui projeta violemment la tête contre le comptoir afin de la tuer sur le coup.

 

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Bon demain à vous.

 

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Message édité par talbazar le 25-06-2017 à 06:01:03
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talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 28-06-2017 à 05:18:38  profilanswer
 

Le congélateur museographique.
 
Aujourd'hui : Eduard von Grützner (German, 1846–1925), The Cardinal, 1895

 
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Le congélateur museographique.
 
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Le congélateur museographique.
 
Aujourd'hui : An Accident by Dagnan Bouveret.

 
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Le congélateur museographique.
 
Aujourd'hui : Jordaens - têtes-de-vieilles-femmes-1620.

 
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Le congélateur museographique.
 
Aujourd'hui : Et nødskud by Oscar Björck

 
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Message édité par talbazar le 28-06-2017 à 07:26:53
n°50223364
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 01-07-2017 à 23:21:45  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La saga du trône de Fion. Tome 2 - Sus au sein royal. Extrait numéro 27.

 

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 Tout au fond du triste cachot de la forteresse de Poudkor, Jeanne-Mireille s’affairait benoîtement auprès de Guy Bouyave pour essayer vaille que vaille de le soigner, puisqu’une mauvaise flèche l’avait percé profond. Le chevalier était toujours vivant mais, plongé dans l’inconscience, il vagabondait les yeux fermés dans les jardins mirifiques de Kramouille, où piaillent éternellement les chants d‘oiseaux et le doux murmure de ses sous-bois. Dans la triste pénombre des lieux, son amie n’avait trouvé qu’un gobelet de vin aigre pour nettoyer sa plaie affreuse. Les murs gris et voûtés n’apportaient point réconfort, mais ils avaient plutôt la couleur d’un tombeau effrayant. Par l’unique fenêtre à barreaux, les prisonniers pouvaient distinguer sur l’esplanade des martyrs une imposante statue équestre du roi défunt Foutre 1er d’Anjou, dont l’artiste malicieux avait figuré le cheval de bronze en franche érection, si réaliste que Robin et ses moines en étaient tous émervoillés. Bien que territoire occupé par l‘armée d‘Olbo Zgeg, il restait encore quelques rares habitantes dans la capitale vaincue et il se passait des choses étranges à l’heure de complies au pied de ce monument, puisque celui-ci passait pour fertiliser par magie les femmes stériles et promettait aux femmes fertiles d’engendrer à coup sûr un garçon. Il y avait donc ribambelle de mariées restées malgré tout au pays et beaucoup de femmes barbares pour faire la queue sous l‘effigie. Le bout de cette chose d’airain était si grandement astiqué en nuitée par tant de quémandeuses aux jupons de camocas et de dabiky relevés, qu’il brillait comme de l’étincelant cuivre poli et contrastait fort avec l’aspect sombre du cavalier et de sa monture.

 

– Voici un canasson fort bien raidi et diablement joyeux, les amis ! assurait messire Yvan de Ladaupe à l’épée vigoureuse, occupé à câliner les épaules de Percevalve en regardant le ballet des infécondes se relayer tour à tour sous la statue.

 

– Si vous le dites, fit Robin, en observant avec envie que mine de rien, un damoiseau bellâtre prenait aussi sa place au milieu des quêteuses cramoisies par leur fervente attente. On distinguait en effet déjà une énorme file qui se faufilait entre les grosses jarres d’huile du marché de minuit.

 

Mais à vrai dire, si la terreur mise en place par les barbares n’empêchait pas les joyeuses traditions de perdurer, dans leur cul de basse-fosse Robin et ses moines n’étaient point en franche rigolade aux mains des Zgomatix. Il était évident que si le roi de Mouyse ne donnait point rançon pour les récupérer, le bourrel de Poudkor se chargerait bientôt de les faire harler sur un grill, de les parboulir dans l’eau bouillante en grand chaudron de fer, ou de les frisier dans l’huile comme pommes-frites, sous l‘œil avide des corneilles mantelées. Les barreaux sembloient solides, les murs estoient épais et on trainait désormais un Guy Bouyave gravement blessé. Hélas, si tous restaient actifs et volontaires, on ne pouvait ni fuir, ni résister. Enfermés dans l’insécurité de ce château austère, la lumière de Kramouille ne brillait pas pour eux. Chevalier Percevalve aux seins grêles tournait en rond en maugréant, faisant fuir quelque rat par sa ronde énervée.

 

– Ces pourceaux Zgomatix ne sont point agités par les sentiments nobles, ils se délectent des violences physiques et morales et sont prompts à agiter menaces et force. Je ne saurais supporter bien longtemps l’infâme commerce de ces brutaux. On peut fort bien douter que Vazy Métoian paiera nos vies sans marchander, qu’aurions-nous d’ailleurs à gagner de lui être vendus, puisque le tyran de Mouyse nous tuera finalement lui aussi ? Quand je pense que ce sale chef nomade au gros tarin est là-haut au-dessus de nos tête, à manger poires sucrées sur un plat d’or en lutinant avec son pif hideux sa vingt huitième épouse, probablement quelque gaupe de ce bled vêtue de sa nuisette en soie brodée d‘argent !

 

– Hélas, fit Jeanne Mireille, en délaissant sa triste veille auprès de son mourant, il faut croire que nous finirons tous trépassés en moulin, ou brûlés vifs en cage de fer ! Notre bon moine Gauviens va décéder, si l’on ne me donne pas quelques pommades pour le guérir. Révérend père Robin, n’auriez-vous point d’utile combine pour nous sortir en liberté ?

 

– J’ai l’Œil de Dinde, certes, mais je ne sais comment l’utiliser. Il n’a pas, entre mes mains, plus d’utilité à nous secourir que le son d’un pipeau soufflé par un berger.

 

– Donnez-donc que j’essaye, lança Braillard en délaissant les cajoles prodiguées par Yvan, qu’avons nous donc à perdre ? On m’appelle le chevalier sans beurre et qui se rapproche, car pour ma part, je n‘ai point les chairs d‘un pauvre mouton gras que l‘on offre en pâture au dragon.

 

Il s’empara du sceptre magique que lui tendit Robin qui boit, en le brandissant vers la porte tout en essayant de se rappeler l’ancienne formule.

 

Par la vertu des eaux mortes et des eaux vives
Honorable bijou dont les pierres luisent
Comme gouttes de sang devant nos faces,
Toi qui transformes le feu en glace
Qui domptes les licornes à la corne bandante
Sceptre qui charme et ne s’en vante
Emporte mon enchantement pour éviter la mort atroce
Fais naviguer ce pieux sortilège, O roi des océans véloce
Transporte vite ma prière vers le père des vents
Qu’il tourbillonne et s’envole hardiment
Tourne et roule avec force vaillante
Au bout de cette baguette radieuse et brillante
Débarre donc cette porte grinçante, bordel à queue !

 Les pierreries du sceptre magique passèrent sur l’instant du rose au vert, du violet à l’indigo, comme si l’étincelant bijou de sorcellerie voulait donner réponse au désir de son manipulateur. Les moines et Jeanne-Mireille furent éblouis par sa beauté, mais sous le coup d‘un étrange charmement, leurs visages tiraillés et crispés se déformèrent pour leur donner à tous un sourire de poisson. Accessoirement, les Poudkorannes et même le Poudkoran occupées sous leur monture de bronze tombèrent immédiatement enceintes, aussi gonflées que des melons ronds. Sur la place enfin vide, le grand cheval stoïque à la longueur de queue vraiment extraordinaire fut finalement abandonné à sa solitude. Mais bien que vibrant comme le son du tambourin, la porte d’acier de la prison refusa de s’ouvrir. En revanche, toutes les cloches du temple de Kramouille en grande alarme sonnèrent à la volée et tous les malheureux pendus dans les arbres en dehors de la ville ruinée se mirent subitement à rire aux éclats. Pourtant, Braillard avait foiré dans sa mission en se prenant les pieds dans ce drôle de tapis sorcier, car le bâton refusait l’ordre que son maître lui avait commandé. Puisque, après-tout, le bon usage de cet outil plein d’aimables qualités demandait presque toute une vie d’études laborieuses et de recherches savantes.

 

– La défaite est cuisante, fit Jeanne Mireille, nous aurons finalement la tête tranchée, aussi vrai que le cheval de fer de cette statue n‘est ni fourbu ni blanc d‘écume, en dépit des efforts déployés. Mon cœur de femme en tremble, car l’on raconte que l’odieux roi de Mouyse si gourmand de pouvoir aurait autrefois écarté sa propre mère avant de la spolier.

 

Sauf que malgré les apparences l’affaire n’était pas vaine, car la magie du sceptre avait grandement hâté les pas de messire Gaultier Quilamolle, comte de Septizémie, sénéchal de Fion et général en chef de l’armée de terre, lequel venait justement d‘arriver aux frontières du royaume de Mouyse pour l‘attaquer. Sans nouvelle de la flotte dirigée par le seigneur Gaëtan Maldemer de Posegalettabord, privé par le fait des ordres du sieur capitaine-chevalier Franquette de Labonne, général en chef des troupes de Fion et nouveau vizir du royaume d‘Amanda, le commandant de l‘armée de terre en costume chatoyant venait de donner l‘ordre à son infanterie de se faire un peu la main en attaquant Poudkor. Car bien que modeste cité occupée par les tribus Zgomatix, elle devenait par sa situation aux bornes de la Mouyse le fer de lance pointu de l‘Ovoïde. Il n’était cependant pas normal que les bateaux de la reine ne soient point déjà au rendez-vous, mais les patrouilles dépêchées sur les berges ne voyaient rien venir et l’on n’avait intercepté aucune poulette messagère. Les absences anormales de l’amiral et du vizir gardaient pour l’instant leur profond mystère. Gaultier pensait que peut-être, les vaisseaux de son camp avaient rencontré ceux de la flotte de Mouyse et qu’après avoir engagé le combat sur les eaux, cette dernière était parvenue à mettre la main sur eux. Alors, au cri de guerre « Majoye du Fion ! », les vassaux Vladimir Poustapine et Richard Beurre de Fion assemblèrent leurs troupes aguerries de fantassins et chevaliers, pour avoir le périlleux honneur d’assaillir les murailles de la ville les premiers. L’un sur la porte du nord, l’autre sur un pont plus au sud. Messire Gaultier, quand à lui, filait avec le gros de l’armée en plein centre. En rase campagne, au milieu des terres que l’on ne cultivait plus, les villages les plus proches étaient déjà détruits de fond en comble, car les bandes Zgomatix chargées de les surveiller n’étaient pas en mesure de résister à l’assaut frénétique de cette armée furieuse, où les accidents du travail se montraient forcément très nombreux. Les barbares présents reculèrent en désordre, heurtés de mille coups qui leur faisaient grandes ouvertures sur leur personne, mais ils parvinrent tout de même à rejoindre la ville pour aller la défendre, avant qu‘on n‘en barre les huis. Là, les Zgomatix en siège obligeaient les pauvres enfants encore en vie à monter aux créneaux pour faire le guet et sonner de la trompe sous l’oriflamme de Mouyse. Au pied des remparts assaillis par de violentes charges, une horrible mêlée de combattants dansait en grand nombre au milieu des prés en voisinage des douves. Dans un hameau brûlé par les flammes cauchemardesques, chez un propriétaire proprement empalé par les piquiers et qui élevait de son vivant des poulets coursiers, six archers de Poustapine trouvèrent un soldat ennemi caché dans le jardin, sous l’abri des rosiers greffés. Ce barbare éclopé tentait obstinément de cacher sous sa tunique ensanglantée par méchante fendace une lettre que venait de transporter un chapon messager à l’intention d’Olbo Zgeg. Il s’agissait de la réponse du roi de Mouyse sur la demande de rançon formulée par le chef des nomades :

 

 A mon cousin Olbo Zgeg au long tarbouif, général en chef des Zgomatix du pays de la Godée.

