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Auteur Sujet :

La moyenne Encyclopédie du pro-fesseur Talbazar.

n°49576808
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 01-05-2017 à 15:17:35  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : La jet larguée. Extrait numéro 19.

 

https://img15.hostingpics.net/pics/9990706598.jpg

 

Alors que l’avion brisé ne trahissait plus sa présence que par un mince bulbe blanc émergeant du marigot au milieu des irisations de kérosène, il plongeait avec lui dans la boue mouvante les enregistrements de ses deux boîtes noires. Ces dernières portaient la preuve que les pilotes avaient suivis l’intégralité d’un match de foot au cours du vol, que l’hôtesse Kim Kosanshian au chignon impeccable avait pris les commandes pendant 30 minutes exactement, qu’une autre leur avait lu des poèmes chinois pendant un quart d’heure, que la qualité des équipages n’était pas en cause, mais que bon, le moteur numéro 2 était en feu avec un réacteur complètement hors service et qu’on allait se poser, enfin sans doute s’écraser, dans une zone inhabitée autant qu’inabritée, puisque bâtie de vieilles ruines. Le commandant de bord Steven Eight indiquait donc un soudain changement de cap, pour effectuer un atterrissage en catastrophe sur une île minuscule balayée par les vents. On l’entendait franchement rire de la tête ahurie du copilote Jack-André Tyler transformé pour le coup en planeur. Les réservoirs étaient plus secs que les plateaux-repas de la Petro Jelly et on appliquait les procédures d’urgence pour que les passagers puissent intégrer le pire sereinement. Ce qui n’irait pas sans provoquer des angoisses et susciter des interrogations, mais qu’une fois l‘avion immobilisé et partiellement détruit, ceux qui survivraient sauraient certainement s’adapter pour le mieux au changement d’horaire. Jack André se voulait toutefois confiant, il communiqua même à son collègue que sous ces latitudes, si par hasard des pompiers les attendaient quand même, leur eau ne risquait pas de geler dans les lances à incendie. Dommage, lui répondit Steve, puisque pour se protéger du froid, les survivantes se seraient serrées contre nous. En syndicaliste modérément militant, ouvertement nostalgique des rototos et des basculos d’autrefois, traîtreusement remplacés aujourd’hui par les commandes électroniques et les écrans qui offrent tous le loisir aux pilotes de se gratter les couilles ou le minou, mais les submergent  d’un trop plein d’infos, Steve plaisantait sur le fait qu’à la Petro Jelly, la maintenance des appareils coûtait nettement moins cher que le prix du billet. Jack le sous-traita d’ingrat, vu que leurs salaires continuaient en général de faire sourire les banquiers. Enfin bon, les box dévoilaient minute après minute qu’on faisait son boulot et qu’on transmettait les informations, Steven ajoutant au passage que le score du match de foot constituait un bilan révoltant. En retour, le guidage au sol prouvait qu’il savait parfaitement réagir au type d’anomalie rencontrée, puisqu’il souhaitait plein de courage aux pilotes. Ensuite, on entendait quelques crouic … crouic… et puis plus rien. Les centrales de calcul des positions de l’avion le donnaient en dernier lieu pour quelque part au-dessus de la mer. 120 ordinateurs pour confirmer qu’en dessous, il n’y avait que de l’eau tiède à perte de vue et qu‘il fallait faire avec.

 