 

Ayant su que vous aviez acheminé jusqu’à Poudkor, en sujets de la prison de son castel, mes évadés les moines de la Commanderie d’Aufesse, seigneurie de l'Ordure des Hospitalisés de Sainte Kramouille sise à Kiess, je vous prie de ne point passer outre à me les rendre sans paiement. Vous pouvez vous assurez qu’ayant sujet de me louer pour votre conduite dans la prise rapide de Poudkor et la mort de son roi Foutre 1er d’Anjou, héritier de sa couronne, j’en aurais autant de me plaindre sur le contentement illicite et parfaitement abusif que vous osez désirer de moi. En témoignage de votre bon naturel, je vous engage de vous assurer pour la satisfaction que j’aurai de revoir devant moi, sans contrepartie ni sorte de chicane ou marchandage, ceux qui m’ont échappé. Sinon vous n’aurez que peu d’heures pour vous préparer à la mort, en raison des caprices de courtisane que vous osez nous faire. Je vous tiens en rappel que j’exige à statuer moi-même sur le sort de ces accusés qui s‘affirment être pénitents blancs et moines armés de nobles figures. Je vous prie donc de ne point passer outre à me les renvoyer de suite, auquel cas je serai toujours aise de vous donner mon affection selon mes moyens, puisque que vous recevrez de ma personne le fervent témoignage en gratuité de celui qui prie chaque dimanche en son temple Notre Sainte Dame de Kramouille qu’elle vous ait, mon cher et toujours bon allié au gros tarin, en sa très bonne et pieuse garde. 

 

Ovoïde Vazy Métoian LXIX, empaleur de Kiess et roi de Mouyse.

 

 Alors qu’on guerroyait de par et d’autre en s’offrant de violentes ferues au milieu des essartines et des restoubles qui bordaient les faubourgs de la cité, Vladimir Poustapine porta la missive aux yeux de Quilamolle, en se frayant passage dans les rues dévastées, où suintaient pisse et mort par les corps écharpés.

 

– Foutrekramouille, s’exclama messire Gaultier, il y aurait donc des moines de notre clan que cet Olbo Zgeg de sale gueule et petit esprit retiendrait prisonniers ! Messieurs, portons donc plus que jamais nos milices sur le château de cette ville desroyautée, puisque le vrai devoir nous ordonne d’aller les libérer.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 02-07-2017 à 06:22:10
n°50291929
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 08-07-2017 à 23:23:29  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Coup de chance dans l'hyperbole. Extrait numéro 47.

 

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Instantanément, pourtant, le front d’Isa se plisse à la vue de l’Interceptor. Ses yeux se glacent et se vident d’émotion, toute sa physionomie opère un changement radical qui ne laisse plus deviner qu’une seule et froide détermination. Elle fait immédiatement stopper les pitreries de son Kitch pour le rapprocher du vaisseau de son amant.

 

– T’as vu ? fait-elle à Alan, en lui communiquant sa surprise par radio.

 

– J’ai vu.

 

Selon la procédure interne de la WWW en vigueur en cas d’attaque pirate, le brigadier général Vince London s’attribue désormais le contrôle exclusif du Suck my pony et le capitaine Sin Gonnery, ainsi que son second pilote Sidrine Kiberline, lui cèdent leurs prérogatives. Les Águilas Negras deviennent donc les maîtres véritables du transbordeur, auxquels tous les hommes d’équipage se doivent maintenant d’obéir sans discuter. Le cargo stagne cependant inerte au milieu du vide, puisque les ordres donnés par Vince ne concernent en cet instant que le seul et minuscule Interceptor, lequel manœuvre habilement pour se placer sous la coque du Bad Seed. A l’intérieur de ce dernier, Alan Drelon en tête, c’est le branle-bas de combat pour s’apprêter à les accueillir comme il se doit, ou plus précisément à sortir dans l’espace pour balayer cette poignée d’imbéciles. Mais la vedette rapide des gardes se maintient aux environs de la bague semi-circulaire de coursive, où se loge également la bande magnétique de répulsion gravitationnelle. Ce dispositif maintient le Kronenburg cruiser stationnaire, en lui gardant sa position dans l‘espace sans l‘appui d’une rétrofusée. Un peu plus haut, sur le flanc de l’anneau, un renflement cylindrique externe protégé par une plaque de blindage cache un sensible générateur d’impulsions radiales. Les pirates vêtus de leurs scaphandres s’attendent évidemment à une sortie des mercenaires pour tenter de s’introduire dans le corridor et saboter le vaisseau, mais ce n’est pas ce qui se produit. Alors que les hommes du House of shame s’apprêtent à jaillir eux aussi pour engager un duel cosmique et les en empêcher, leur 33 Repeater et leur Lone Star Space Ranger 100 Shot Cap Repeater aux mains, l’Interceptor prouve qu’il n’a jamais été totalement désarmé, puisqu’il possède toujours son Ray Gun Robo Hunter MIB Cosplay LARP, un type de canon laser équipant également les Panzigs militaires. Bien que très modifié et de moindre puissance que sur ces derniers, le canon de la vedette accuse néanmoins une capacité de feu phénoménale. Un jet bleu fulgurant, unique et judicieusement placé, vient le prouver instantanément en frappant la structure en demi-cercle du Bad Seed. Le rayon laser traverse la plaque en plastacier et provoque la fusion en série des freins à balles magnets. Un coup de ce genre, ce n’est pas simplement se prendre un bon coup de pied dans les couilles, c’est se faire proprement déchirer l’aorte. Un coup unique et déloyal mais absolument génial de la part du brigadier général Vince London. Instantanément, le gros vaisseau pirate déstabilisé part en dérive. Générant au passage de fulgurants et brefs éclairs électriques qui lient les deux vaisseaux en cordons de lumière malfaisants, il heurte d’ailleurs rudement l’immense flanc du Suck my pony, sur lequel il rebondit violemment sans occasionner de dommage important à l’un comme à l’autre. Après son coup de maître, l’Interceptor dégage rapidement, s’éloigne, puis revient à la charge pour s’en prendre cette fois au navire d’Isa.

 

– Alan, Alan, crie justement celle-ci à son amant, cette petite merde a toujours son canon !

 

– J’en sais quelque chose, chérie, on est salement touché. Faut que je décroche, attention à toi. Une poussée des réacteurs zionniques éloigne en effet rapidement le Bad Seed du théâtre du combat. Ce faisant, il se rapproche sans trop le vouloir du champ d’astéroïdes, en se donnant un mal de chien pour corriger sa trajectoire.

 

Le kitch d’Isa Djani est conçu pour pénétrer à grande vitesse n’importe quelle atmosphère planétaire, puisque c’est avant tout un engin de liaison. S’il y a un endroit de sa coque qui ne craint pas trop les coups de laser, c’est son ventre, dont le blindage antithermique le protège comme une armure improvisée. La jeune capitaine donne donc des ordres pour cabrer son astronef et s’efforce de le présenter ainsi face à l’ennemi. Il est évident, pour elle comme pour ses forbans, que l’alléchant butin du cargo ne représente plus la priorité, mais qu’il faut en urgence se protéger du dangereux importun qui les menace à distance. Chaque coup tiré épuise complètement les batteries à sous-zithium du canon qui doivent se recharger. Bien qu‘il soit bref, il existe donc un temps de latence plus ou moins important entre les salves. C’est cet instant de répit que vient de mettre à profit le navire pirate pour bomber le torse devant le minuscule Interceptor. La mouche à merde des Águilas Negras est à peine visible sur les écrans du House of shame, elle est pourtant capable de provoquer des dégâts considérables sur celui-ci. Visage fermé, Isa se tient droite sur son siège de commandement en platiskaï et le bout de ses seins se dressent sous le coup d’une excitation inquiète. Alan est là aussi virtuellement, à ses côtés, mais les traits de son visage peints par l’holocast tremblant ne révèlent qu’une simple concentration silencieuse. A pleine puissance de ses turbogens enclenchés, la petite vedette des gardes les frôlent sans tirer, obligeant Isa à manoeuver rapidement en tacticienne rusée ; elle donne des ordres à ses pilotes pour faire pivoter le House of shame sur son axe de giration et éviter qu’il présente son dos, puis elle le fait basculer à nouveau en levant la proue au maximum. Derrière elle, le transbordeur immobile et sa précieuse cargaison d’hytryanide la nargue plus que jamais, massif spectateur d‘une fausse neutralité.

 

– Isa, je t’en supplie, va mettre un scaphandre, maintenant.

 

– Oui, oui, Alan, je crois que j’ai un truc à faire auparavant. Mes gars sont très énervés, tu sais. Ce canon, là, ce n’est pas normal, hein !

 

– Non, c’est nouveau, la WWW vient de changer les règles sans prévenir, on dirait. De notre côté, on va avoir du mal à réparer, sans compter qu’ici, on nage au milieu de cailloux plutôt gros !

 

Quelques débris épars moins naturels issus de la collision entre le Bad Seed et le chaland viennent à cet instant heurter brusquement le vaisseau d’Isa, sans générer de dégâts fâcheux. A ce moment là, la pirate pourrait fuir et rejoindre son amant, sans doute, d’une bonne poussée de ses réacteurs, mais ce n’est pas dans sa nature, plutôt revancharde et belliqueuse. Nez relevé, le House of shame est a présent positionné entre l’enclume du cargo et le marteau de l’Interceptor. Pour ce dernier, l’effet de surprise ne joue plus, les tireurs n’auront pas la chance de toucher le Kitch sur un point névralgique, il déclenche tout de même son feu unique qui se disperse en formidables rayons aveuglants lorsqu’il frappe le ventre métallique de sa proie, sans le traverser. En dépit des vibrations énormes qui secouent sa coque, Isa ordonne de prendre brusquement de la hauteur en effectuant une courte trajectoire parabolique, puis elle fait basculer promptement son appareil en se laissant chuter, cette manœuvre peu orthodoxe met un court instant en échec le système de gravité artificielle à bord, puis il reprend aussitôt du service en envoyant valdinguer quelques pirates, dont plusieurs se blessent gravement en chutant. Cependant, le mouvement de fronde du House of shame renverse les rôles, alors qu’il cogne l’interceptor dans la foulée, sans lui laisser ni l’occasion ni le temps de réagir. Le choc est puissant, sans conséquence réelle sur le navire pirate, mais la vedette des Águilas absorbe toute l‘intensité du violent tamponnement en raison de sa taille ridicule, elle part percuter la baie de chargement toute proche sous l’effet de la poussée, où elle s’y écrase avant d’exploser en une myriade de fragments qui s‘envolent à travers l‘espace. Le reste semble trop beau pour être vrai, puisque la coque malmenée et ventrue du transbordeur est à présent largement ouverte sur le vide. Un bon nombre de stipendiés en scaphandre, armés et agités, y sont même clairement visibles, en train de courir dans tous les sens sur les rails de guidage du hangar, prenant position entre les modules roulants. Leur système d’ouverture gravement altéré, il est probable que les doubles portes de la soute de fret ne peuvent être refermées. La dépressurisation inattendue achève d'ailleurs d’éjecter dans l’espace de nouveaux objets plus ou moins volumineux, y compris quelques corps humains des commandos surpris. Ceux que l’on aperçoit sont équipés pour le grand vide et arrivés après l’accident, ils ont eut le temps de prendre la nouvelle donne en compte.

 

– Chéri, fait Isa à son ami lointain, je viens d’ouvrir le coffre au trésor !

 

Aucune réponse d’Alan. Se sachant désormais vulnérable avec un dock aussi généreusement offert à la rapacité des pirates, le Suck my pony cherche tout à coup son salut dans l’esquive. Au poste de commandement de ce dernier, le brigadier général Vince London sait que la fuite n’empêchera pas l’abordage du cargo sur lequel il veille. Il sait que la jeune femme qui commande l’autre vaisseau est une quasi légende dans le monde glauque de la piraterie interstellaire et que seule la mort la ferait renoncer à son projet. Lui vient de perdre d’un coup les dix camarades de l‘Interceptor, plus quelques autres propulsés dans le vide par l’ouverture impromptue de la soute. Une hémorragie dans ses rangs qui vient sans doute renforcer le sens de son engagement au sein des Águilas Negras. Le mercenaire, pour qui le port de l’uniforme même au sein d’une compagnie privée sera toujours un honneur, sait qu’il lui faut à tout prix conserver l’initiative de l’engagement pour protéger ses hommes et sauver la cargaison. Après un rapide briefing avec le capitaine Sin Gonnery et le second pilote Sidrine Kiberline, le chef de la milice ordonne de prendre un cap qui doit propulser le lourd chaland bien en-dessous du dangereux champ d’astéroïdes, tout en le rapprochant de cette planète éloignée à l’étonnante luminosité verte, la fameuse 8495SK-Rolling Stones aux triples soleils. Le House of Shame est potentiellement plus rapide, inutile de chercher à le semer en fuyant à nouveau aux confins de l’univers, mais cet étrange monde en approche permet à Vince d’obéir à l’une des règles combattantes de la compagnie pour laquelle il officie, qui commande de toujours approcher un vaisseau soudainement abordé le plus près possible d’une planète viable, s‘il s‘en trouve une. Cette planète énigmatique à peine visitée par une ancienne mission ne semble pourtant intégrée à aucune défédération, mais peu importe, il n’en existe pas d’autre dans le coin. Les miliciens connaissent leur chef et lui font confiance, mais tous savent qu’il ne pourra éviter de faire bientôt résonner le fracas des hommes dans l’espace vide de la soute béante, en brûlant les corps sur son tarmac, dont les lumières éblouissantes sont à présent éteintes ou très atténuées. Le positionnement est enfin prêt, les Águilas n’attendent plus que les ordres de tir. Les risques engagés sur ce quai gigantesque seront naturellement les plus élevés, d’autant plus que le poids énorme de la caisse contenant l’hytryanide ne saurait être déplacée rapidement. Et pour la stocker où, d’ailleurs ?

 

Pour l’instant, le Kitch obstiné des pirates navigue bord à bord avec sa proie, mais d’un instant à l’autre, une envolée de pirates déterminés va probablement surgir dans l’espace en une seule vague pour accoster. Avant l’assaut fatal du chaland de transport, Isa tente de joindre Alan désespérément, mais elle ne reçoit des ondes qu’un infâme gargouillis, même l’holocast du pirate s’échappe dans le jeu vaporeux d’un rayonnement flou illisible. Au moment de lâcher ses forbans dans les ténèbres, c’est une Isa Djani inquiète pour son amant qui les retient juste à temps. Une communication en toute urgence des mecatechs et des astroragistes oeuvrant sur le complexe générateur principal à bizions lui signalent un dommage d’impact sur cette zone. La buse de conduite n° 2 du cyclotron est en passe de subir d’un instant à l’autre une rupture d’éclatement, pouvant générer une avarie gravissime du House of Shame. Conséquence du tir de l’Interceptor ? résultat du choc engendré par l’impact du kitch avec celui-ci ? suite fâcheuse du bombardement avec les débris qui tournoient en grand nombre ? Peu importe, le navire pirate n’est sans doute plus en mesure de tenir l’espace correctement. Au pire, il risque même l’explosion imminente. Depuis longtemps, les pirates de ce vaisseau ont confié leur destinée à leur jeune capitaine, mais celle-ci sait à présent qu’elle n’a plus le choix, elle doit absolument se rendre maître de ce transbordeur, non plus pour simplement le dépouiller de son hytryanide, mais sans doute pour assurer leur propre survie. On ouvre les écoutilles et puis, hurrah ! Hurrah ! les forbans s’échappent un à un, flottant en essaim dans l’espace et mus par leurs dorsaux, mais contrairement à son habitude, Isa Djani n’est pas à leur tête. Elle est restée encore un peu à bord, car en ce moment crucial de l’assaut qu’elle est en train de mener, elle se désespère plus que jamais de ne pouvoir joindre Alan.

 

La belle fille au physique avantageux sait que leur amour a réuni deux personnalités hors normes, qui sont jusqu’à présent parvenues à vaincre tous les nombreux obstacles présentés devant eux. Depuis leur première rencontre, elle pense avec une bienheureuse certitude avoir trouvé dans le chef des pirates sa propre moitié. En voguant à son bras au milieu des étoiles pour vivre leur épopée commune, d’une dureté absolument violente et non voilée, Isa Djani s’avoue, à chaque fois qu’elle émerge du sommeil, avoir décroché avec lui une fameuse timballe romantique. Ils ratissent ensemble les galaxies depuis quelques années déjà, mais malgré-tout, cet homme beaucoup plus vieux qu’elle ne cesse toujours pas de l’intriguer. Les plaisirs de la chair qu’il lui donne la rendent brillante et lumineuse, il sait répondre avec brio à ses pulsions les plus inavouées. Tous deux, ils incarnent des chasseurs impitoyables, pourtant leur passion réciproque effaçe en eux toute trace de leurs crimes aussitôt qu‘ils se voient. Isa fait mentir l’adage qui veut qu’en dépit d’une autorisation parfaitement officielle de pornifier, ce qu’ils ne possèdent bien entendu ni l’un, ni l’autre, l’amour peut parfois être aussi éphémère que du sable qui coule entre les doigts. Alan est un animal beau et sauvage, un bandit intelligent contre le ventre musclé duquel elle adore toujours se lover, béate et pourtant parfois anxieuse de le perdre à jamais. Chaque jour qui passe elle découvre une nouvelle raison de l’aimer davantage. C’est pourquoi, isolée dans son cockpit, elle crie avec dépit dans son implant pour vaincre le silence, elle holocaste sans fin pour avoir l’agrément de le contempler à distance en face à face, elle inonde son micro d’appels vibrants, frappe rageusement ses compas au risque de s’y briser les doigts, mais Alan Drelon ne donne toujours pas de ses nouvelles. Inutile de perdre encore du temps, Isa achève de visser son casque sur sa tête, puisque l’heure est venue pour elle de partir au combat.

 

Alors que les premiers pillards s’efforcent de prendre pied sur le palier tournant rotatif, marqué au sol par sa voyante et criarde signalétique rouge, les premiers tirs des Águilas retranchés dans le hangar fondent les visières des assaillants, brûlent les scaphandres et les peaux, criblent les chairs en lambeaux. Les salves envoyées en riposte par les 33 Repeater font de même sur les mercenaires les plus exposés. La baie de chargement est à présent le théâtre d’un effroyable combat. Un chaotique ballet de rayons mortels balaie le pont du dock grand ouvert sur la nuit noire, masquée en partie par l’immense silhouette du House of shame, que son beau commandant s’apprête enfin à quitter pour rejoindre la lutte. Elle n’en a pas le temps, un formidable ouragan de feu secoue son bâtiment terrassé, une désastreuse déflagration qui le propulse malgré-lui loin du cargo, sous les yeux horrifiés et stupéfaits des pirates en train de lutter dans le Suck my pony. Le kitch n’a pas complèment explosé, seul le cyclotron vient de se désintégrer, crevant la coque d’une inquiétante béance, mais en s’éloignant à toute allure, le navire d’Isa n’est plus qu’une épave flottante dont un gouffre tragique a remplacé les cales et qui prive les pirates de leur chef, en les laissant à la merci totale des gardes de Vince London. Les rayons ajustés des Bliss Disruptor-Deslon Atomizer Pistol MK 7 et des Remco ST Phaser percent les corps, paralysent ou arrachent atrocement les bras et les jambes : si, en parfaite et usuelle terreur du transport marchand, les pirates tuent avec une certaine habitude, les Águilas Negras de la compagnie WWW semblent bien décidés dans ce combat-ci à venger leurs frères d’arme, avec une férocité identique. Et en usant à présent d’une force nettement supérieure, puisque les forbans voient tout à coup se déployer devant eux une unité de mercenaire équipée de quatre Wee Gee Ray Gun Gun, des laserguns portatifs si puissants qu’il peuvent percer sans problème de leur tir le blindage d’un Panzig. Les pirates engagés comprennent alors enfin que c’est sans doute le rayon de l’un de ces lourds engins, tiré depuis la baie, qui vient de se montrer fatal au House of shame. Visiblement, pour faire face à la menace des détrousseurs spatiaux, contre qui elle se défendait jusqu’à présent en usant d’une mollesse relative, comme les autres armateurs-administrants, la prétentieuse Wilfrid/Wilbur/William Corporation ne respecte plus aucune des règles du transbordement habituellement en vigueur ; mais il semble bien qu’elle soit désormais décidée à mener contre les flibustiers des étoiles une véritable guerre.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 09-07-2017 à 03:58:48
n°50355301
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 16-07-2017 à 01:08:57  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La jet larguée. Extrait numéro 21.
 

 

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Shirley roucoulait tranquillement aux côtés de Steward en face des eaux scintillantes du lagon aux couleurs franches et envoûtantes, pour essayer d’échapper aux pensées néfastes. Elle tâchait de sauvegarder ce couple par le biais des souvenirs, en faisant finalement preuve d’un culot déconcertant après avoir si vertement éconduit son mec. Les bouts d’une longue écharpe rose encerclant ses cheveux blonds balayaient son dos nu et l’hôtesse plongeait dans leur passé commun, non pas pour faire souffrir inutilement son ami, mais pour faire taire ses propres doutes et ses angoisses, en se contentant de vivre avec lui le tout petit bonheur d’un instant complice. C’était une soirée tranquille où Shirley dévidait le dérisoire de l’intime susceptible d’occulter la jungle proche jonchée de débris, comme si le rappel des jours heureux pouvait masquer l’ampleur du désastre et lui offrir une puissante lueur d’espoir. Mais, alors que la langue de Steward glissait avec confiance au fond de sa gorge, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’en réalité, elle se contentait juste de flirter et que chaque baiser ne constituait en réalité qu‘un simple point d‘allègement au malheur. Elle se montrait bien entendu charmante avec lui, mais la passion amoureuse n’était plus, la flamme véritablement éteinte, alors qu’au pied de la montagne luxuriante de ce décor grandiose à la richesse florale exubérante, son amour pour Steward n’était plus qu’un mythe envolé. Ils vivaient à présent les choses différemment car si lui la mangeait toujours naïvement à pleines dents, la jeune femme avait bel et bien au fond de son cœur chassé le pauvre homme de son Eden personnel. Les fruits tropicaux et le poisson ne manquaient pas dans cette île au printemps éternel glorifié d’orchidées, mais pour elle et d’ailleurs la plupart des survivants, le pourpre du soleil levant au-dessus de la mer, le triomphe enflammé du couchant ne faisaient pas forcément résonner en eux la bienheureuse douceur du monde. Le splendide corps chaloupé de Shirley avait beau s’enchevêtrer chaque soir sur la plage à celui de son amant, le ciel au-dessus de ses yeux enfiévrés de plaisir se parait bien d’un carmin resplendissant lorsque le soleil tombait dans la mer ; mais pour elle, alors qu’elle revoyait sans cesse les images des cadavres gisant dans les restes de l’avion, les cieux étaient toujours rouges de sang. Steward jouissait et s’arrêtait enfin, épuisé, en profitant près d’elle des derniers instants de la journée, il continuait de vouloir l’épouser, son rêve d’union résistait à tout. Cette soirée exhalait un parfum de citron alourdi d’effluves indéfinissables, Steward s’épousseta et libéra une caisse sans façon, Shirley avait trouvé le sable un peu dur, ils se levèrent tous deux pour rejoindre leur case, au gré d’une lente promenade inspirée. En marchant tranquillement côte à côte sur la grève mouillée, ils savourèrent la fraîcheur de la brise apportée par le flux de l’océan.

 

– Tu te rappelles de notre première rencontre, Steward, quand notre avion avait été frappé par le coup de foudre à 10 700 mètres ? En tout cas, j’avais été prise par autre chose que l’orage au cours de ce vol, touchée par toi bien avant de toucher le sol !

 

– Si je m’en souviens, tu rigoles ! Surtout qu’un des passagers de ce gros porteur nous avait repéré à la sortie des gogues et qu‘il s‘était bien marré, parce que ta jupe était restée coincée haut dans la ceinture de ton collant. En revanche, je ne me rappelle plus trop de quelle ligne il s‘agissait, en vérité.

 

– Paris/Orlando, pas franchement un chemin de traverse, mon vieux. On était ensuite resté au lit trois jours à baiser en folie dans un motel, sans rien manger d’autre que les pizzas qu’on se faisait livrer.

 

– Tu rayonnais tellement sur tes hauts talons.

 

– Et toi, tu avais de la classe et tellement d’humour !

 

– C’est vrai, on a toujours formé un duo épatant, toi et moi.

 

Le soir devenait peu à peu obscur, Shirley se sentait plonger dans un gouffre et sa voix se cassait, puisque à la vue des ombres formées par le campement infesté de moustiques, elle reprenait en pleine figure le cours de son histoire de naufragée. Les quelques heures qu’elle venait de combler en compagnie de Steward se diluaient instantanément en un simple fantasme délétère. Elle lui déclara vouloir dormir seule cette nuit là, il ne rechigna pas devant ce besoin d‘indépendance et lui délivra juste une dernière et bonne pelle d’avant coucher. Peu pressé quand à lui de s‘endormir, il alla lui-même errer un peu autour des cases pavillonnaires qui s‘étaient grandement multipliées depuis leur installation sur la plage, mélangeant habilement pour leur construction le bambou et les matériaux de récupération. Une excavation creusée au pied de la montagne formait un petit lac qui permettait de se ravitailler en eau, mais il n’était nul besoin de s’engager profondément dans la jungle pour ce faire. Des conduites toujours en état apportaient en continu le liquide vital jusqu’aux baraquements militaires ruinés, ce qui permettait à quelques équipes armées de bidons de se relayer pour aller chaque jour puiser de quoi satisfaire aux besoins des survivants. Cette nécessaire randonnée prouvait également que le courage et le sens de l’effort n’avaient probablement guère augmenté chez certains spécimens de l’espèce humaine, en dépit d’une constitution pourtant solide et d’un brassage génétique d’environ 300 000 ans. Par ruse et savantes éclipses, le richissime Michel Tatol n’avait par exemple jamais exécuté sa part de corvée, alors qu‘il prenait effrontément de longues douches toute la journée. Indéniablement, une certaine fatigue pesait sur le moral de tous, même si la météo se montrait excellente et la nourriture suffisante. L’éloignement extrême des survivants avec leurs proches rongeait chacun d’une souffrance insidieuse, au point que beaucoup en perdaient complètement le sommeil. De plus, l’obligation de vivre dans cette communauté forcée demandait à certains de vivre un véritable défi. L’autorité du commandant Steven Eight subissait de ce fait une énorme pression. On se savait piégé entre ciel et mer, mais pour un nombre non négligeable des naufragés, comme par exemple l’actrice Inès Deloncle, l’irritable Eloi de Pouillet, le présentateur TV Woody Woudspeaker ou le chorégraphe Georges Pinson, il leur devenait de plus en plus difficile de s’adapter aux autres. D’autres en revanche faisaient preuve d’une belle solidarité. Le général d’infanterie Karl Ashnigof avait par exemple pris sous son aile le suicidaire patron des slips Rushplug, Louis de Bourvil, lequel dormait dans la case du militaire et semblait se porter depuis beaucoup mieux. L’hôtesse de deuxième classe Summer Undergodmitch couchait avec tout le monde, l’hôtesse de première classe Wanda Vasline couchait avec personne et une amitié sincère, sans que l’on puisse encore parler d’amour, liait à présent l’hôtesse de deuxième classe Kim Kosanshian avec le chercheur Pierre Simon Langevin. Le mannequin Cindy Laurel et la star du rock Carl Wash dormaient chez l’un ou chez l’autre. Dans le village de fortune, on apprenait à se connaître ou à s’éviter, mais tous avaient à présent la conviction d’avoir été abandonnés sur cette île de malheur. Il leur fallait composer avec un nouvel ordre du monde en subissant une aventure commune, dans une nature certes belle et sauvage, mais impropre cependant à effacer la vie simple et sans histoire que chacun vivait auparavant. Parce qu’au fond, ce que tous espéraient au plus profond d’eux-mêmes était l’heure ou s’annoncerait enfin la délivrance et si l’on se donnait une surface en partant en équipe dans la forêt pour aller déterrer un peu de manioc, les jours s’écoulaient dans une attente aussi fébrile que secrète. Toutefois, en dépit de leur promesse aussi hypothétique qu’irrésistible, le grand ciel et la mer restaient vides et après quatre mois passés à s’organiser sur la plage, le monde semblait bel et bien les avoir oubliés. Steward chantait mal, en s’asseyant tout seul près du grand feu de camp qui brûlait en permanence au centre des cabanes et qu‘il alimenta au passage, il essaya pourtant, en sourdine, pour ne réveiller personne. Dans ce grand théâtre isolé, il trouvait tout à coup les autres un peu grotesques, bien qu’il soit en réalité très à l’aise avec tous. La tentative de séduction ouvertement déployée à son encontre par le mannequin Jenifer Hardy le faisait franchement marrer. En tout cas, l’émoi amoureux qu’il avait ressenti devant l’heureux revirement de Shirley venait au moins lui confirmer qu’avec elle, c’était du sérieux. Perçant la nuit aux mille constellations, le bébé de Brigitte Rural se mit soudainement à vagir. Et puis, autre chose parvint également aux oreilles du jeune homme occupé à gamberger sur sa propre histoire, comme un bruit étouffé de succion. Steward renifla, la fumée du foyer irritait ses yeux qui se mirent à couler. Quelque chose qu‘il ne voyait pas, derrière lui, raclait lentement le sable pour s’avancer vers lui.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 16-07-2017 à 08:41:27
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talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 17-07-2017 à 22:08:24  profilanswer
 

Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Noeud coulant pour Martin Smith. Extrait numéro 40.

 
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Bien avant que les girls du Tripoli se fassent descendre, Gros Bill était encore à bord du Play boy of the sea, mais plus pour longtemps, puisque qu’il était convenu qu’il quitte le navire pour aller accomplir sa sinistre besogne en compagnie de Sugar Daddy, on connaît la suite. Au moment venu, le Bill en question n’était d’ailleurs pas très content de devoir décaniller du rafiot sans avoir proprement paluché Vaya dans le dos du boss. Un hélicoptère avait fait la navette en pleine mer pour hélitreuiller tour à tour le gros, puis Daddy, avant de les coller sur un yacht imposant qui croisait non loin, avec un pavillon de chez nous. A partir de là, les deux gangsters avaient rejoint le continent pour se lancer immédiatement dans leur randonnée sanglante, afin d’éliminer chez elles Holy Ghost, Câline Grosby et Gypsy Sorrow. Ces poulettes menaçaient de révéler l’entourloupe de leur patronne White Pearl, la vioque protégée du prof Van Degaffe qui se collait par intermittence dans le jeune et magnifique corps de Vaya Condios. Les filles avaient répondu en cœur qu’elles n’étaient pas des putes. Bien entendu, elles n’iraient jamais à Honolulu pour y rejoindre toutes les entraineuses de la boîte, comme l’avait ordonné White en leur vantant le voyage. Elles faisait donc chanter leur patronne à bons coups de biftons et puis Degaffe avait estimé le risque des éventuelles révélations publiques de ces garces beaucoup trop grand pour la nécessaire discrétion de ses expériences. La volonté d’éliminer les bavardes n’avait pas trainé. Chargé de la menaçante besogne, les tueurs s’étaient partagés le boulot avec le même acharnement. Bill avait charcuté Câline et Holy, Suggar la petite Gypsy, en affirmant au passage à son collègue, avant d’y aller, que c‘était plus facile avec les filles. Et puis un couple de flics était venu foutre la merde dans la combine. Alors que Gros Bill restait bien planqué un temps en Italie après ses macabres exploits, il s’inquiéta de rester sans nouvelles de son complice. Des indiscrétions du milieu, issues de la police elle-même, lui révélèrent que Suggar Daddy, tombé d’un toit et soupçonné du meurtre de la Strip teaseuse, venait d’être dessoudé à l’hôpital par Pietro le Corse, un loufiat de Sisco Matteï, le patron de la Rose Noire. L’idée d’une expédition punitive soignée à l’encontre de ce boxon l’avait un instant travaillé, mais il était seul au guidon et la pente un peu raide. C’est alors qu’il avait reçu des nouvelles du patron resté sur son cargo, en quête d’un petit service. Il lui demandait juste, mais expressément, de se rendre rapidement au domicile du sénateur Ruppin pour y prendre un colis.  
 
 La commande précisait de descendre à la cave afin d’y fouiller le rayon surgelé. Gros Bill était un gars pétillant d’érudition dans le crime, mais bourré de tensions récurrentes qui lui faisaient planter son couteau dans les bides, non pas une seule fois à l‘horizontale, mais de cent coups dans tous les sens. L’harmonie universelle qui préside aux hommes et aux choses avait toutefois également doté Bill d’un cerveau, où se logeait d’ailleurs toujours un petit morceau de balle au calibre 45 d’un Colt semi-automatic pistol, model 1911A1. Le gangster devinait donc qu’il lui faudrait sortir un corps du congélo. Ce dernier enterré plus tard sous la parcelle d’un champ, le macchabé deviendrait grâce à Bill un espoir pour l’agriculture du pays. Le sénateur Ruppin n’était pas chez lui, ce vieux con qu’il détestait ne le barberait pas en essayant de vouloir lui donner à tout prix des cours de diplomatie. Bon, le docteur Van Degaffe demandait, il fallait répondre présent. Il quitta l’église, un lieu paisible et silencieux, pour retrouver l’air frais, puis il s’échappa de Venise en empruntant la Strada Nueva sur une gondole qui avait manquée de chavirer en raison du poids conséquent de son passager. Le gondolier avait quand même bu la tasse pour lui apprendre à ricaner. La pieuvre Napolitaine avait le bras si long que Bill s’était retrouvé sans souci dans le midi de la France, pour satisfaire la demande amicale du doc à ses alliés mafieux. En débarquant seul de sa camionnette volée, devant les hautes grilles de la villa du sénateur, Gros Bill apprécia grandement l’humidité qui rafraîchissait ce jour-là cette heure de la belle saison. Un climat à vrai dire plus supportable que le fort gel printanier qui s’était abattu sur la malchanceuse cliente qu’il allait devoir déménager, une moukère qui n‘avait sans doute pas eut le temps d‘établir un contrat concernant les termes de sa succession. Elle était décédée depuis deux mois et le prof ne l’avait pas tout de suite planté en bac, car il avait utilisé une partie de ses organes comme matière première pour ses expériences. Un magniola grandiflora bombait sa large cime aux feuilles vernissées près du portail imposant aux reflets dorés, comme à Versailles. Le sénateur Ruppin, ce n’était pas le genre de type à prendre le bus urbain en compagnie des assistés, ni à trop s‘emmêler les pinceaux dans le juteux calcul de ses fraudes fiscales. En tout cas, il semblait nécessaire que Gros Bill fasse un peu de ménage pour lui dans son petit caveau de famille bloqué sur - 23°.  
 
 Alors qu’à l’étage, Totor Rouquin et Sisco Matteï procédaient à l’inventaire de ce qu’ils allaient voler avant de charger le camion, toujours garé dans le parc devant la belle bâtisse, Dédé la Taloche venait précisément de découvrir la pauvre momie réfrigérée dans la cave. Sur l’instant, la cocaïne draina dans ses veines un méchant coup de fouet qui décupla son étonnement, il manqua de faire tomber ses bouteilles par terre sous l’effet de la surprise.
 
– Ho les mecs, venez voir ! Grouillez-vous les miches !  
 
 Sur qu’après ça, ce n’est pas un simple rail de schnouff qu’il lui faudrait, mais un large boulevard neigeux. Les deux timbrés du haut ne l’entendirent pas tout de suite. Totor et Sisco parlaient en effet politique au son de Chopin en décrochant les tableaux. Ils causaient politique, non pas sur ses actualités, mais de la façon dont elle s’organisait d’une manière globale. Parce que Totor ne savait pas au juste à quoi servait le Sénat. Sisco reposa délicatement son Matisse sur l‘épaisse moquette.  
 
– Les sénateurs, tu vois, c’est des croulants élus par des élus au suffrage indirect.
 
– Un direct du droit, ou de la gauche ? Rouquin fit mine de boxer dans le vide et se marra tout seul.
 
– Quand le débat s’éternise, ils limitent leur nombre d’intervention. La diction appuyée montrait sa volonté pédagogique.
 
– Ah, c’est pas comme les pompiers, alors.  
 
– Hé, les mongoliens, mais descendez, quoi !
 
 Cette fois, la voix de Dédé devenait audible, puisqu’il avait grimpé quelques marches avant de s’époumoner dans la cage étroite. Ses copains s’empressèrent de le rejoindre, il les invita à se pencher sur le congélo, qu’il avait laissé ouvert. Le ressort principal de n’importe qui est la curiosité, les deux autres regardèrent.  
 
– C’est qui ? C’est un suicide ?
 
– Ferme-là, Totor, fit Sisco en dévisageant la morte. Je la connais, c’est la mouche.
 
– La mouche ?
 
– Parce qu’elle aspirait les queues comme une déesse. Je le sais par expérience, c’était une pute du Tripoli.
 
– Ben moi je m’en fous si elle suce mal, du moment qu’elle mord pas. Tant qu’à parler de petites bestioles, j’ai connu une pépète à Marseille qu’on surnommait Mimi la guêpe autrefois, mais elle, c’était à cause de la seringue, d’ailleurs elle en est morte.
 
– Tout se passe bien, les gars ? Lança un Dédé la taloche excédé. On a un cadavre sur les bras, là.  
 
 Une courte enquête qui se voulait plutôt un jeu de piste sur la vie de la morte s’ensuivit. On avait l’identité et l’adresse de son dernier employeur. On avait sous les yeux la preuve de la mort de la petite qui devait rapporter pas mal au Tripoli, mais ça n’avait pas l’air d’un suicide. Totor en était presque déçu. En tout cas, Ruppin, il était pas clair et le cambriolage contrarié agaçait tout le monde. Comme une victime sacrifiée, la dépouille fut déballée du sac et posée sur le sol, son corps était lacéré de plaies très bien recousues. Elle avait du poil sur la chatte, mais Dédé fit le savant en affirmant que les poils poussaient après la mort.  
 
– Celui que t’as dans la main te survivra sûrement. Bon, fit Sisco, c’était pas prévu, faut que je rencarde Teddy la Fouine.
 
 A l’entrée de la baraque, Gros Bill s’occupait tranquillement de son côté à composer le code de sécurité. Il ouvrit à peine et passa de l’autre côté, il lui fallut deux secondes pour se rendre compte qu’un camion était déjà là.  
 
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Message édité par talbazar le 17-07-2017 à 22:47:43
n°50397211
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 20-07-2017 à 11:47:25  profilanswer
 

Salon littéraire.
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar.
 
Aujourd'hui : Biographie de Gaston Boudiou - extrait Numéro 29.
 

 
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De la rentrée et de la scolarité de Gaston Boudiou, en pension au Lycée Jean-François Champollion de Bripue, nous savons peu de chose, si ce n’est qu’il reste le soir pour donner des cours de rattrapage aux profs. A vrai dire, lui ne va jamais en cours. Il a reçu une lettre d’Emile Pertuis, qui l’encourage pour ses études, tout en l’assurant que ce dernier serait bien entendu heureux de les héberger à Paris, sa sœur et lui. Pour la première fois, il fait allusion au fait qu’il est médecin, alors que son fils ignorait jusque-là tout de sa profession. Près de la signature de son père, il y en a une autre, d’une certaine Antigone, qui dit en un seul mot bisous. Bien entendu, Gaston est toujours un hippie en apparence et ses fringues le trahissent, ce qui lui vaut de nombreux passages chez le proviseur. Il va par conséquent à chaque fois fumer un pétard dans les chiottes avant ces ennuyeux rendez-vous. Fine lame, Gaston reste d’abord muet dans le bureau en se faisant passer pour mort, puis il explique qu’il ne veut pas du tout être transgressif vis à vis de l’autorité, mais qu’il ressent des mauvaises vibrations dans cette école, sans doute parce qu’elle a été autrefois occupée par l’armée allemande. Il assure que sa mission principale est de s’efforcer d’arriver à l’heure en cours. Il déteste la trahison, la faiblesse, l’échec, l’immobilisme, la solitude, le conflit, la masturbation, mais il a toujours une bonne blague sans vulgarité au fond de sa bouche. Il ne sait pas si la chose résulte d’un accident de labo, mais il prouve chaque matin qu’il a un intellect hors normes, il est même en passe de devenir une véritable légende urbaine, à Troulbled du moins. Il profite de cette entrevue pour réclamer au passage que l’albanais, le nyabwa, le khoïsan, le géorgien littéraire et l’orotch deviennent des options valides pour l’épreuve du baccalauréat. Un jour proche, il est certain de pouvoir traverser les solides et de se doter d’une force et d’un courage surhumain pour rester jusqu’au bout aux cours de philo. Pacifiste convaincu, ce n’est pas à lui qu’il faut faire appel pour protéger Alice des soldats de la reine rouge. Il explique qu’il doit composer avec une vie à la durée qui sera toujours trop courte. Il comprend que son intransigeance, vis à vis du besoin vital qu’il ressent de devoir rester indolent et impassible s’accompagne toujours d’une grande franchise ;  ce qui peut sans doute être froissante pour le corps enseignant. S’il avait eu le choix, il précise qu’il aurait préféré être un caillou, pourtant il aime tout autant les majorettes que le cri du pouillot véloce. Il se pourrait bien qu’après l’université, il monte sa propre boutique et devienne un tatoueur talentueux. Il ne voit pas en quoi son allure peut déranger ses camarades. Comme Napoléon lorsqu’il est rentré dans Moscou, l’Education Nationale désire-t-elle vraiment un lycée totalement déserté par ses élèves terrifiés ? Déjà qu’en 1887, l’académie de médecine se plaignait officiellement du surmenage scolaire ! Il affirme cordialement pour finir que lui, Gaston Boudiou, 15 ans, restera quoi qu’il advienne, sans haine ni violence, l’un des derniers grands territoire de ce monde encore inexploré. La vie traverse l’instant et disparaît, carpe diem, paix et amour, Om maṇi padme hum. Pourtant, à chaque conseil de classe, Gaston sauve sa peau et n‘est pas renvoyé, puisque l’on met dans la balance qu’après avoir été contacté très jeune par les E.T et vu en propre la V.M, le jeune garçon a subi une terrible E.M.I. On le branche donc plutôt sur l’infirmière, la psychologue, l’assistante sociale ; lesquelles lui racontent que c’est pas mardi-gras toute l’année et qu’il devrait aller se couper les cheveux, quand bien même ses chemises colorées porteraient la griffe d’une hypothétique créatrice du troisième millénaire. Le jeune comprend bien que pour ces dames influencées par la société de consommation, l’important c’est surtout de cogiter chic, sur un mode occidental. Puisque le rien branler semble être le phare qui éclaire son éthique de lycéen, tout le monde lui file à tour de bras des heures de colle d’intérêt général, Gaston en attrapera un esprit indubitablement collectionneur. Là, avec la modestie des grands, il aide pendant des heures les surveillants à préparer le concours qui va clore leurs propres études. Le lycée Champollion n’est donc pas pour Boudiou un terrain d’excitation idéal. Quand à lui, son copain Jean Micheton est entré comme apprenti chez Gabriel Gromanche, celui qui tient le garage Fina à l‘entrée de Bripue.  
 
 Au lycée, il n’y a qu’un seul prof qui trouve grâce aux yeux de Gaston, c’est Joseph Wronski. Il dessinera en début d’année pour ce sympathique professeur de mathématiques un somptueux portrait de Jimi Hendrix, en échange d’un pacte qui l’exempte complètement de faire ses devoirs. L’homme trimballe pourtant dans les couloirs la gueule sévère et barbue d’un grand maître de l’occultisme. Ses collègues le surnomment Karl. Wronski reconnaît volontiers devant ses élèves être l’objet d’une certaine obsession pour le mouvement perpétuel, sans aucun rapport avec celui des tartes dans la gueule. Il martèle sans cesse en classe des phrases du genre « Tous les mathématiciens croient, seuls les physiciens savent ». Puis il empile ensuite des petites sphères en plastique rouge dans l’espace à 3 dimensions, apprendre aux élèves à jongler, comme à l‘école du cirque. Wronski est ce qu’on appelle un mec perché, qui passe des heures en cours à expliquer l’art de couper les patates à la vapeur, suivant le principe magique de la gastronomie moléculaire, de manière à produire sur le tubercule sept faces absolument planes. Entre Gaston et lui, le courant est tout de suite passé, surtout lorsque son élève a calculé en 10 secondes la racine quinzième d’un nombre de trois cent chiffres, puis rajouté que le dernier chiffre était plus facile à trouver que ceux d’avant. Joseph Wronski était resté devant son élève comme un gosse de droite devant les tranches du merveilleux gâteau préparé par maman, cette tanche de gauche. Du coup, après l’école, le prof et son élève préféré vont souvent se rejoindre chez Jonas, pour picoler ensembles dans son bar « Le Zanzibar », lequel précise aussi sur la même enseigne qu‘il est également le cimetière des cons. Jonas parle en revanche de ses clients comme des gens de bonne volonté. De temps à autre, le patron ferme les rideaux après minuit pour offrir des soirées privées à ses habitués, en profite pour défoncer gratuitement un fût de bière et abreuver sans compter, alors qu’un large matelas accueille dans la cave ceux que l’alcool a terminé de vaincre. Un petit nombre de jeunes de Bripue, scolarisés ou non, en ont d’ailleurs fait leur second foyer, certains logent à l’année dans les cinq chambres du bar, puisque le zinc fait aussi hôtel sans étoile. Gaston va sympathiser immédiatement avec une joyeuse bande de gars et de filles, des consommateurs attirés comme lui par la mouvance hippie. Ces joyeux drilles louent séparément chacun leur piaule, comme ils disent, mais vivent plus ou moins en communauté dans le même immeuble, où Gaston découvre avec surprise que Wronski y occupe pour sa part tout le rez-de-chaussée. Le grand appartement de celui-ci est donc une sorte de quartier général où se prennent ensemble tous les repas des locataires sur un longue table de monastère. La trentaine, donc plus âgé et plus responsable, Wronski incarne de fait le centre référent de cette fourmilière enfumée, bien qu’il ne refuse pas de tirer sur un joint lui non plus. Au 36, rue du couvent, les racines ne sont pas toujours carrées et l‘analyse pas toujours fonctionnelle. Fuyant la pension, c’est dans cette haute maison que pendant presque deux ans Gaston va se passionner pour le dessin et passer la plupart de ses heures buissonnières, entre ses allers-retours au Zanzibar, où il fait ses devoirs en buvant des demis. Et puis, convergence de suites, il retourne à l’école solidement bourré, où en échangeant avec lui des sourires complices, il va écouter Joseph Wronski vanter aux élèves les mérites et le charme de la calculette Hewlet-Packard, en raison de sa notation polonaise. En histoire-géo, Boudiou s’entraine plutôt à dormir en gardant les yeux ouverts. A la cantine, on mange vite et dans un silence absolu, la discipline du lycée est parfois aussi dure qu‘à l‘armée. Etrangement, les absences pour maladie vont émailler toute la scolarité de Gaston, puisqu’il enchaînera les décollements scapulaires, les dos plats, les bronchites, les rhino-pharyngites et les dérangements intestinaux, sans oublier les nombreuses insuffisances thoraciques globales ou partielles. A la bibliothèque de son école, il va emprunter et lire de nombreux ouvrages sur les féroces secrets des féticheurs d’Afrique.
 
 Le week-end, Gaston Boudiou retourne chez sa grand-mère où il retrouve également sa sœur Angèle, scolarisée pour sa part dans le petit lycée catholique de Troulbled « L’apparition de Jésus », suivant la volonté d’Enerstine qui voit là un moyen de mieux la protéger. De quoi et de qui ? Angèle ne l’a jamais su, mais au premier trimestre de seconde, tables rondes et réunions de son école se sont efforcées naturellement d’orienter les jeunes filles comme elle vers une carrière de coiffeuse, pour essayer de leur prouver que cette profession n’est pas forcément la chasse gardée des garçons. Au contraire de son frère, celle qui voulait faire médecine lorsqu’elle était petite avoue désormais un solide désintérêt pour la section scientifique. Elle est en revanche convaincue de devenir une grand actrice et prépare justement avec assiduité le spectacle de Noël que va donner en décembre sa troupe de théâtre amateur, dans la salle polyvalente de Troulbled. Après avoir longtemps hésité à représenter une tragédie de Corneille, la présidente de l’association théâtrale, Janette Toyéstapi, également directrice d’acteurs, décoratrice et chargée des éclairages pour cette pièce, a opté pour une pièce plus accessible, Bali Balo est un salaud, écrite par Alfonso Planku, un scénariste amateur habitant justement la ville. Ce spectacle inventif exige avec intransigeance que les acteurs soient toujours vu de face par le public, qu’elle que soit la situation. Après le décès par pendaison de Planku, en 1971, nous avons pu nous procurer le manuscrit de son œuvre unique, laquelle revendique que l’unité de base de cette pièce est le tour de parole. Histoire de se mettre dans l’ambiance, nous en livrons un aperçu aux lecteurs de cette biographie sur les vies de Gaston Boudiou, en rappelant qu’elle n’a jamais rapportée à son auteur le moindre radis. Précisons juste qu’au cours de la représentation du mois de décembre 1967, le rôle de Juanita sera incarné avec brio par Angèle Boudiou :
 
 Acte III
 
( Bali Balo chantonne, il est guéri de sa rage de dents)
 
 BALI BALO  
 Vous poussez fort, madame, j‘ai renversé mon thé.
 
JUANITA  
 Et moi, je crois que vous aimez ça.
 
BALI BALO  
 Entrerez-vous un jour dans la résolution de vous marier ?
 
JUANITA  
 Non, très cher, je suis destinée à être autre chose.
 
Silence
 
JUANITA  
  Et bien décidemment, hum, hum.
 
Sonnette
 
BALI BALO  
 Tiens, on sonne.
 
JUANITA (petite voix que l’on entend à peine, elle sourit à Bali Balo en continuant de le nettoyer)
  Enfin quelque chose de neuf, nom de dieu !
 
BALI BALO (se frappant le front)
 Quelle chiotte, voilà que ça recommence ! Vous bâillez encore, ma chère, vous bâillez !
 
 La blonde Angèle suce constamment des bonbons et répète des heures durant dans sa chambre décorée d‘une grande affiche des Beatles, en poussant à chaque répartie des cris gutturaux de victoire ou de déception. Un moment, elle appelle son frère occupé à relire son propre bulletin scolaire du premier trimestre où se tracent, sauf en maths, les terribles accusations d’incurie, paresse et toxicomanie. Dans l’encadrement de la porte, Gaston la regarde jouer vêtue de son habit de scène rose, tension artérielle à 18 avec des pointes à 21. Comment intervenir sans la blesser d’avantage ? Invariablement, vient le moment où elle va ensuite demander à son frère de jouer Bali Balo, afin de lui donner la réplique, en l’invitant à ne pas enfermer ses sentiments, mais à se montrer plutôt violent et même convulsif, lorsqu’il doit réciter les bouts de dialogue aux phrases passionnées qui incombent à son personnage.  
 
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Message édité par talbazar le 21-07-2017 à 20:06:46
n°50422473
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 22-07-2017 à 23:20:14  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : L'épilée du Nil. Extrait numéro 75.

 


 Contents de s’être rencontrés, Vequetum Fourlanus et Tampax Nostrum s’entendaient comme larrons en foire, le Christ en moins, c’était le cas de le dire. En tant que romains, ils s’étonnaient l’un et l’autre de leurs étonnantes capacités réciproques à cohabiter avec les gars du coin. Vu des hauteurs de Rome, la ville éternelle aux colonnades osées, les fresques naïves aux cadrages simplistes de fleurs, d’animaux divers, de plantes et des profils de gus animant les murs d’un caveau égyptien leur donnaient conjointement envie d’aller balancer à la volée des pots de peinture dessus, armés et cagoulés. Sans parler de la bouffe égyptienne qui manquait singulièrement de garum. Aucun des deux ne semblait franchement intrigué par la fameuse culture irriguée. Tout en marchant côte à côte dans les rues animées et parfaitement rectilignes d'Halopolis, ils évitèrent prudemment une troupe patibulaires de types vêtus de leurs tuniques en cuir noirci, bariolé de hiéroglyphes criards, un gang d’âniers qui garait ses bêtes customisées devant une maison de bière. Chacun de ces mecs poisseux de sueur portait les tatouages qui racontaient sa propre vie de routier des pistes, à même la peau. Le fait est que ces sombres et dangereux hors-la-loi du Dark Rebel Donkey Club, pilleurs de tombeaux notoires, portaient tous à leur âne aux sabots argentés une véritable vénération. Vequetum et Tampax s’éloignèrent prudemment, car ces nomades hostiles à toute autorité étaient craints dans toutes les grandes villes de l’Egypte. Ils étaient connus pour être querelleurs et toujours armés. Les romains les dépassèrent, raillant tout de même entre eux ces connards attardés à queue de cheval dans le dos qui n’assumaient pas leur cinquantaine et se trimballaient avec un peu trop de fierté sur des ânes obèses et franchement bruyants. Ils semèrent les hommes en cuir en louvoyant comme des dingues entre les maisons d’argile, après avoir couru à toute berzingue un bon moment. Les amis marchaient à présent plus tranquillement dans la ville, discutant de la vie et du temps qui passe, en échangeant leur nostalgie de Rome et leurs souvenirs de voyageurs impénitents. Passant sous l’ombre élancée du gigantesque pylône ouest, ils enfilèrent les rues animées, dévidèrent les bâtiments, passèrent à côté du marché aux poissons ; puis ils lâchèrent une pièce dans la main d’une danseuse qui ne faisait pas que danser sur le trottoir. Plus loin, près de colonnes tronquées en construction, ils ignorèrent l’invite de quatre pom-pom girls ornées de plumes qui distribuaient des flyers en papyrus pour aller participer à la Gay Pride en cours, près du Nil. Enfin, las de cette ville qui ne dormait jamais et foisonnait de trouvailles à chaque recoin, ils revinrent au palais. Les fils de la louve grimpèrent joyeusement les soixante marches qui conduisaient à la double-porte scellée. Avant de montrer leur laissez-passer au gardien, il fallut détacher avec énergie la danseuse qui se collait toujours langoureusement à Vequetum. Blindée au vin de Gaule, elle parlait avec un accent germain épouvantable. La belle retourna en ville après avoir volontiers exécuté quelques pas de danse sur les degrés, pour plaire aux gardes et les entrainer dans sa chute. Le mercenaire et l’espion de l’empire s’installèrent ensuite sur l’une des terrasses de la maison royale, avachis sur des couvertures moelleuses. Au milieu d’un fatras de turbans, de sandales à bout pointu, de perruques et d’instruments de musique, le staff de l’ONS prenait le thé non loin de là, probablement en conseil d‘administration. Par la grâce de Néefièretarée et depuis les noces somptueuses de sa dame de compagnie, tous étaient à présent les invités permanents du palais, ils ne logeaient donc plus à hôtel. Au loin, sous la bénédiction du dieu Hapi, on pouvait admirer le grand fleuve sacré qui mangeait les berges vertes en déroulant sa vie sur le sable doré. Le vent avait soufflé plus fort la nuit dernière, quelques tuiles d’un toit étaient tombées et gisaient brisées sur le sol. Des plantes en pot avaient été malmenées, de nombreuses feuilles arrachées couraient les dalles.

 

– Dis donc, fit Tampax en mâchouillant sa paille, on dirait que la petite Aménorée a choppé le ballon.

 

– C’est exact, on dit qu’elle a fauté avec un pauvre grec, un certain Lachedékess, un esclave intérimaire. La mère Amétatla en est carrément folle de rage.

 

– C’est drôle, quand-même. Trêmouatoli et Mer-Amen Tesmich viennent de se marier, mais ce n’est pas la copine de la reine qui doit changer de robe. Notre dieu romain Cupidon est injuste, parfois.
 
– En parlant de ces deux-là, on ne les reverra plus, ils sont partis vers Carthage en voyage de noce. Trêmouatoli pourrait bien revenir avec un moutard sur les bras, note-bien.

 

– Tiens, dis-donc, il paraît qu’au pays la Fat 500 vient d’être élue par notre empereur litière de l’année. On dit que s’enfiler sous les arcades avec cette boîte est un jeu.

 

– Ben clairement, elle mérite, c’est une belle litière romaine. Chez nous, au pays de l’aigle, ça va encore jeter la riche jeunesse citoyenne dans les rues et autour des campus.

 

– « Les dix porteurs de la Fat 500 peuvent soulever une énorme quantité de bagages, tout en accueillant à l’intérieur trois personnes tout à fait correctement », ajouta Tampax, en déroulant devant son ami le papyrus promotionnel qu‘il avait attrapé au vol, dans l‘échoppe d‘un concessionnaire de litières étrangères.

 

– Tu parles, à condition de rabattre complètement la banquette arrière, j’imagine !

 

Des soubrettes en tenue typique, bijoux et rien d’autre, mais les bras chargés de plateaux de confiseries, se disputaient avec d’autres serviteurs dans l’embouteillage qui bouchait les entrées étroites donnant accès au belvédère. Il leur fallait dézinguer en passant un grand nombre de collègues pour progresser en toute tranquillité, sans parler du guépard affamé et maussade qui trainait dans leurs pattes. Tépénib fit signe aux romains pour leur dire de venir se joindre à eux.

 

– Alors, fit Veuquetum, en prenant place sur son pouf, Mer-Amen Tesmich est parti à Carthage, pas trop dur de perdre son associé ?

 

– Ma fille Aménorée lui enverra par pigeons des rapports de bilan réguliers.

 

– Elle aurait pas un peu grossi, ta fille ?

 

– Sûrement pas à cause des tartines au beurre de dattes qu‘elle s‘enfile à présent du soir au matin et même la nuit, une vraie manie. Sa mère et moi on ne sait plus quoi en faire.

 

– Faut la marier, voilà tout, ta jolie gamine aux prunelles en amande.

 

– Avec un grec au chômage, ma petite gazelle à la chevelure couronnée d’étoiles, t’es pas dingue ? Sa mère est éplorée, elle passe tout son temps libre à prier dans les temples d’Osiris, de Seth, d’Isis et de Nephtys. Aménorée préfère se réfugier dans celui de Tefnout, déesse de l’humide et du liquide.

 

– La petite salope.

 

– Je te le fais pas dire. Si je l’attrape un jour, ce grec, je transforme sa sale gueule de métèque en fleur de lotus, genre pétales rouges bien éclatées. Tout ça à cause d’un coup de foudre inattendu ! Ce salopard s’est juste donné la peine de venir au monde et rien de plus, tu parles d’un gendre que ça nous ferait s‘il épousait mon joyaux ! Je préférerai encore envoyer mon meilleur chameau chez le vétérinaire pour les faire euthanasier. En tous cas, elle bosse bien pour l‘entreprise, ma petite Aménorée, toujours très polie avec les fournisseurs, je ne peux pas lui reprocher ça.

 

– C’est quand même toujours moche de causer du tort à ses parents.

 

– Avez-vous entendu les nouvelles fraîchement arrivées du Nord ? leur demanda Valisansoùth, en prenant un air grave et pour changer de sujet, parce qu’il en avait franchement plein le dos des histoires de cul concernant sa secrétaire assistante stagiaire ; laquelle, entre parenthèses, serait bientôt en congé de maternité avec obligation de la remplacer. En gros, selon de nombreux intendants de districts, ça racontait que Ramassidkouch était bien mort et qu’on chantait partout que sa sœur-épouse royale se baladait en ce moment sur la route de Memphis (il se racla longuement la gorge) :

 

 Sur la route de Memphis, dans une litière qui se traînait, près du siège avant les porteurs buvaient de la bière en mangeant du beurre, sur la route de Memphis. Sur la route de Memphis, Schrèptètnuptèt attend dans sa robe blanche. Elle vient vers nous, mais pas dans une litière blanche, dans un costume élimé aux manches, à la place du mort son guépard lui jetait un regard d’salopard, sur la route de Memphis. Le chef-porteur lui vantait un truc débile qui l’endormait, sur la route de Memphis.

 Valisansoùth s’arrêta de chanter pour retrouver sa voie normale et reprendre le cours de la discussion. Si cette rumeur est fondée, cela veut dire qu’elle viendrait en personne pour se mesurer avec la pharaonne.

 

– Le général Merdenkorinnanâr va lui régler son compte propre et bien, assura-t-il,  si jamais la petite menotte de Schrèptètnuptèt cherche le combat. Je vous signale que l’armée, c’est nous qui l’avons. Et puis, il enverra après les minables félons de sa cour percuter méchamment de la tronche les solides montagnes d’Abyssinie. Je veux bien vous parier 2 hectolitres de blé hors impôts là-dessus, parole de votre président.

 

– Je te trouve très optimiste, lui répondit Tépénib, mais je ne suis pas étonné, tu es atteint de pensée positive, comme le sont d’ailleurs la plupart des mecs aux cheveux bouclés.

 

– Je te le dis, le souffle brûlant du cobra terrassera les ennemis de la pharaonne. En femme de vérité, le  bâton de berger de la reine fouetra comme il faut les fesses rougies de sa belle-sœur. Il paraît que celle-là s’est acoquinée en secret avec les Hyksos, son peuple d’origine. D’ici à ce qu’on ait sous peu une guerre dans le royaume, il n’y a qu’un pas. Déjà qu’on a la crise.

 

– Pensez-vous, intervint Vequetum Fourlanus en rejetant sur son voisin la fumée de son narghilé, les Hyksos on s’en fout. Schrèptètnuptèt cherche seulement à mettre le pays entièrement sous sa coupe, mais vu le bordel qui règne en ce moment à Thèbes, ça nous promet des jours pires, effectivement.

 

Une grosse pierre de quartzite vola en sifflant sur la terrasse et loupa de peu Aménorée qui s‘approchait. Déjà, sa mère s’apprêtait à lui jeter cette fois un lingot d’electrum pesant au moins une mine au travers de la figure.

 

– Petite chienne offerte au bouc du Péloponnèse ! par Geb notre dieu qui gerbe sur la terre, tu as commis l’injustice contre ta famille, tu as fait le mal et blasphémé les dieux, tu m’as fait tellement pleurer, moi, ta pauvre mère, puisque je te maudis pour l’éternité ! Hors de ma vue, puante chose de la rue au cul lisse, engrossée vierge par un sournois satyre à flûte, ho merde, un plouc mycénien, un porc de l’Egée !

 

– Ho dis c’est bon, il y a des limites, Amétatla, laisse ta fille tranquille.

 

Alors qu’Aménorée se penchait une fois de plus pour éviter le dangereux pilon de mortier qui allait l‘atteindre, Néefièretarée fit sa soudaine et spectaculaire apparition au milieu de ses invités. La reine dissimulait son visage sous une épaisse couche de plâtre des cyclades mêlé à de la bouse de lion assyrien, puisqu’on était samedi, jour du grand maquillage ordonné par le protocole royal. A ses pieds, un charmant joueur de harpe chauve la suivait et s’esquintait savamment les doigts pour la divertir, afin de lui jouer son nouvel air : « Sur la route de Memphis ». Le guépard se délecta aussitôt du mec, lequel échappa de cette façon aux crocodiles. Bien qu’elle fut méconnaissable, les gens de l’ONS savaient que c’était la pharaonne, puisqu’elle arborait le pschent, la schendjit et l’ousekh. Sous la couche de plâtre sec, les parois de ses joues craquaient d’autorité. Phimosis le vizir Kouchite se tenait juste derrière le porteur d‘éventail, avec dans sa puissante main noire un long rouleau figurant le plan du monument funéraire inachevé prévu pour Larnak. Obéissant sans attendre à la domination suffisante et sans charade de la femme qui lui faisait face, sous l‘aspect étrange de la déesse Rattaouy, épouse de Montou, Amétatla s’empressa de vider les quinze éclats de calcaire qu’elle tenait encore dans sa besace, après avoir docilement reposé son lourd pied de chaise.

 

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Bon dimanche.

 

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Message édité par talbazar le 23-07-2017 à 18:46:25
n°50444222
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 25-07-2017 à 13:59:21  profilanswer
 

https://img4.hostingpics.net/pics/965335godapt02copie.jpg

 

Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La saga du trône de Fion. Tome 2 - Sus au sein royal. Extrait numéro 28.
 

 

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Située bien au large au sud du Minouland, posée sur la mer de Cybrine aussi vaste qu’imprévisible, l’île de Godapat méritait de figurer en bonne place dans le « Le grand livre des mervoilles du monde ». Les Pleugaphiotes se montraient d’ailleurs d’une grande noblesse de peur, joignant la paresse à l’art délicat de chasser et cuisiner le castor sauvage. Le sol de ce royaume maritime regorgeait de riches filons de clous rouillés et de vaisselle brisée. Dans la capitale Godakatpat jaillissaient des sources mitigées et un grand bovidrome jouxtait les habitations populaires des bons sujets obligés du roi Guibert Sonfutal. La navigation n’y avait toutefois pas connue de progrès importants, on continuait donc d’y voguer sur de simples canots en pelures de castors cousues. D’une tannerie identique de celle des peaux trouées de ces bêtes utilisées comme crible pour trier les grains. Voilà pourquoi les espars, les mâts et les voiles des hauts vaisseaux de guerre réparés qui constituaient l’armada du Fion avaient très fière allure. Le rivage autrement désert de la baie des castors abritait en effet un bon nombre de Nefs, Clinquarts, Hulks et Gabannes entourés des pauvres esquifs locaux qui ne servaient qu’aux pêcheurs et à ceux qui désiraient noyer leur portée de castors laineux trop nombreuse. Gaëtan Maldemer de Posegalettabord avait la mort aux trousses, puisque en dérobant la fleur de Pinette des princesses Anaïs et Manon, il venait de causer grande pagaille au château de Pleugaphion. Harassé, son Mérens noir piétinait les champs de ganjablé et broyait les pierres avec ses sabots en chevauchant dans la nuit, les branches fouettaient la capeline du fuyard déployée dans le vent de sa fuite, mais il arriva tout de même sans encombre devant la flotte qu’il commandait. Englué sur la plage dans une épaisse couche d’algues malodorantes jaunes et brunes, il troqua sa bête fatiguée contre une petite barque qu’il lança sur l’eau sans attendre. Souquant ferme au milieu des vagues, il se présenta bâbord avant contre la coque de la Tatie Nique éclairée d‘un seul feu, au moment même où une poulette messagère épuisée par son vol tombait raide morte sur le pont, aux pieds de son capitaine Gaëtan Manquedamour. Comme la cocotte se trouvait naine, puisque d’une sous-espèce du pays de la Godée, sa missive ne tenait qu’en deux mots : « Attaquons Poudkor ». Le minuscule ruban de parchemin portait les signatures conjointes G.Q, V.P et RBDF. Gaëtan identifia aussitôt les noms de Gaultier Quilamolle, comte de Septizémie, sénéchal de Fion et général en chef de l’armée de terre, mais également des vassaux Vladimir Poustapine et Richard Beurre de Fion. La guerre contre Mouyse par voie de terre se voyait donc lancée. Gaëtan se pencha au-dessus du bastingage pour écouter la voix qui l’interpellait :

 

– Gaëtan, c‘est toi ?

 

– Oui.

 

– Qui c’est ?

 

– C’est Gaëtan.

 

– Oui.

 

– Gaëtan, c’est moi, Gaëtan, balance une échelle, j’ai des mauvaises nouvelles, Guibert Sonfutal nous a fait traîtrise, le duc de Médeux est mort, messires Robinet Atétard et notre vizir le capitaine-chevalier Franquette de Labonne sont retenus prisonniers au château, il nous faut mettre à la voile sans tarder pour quitter cette île hostile.

 

– Allons d’abord sauver les nôtres de leur infortune. Comment la flotte du Fion pourrait-elle craindre une simple poignée d’éleveurs de castors ? Nous avons largement les moyens de fracasser ce pays.

 

– Inutile, la reine Amanda paiera plus tard rançon pour eux, Franquette est son vizir, tout de même. Partons-vite, je te dis, ici ce n‘est pas notre guerre.

 

– Voilà donc la raison de ces nombreux sons de cor qui résonnent jusqu’ici en provenance de Godakatpat. J’ai reçu un message de Gaultier, son host s’occupe en ce moment à guerroyer aux murailles de Poudkor.

 

– Raison de plus pour aller luy prêter main-forte, nous n’avons que trop tarder. Obéis à ton amiral, Gaëtan, lève ton ancre, que la Rondelle en fasse autant et que les autres suivent !

 

Un seul bateau, la Morue Fringante,  n’était pas encore en état de naviguer, on décida de l’abandonner. L’échouage s’étalait sur deux cent mètres, mais compte tenu de la marée haute, tous les autres étaient à flot. Les navires de guerre s’élancèrent d’un même vent sur la mer de Cybrine, où on pouvait profiter à cette heure d’un courant favorable. Chacun de ces vaisseaux remorquait prudemment une chaloupe remplie de baquets pleins de résine et de soufre en attente d’être enflammé, destinés à combattre Mouyse par le feu. L’idée première de Gaëtan Maldemer avait été de brûler sa propre flotte par ce moyen avant de s’enfuir sur un bateau de pêche pour rejoindre Fion. Il s’était pourtant rendu compte que l’entreprise se montrait ardue pour lui seul, sans compter que les côtes de l‘Hyperbourrée se trouvaient désormais très éloignées. Ainsi, il commandait à présent plus raisonnablement l’escadre qui roulait hardiment vers Mouyse, mais sous son matelas, il avait caché dans sa cabine personnelle son précieux brin de Pinette, avec la ferme intention de fausser compagnie à ses hommes au plus tôt. Grâce à cette plante sorceresse, il reluirait comme il se doit et de belle façon la reine Amanda Blair, deviendrait par le fait roi du Fion, chasserait à jamais le côté nocturne de sa vie et envahi par une sorte de satisfaction bienveillante et particulière, il collerait à Milady l’imburnée quinze marmots issus de ses propres coilles. Homme simple, handicapé par une fesse blessée qui l‘empêchait de s‘assoir, d’une piété sincère envers Kramouille, le seigneur Gaëtan Maldemer de Posegalettabord méprisait tellement les serfs producteurs qu’il aurait préféré se donner la mort plutôt que de se salir les mains sur un tour de potier.

 

A la lueur d’un foyer rougeoyant du château de Pleugaphion, le roi Guibert Sonfutal se tenait coi et observait moult ferment les sieurs capitaine-chevalier Franquette de Labonne et messire Robinet Atétard, qu’il avait désarmés et délogés sous bonne garde de la tour Pucelle, en leur collant la dure hart au cou. Le voleur de l’herbier des jumelles s’était enfui, on avait libéré trop tard le treuil des chaînes qui barrait les rues de la ville. Les jumelles Manon et Anaïs Bourrelareine de Sonfutal plouraient tendrement au pied du trône, en déplorant la mort brutale du courageux valet Valentin Douceverge et la perte de leur trésor botanique. Les deux princesses n’estoient point laides enfançonnettes ni mal gracieuses, mais elles n’avaient pour l’heure guère envie, comme à leur habitude, de se montrer garnements, espiègles ou sémilleuses. En bonne dame, la reine Hildegarde avait le cœur amolli et regardait ses filles en si grande pitié qu’elle ne pouvait soutenir, de grand chagrin elle se sentit gonfler de l’aine et des aisselles. Sortis du fond de leur cabinet, le Captal maréchal Thiébaud Kentudor accompagné de sa gracieuse épouse La Pompadore se tenaient également dans la sombre pièce, ainsi que les nombreux seigneurs de l’ordre des chevaliers Tétonniques, tous en armure et parés au combat. En face des prisonniers, tenant haut la bannière de Godapat, taffetas blanc et lance à queue de castor, la plupart des conseillers du roi criaient « à mort, à mort ! ». La noble duchesse Yolande d’Estragon releva haut son giron devant les gars du Fion pour leur montrer son cul, en leur disant « point n’y souperez ou passerez la soirée ! ». Franquette de Labonne secoua vers le roi ses mains liées par solide chevestres :

 

– O gentil roi de cette île grasse et plantureuse, il n‘y a pas femme qui sache filer à Fion qui ne filera pour payer notre rançon en bons marc et livres tournois, c‘est peu présumer de notre royaume. Notre bonne reine Amanda trouvera bien avec vous un moyen de conciliation, nous ne saurions payer pour la faute impardonnable d’un seul ladre d’entre nous ! Noubliez-pas que je suis le noble vizir du Fion.

 

– Cuidez-vous ? Vous vous mettez à prix trop haut, grigna Guibert, l’affaire ne saurait se dégâster d’elle-même. Pendant des générations, nous avons conservé pareillement loyauté aux grands royaumes de Fion et de Mouyse, en sage gouvernement de notre île qui contrôle le marché intercontinental du castor. Dans l’observance des lois strictes édictées par nos aïeux. Mais vous, tourbe de voleurs que nous n’avions pas invités, je vous ai donné mon châtel à votre plaisir et vous avez saccagé ma confiance en toute liberté, pour fait sortir des gorges de mes filles des plaintes lamentables. C’est grand méchef d’avoir ruiné notre ancestrale amitié. Mille tourments ne sauraient effacer votre odieuse offense, je vous le dis, votre sang ruissellera sur ces murs !

 

– Gentil roi, votre seigneur, pria Robinet, vous avez enduré maint mal et mézaise de la part de notre amiral et nous comprenons votre courroux. Nous vous prions donc d’envoyer ce soir même une poule messagère devers la reine Amanda Blair, nous espérons en elle tant de gentillesse qu’à la grâce de notre Sainte Kramouille, votre intention changera.

 

– Trois fois hélas, messire Atétard, toute plaidoirie est désormais inutile, je ne puis désormais vous laisser fouler, vous serez décapités et tous ceux qui logeaient avec vous dans la tour Pucelle seront comme vous décollés.

 

L’accueil de ces propos dans l’assemblée fut tel que la la reine Hildegarde Bourrelareine souleva sa robe à son tour et déjà les huissiers prenaient requête du désir de leur roi. Mais Thiébaud Kentudor retint la manche de la capuce rouge du prêvot, lequel s’en allait déjà vers l’hôtel pour prévenir le bourreau.

 

– Laisse, Martinet, je le ferois seul et ici-même, car j’ai sur les hanches suffisamment de quoi le faire. Il dégagea sa forte épée du fourreau. Il me faut faire respecter le droit et la loi de Godapat envers le reste du monde. Allons, vous deux, messires du Fion qui honnissoient et trahissoient notre royaume, à genoux, inutile de faire attendre plus longtemps votre paiement. Vous n’êtes ici que pour nul bien, ainsi que je vous le montre. Les gardes forcèrent Robinet et Franquette à se tenir au sol, ils furent frappés à mort sans avoir eu le temps de pousser un cri. Leurs têtes aux airs graves volèrent dans les bras avides des jumelles excitées par un transport de joie et leur sang clair gicla sur la robe d’Hildegarde. Une seule pensée traversa leur esprit, ils auraient bien voulus auparavant boire un grand verre d’eau froide. Devant ce geste perpétré par son mari, la Pompadore en tourna de l’œil et tomba évanouie sur les dalles colorées.

 

–  Père, firent Manon et Anaïs, pourront nous récolter les quenelles de ces gens pour les mettre en bocaux ?

 

Un hérault essouflé demanda passage aux chambellans pour aller se poser aux pieds de son roi. Il revenait de la plage avec quelques chevaliers Tétonniques partis pour courir sus à Gaëtan mais, en témoin oculaire, il voulait préciser lui-même que les bateaux du Fion n’étaient plus là.

 

– Sire, la baie des castors est vide, ils ont tous rembarqué !

 

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Message édité par talbazar le 25-07-2017 à 15:50:26
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