Après avoir construit sur la plage son temple de bambou avec l’aide de quelques fidèles, Eloi de Pouillet haranguait ses ouailles pour faire la chasse aux singes et les éliminer, vu que ces animaux scandaleusement pourvus de jambes, de bras et de mains n’étaient qu’une violation de sa loi divine, une offense évidente à la dignité humaine ; puisque ces sales bestioles témoignaient, en plus, d‘un certain degré de réflexion en s‘équipant d‘outils. Ils avaient même peinardement pris possession d’une rangée de sièges perdue dans la jungle, sur lesquelles ils prenaient du bon temps, poussant le vice jusqu‘à se mettre des casques glanés ici et là sur leurs oreilles décollées. Puisque Dieu avait créé par inadvertance ces créatures odieuses, il fallait réparer son erreur. C’est au cours d’une de ces battues aux simiens que son groupe tomba dans les buissons sur une sorte de totem sculpté dans un morceau de tronc, figurant un visage grossier dont les cheveux étaient réalisés par une couronne de vieilles brosses à dent. Ce portrait démoniaque n’était quand même pas l’œuvre des singes, c’est en tout cas ce qu’affirma Eloi à ses sectateurs apeurés, pour leur redonner confiance en lui. Il avait en effet le lourd fardeau de se charger d‘âmes. Le problème essentiel posé par ce diable exotique provenait surtout du fait que, si les brosses à dent étaient usées et relativement anciennes, la peinture qui recouvrait cette chose semblait sinon fraîche, du moins assez récente. Il garda cependant ses réflexions pour lui et céda même au désir insistant des autres qui voulaient ramener le fétiche au campement, en dépit de sa mise en garde sur le fait de pactiser avec le démon en accordant trop d’importance à leur découverte. On rajouta tout de même le totem aux trente singes tués à l’aide d’arcs et d’arbalètes improvisées. Lorsqu’il revinrent aux abris, le commandant Steven était absent, puisqu’il s’était éloigné dans les rochers pour taquiner le poisson. Un pilote de ligne peut très bien se reconvertir en pêcheur à la ligne, ce n’est après-tout qu’une question de matériel. Appelé à faire usage de sa science, Pierre Simon Langevin identifia immédiatement la trouvaille comme étant l’œuvre des Gouroungourous, la tribu autochtone de cette île que l‘on donnait pour complètement disparue. Il colla un brin de pétoche à certains en rejoignant Pouillet sur le fait que la sculpture n’était pas très vieille, mais cette affirmation redonna de l’espoir à d’autres, puisqu’elle suggérait que l’île puisse être habitée, quand bien même les locataires du coin auraient des plumes dans le cul et des os dans le nez. Loin de toute cette agitation, Steve surveillait son bouchon derrière ses lunettes noires à côté de Jack, lui-même en train d’essayer de percer quelque poisson nageant dans l’eau transparente, avec un harpon maison. Le suicidaire Louis de Bourvil flottait un peu plus loin dans sa brassière, maintenu ferment par le général Karl Ashnigof, dans l‘eau jusqu‘aux reins. On était aussi peinard qu’un jour de vote et Steve profitait du paysage enchanté, la mer le fascinait depuis toujours et pour l‘heure, il attendait qu‘elle fût nourricière pour la communauté.

 

– Tu sais Tintin, en général, la moitié des crash accuse des fautes de pilotage.

 

– Faux, les trois quart des accidents résultent d’erreurs humaines, ça inclut les passagers.
 
– Oh, tu joues sur les mots. Je crois qu’en mon fort intérieur, je préfère quand même être ici à cause d’un feu de réacteur qu’en raison d’une alerte à la bombe. Un accident mécanique, c’est franchement plus noble que l’absurde menace d’un délire terroriste.

 

– Le résultat est le même, en tout cas, mais autant vivre cette aventure à fond pour le moment. On finira bien par nous retrouver. L’AIS a dû transmettre notre nouveau plan de vol à tous les organes de sécurité. Les secours savent où on est.

 

– Je te signale qu’on a plongé dans un espace non contrôlé, hors des zones d’activité. C’est pas demain la veille qu’ils vont se pointer ici, même en surfant comme des dingues sur le jetstream !

 

– On transportait quoi pour l’émir du Boukistan, d’après-toi ? on a rien retrouvé, ou le truc a cramé.

 

– Je n’en sais rien, on ne m’a pas donné l’info avant le départ.

 

Dominique Quenique vint les prévenir de la découverte insolite faite dans la forêt, ils retournèrent avec lui au campement. Tous les trois suaient à grosses gouttes en marchant sur le sable brûlant et Jack enleva sa chemise. On avait survécu à l’accident, mais on allait peut-être crever de chaud ! Loraine Careaway fut la première sur laquelle ils tombèrent en arrivant aux cabanes. Elle discutait avec Jenifer Hardy au longs cheveux rendus collants par l’air poisseux, qui lui demandait ce qui était prévu pour le repas.

 

– Du singe.

 

– Encore ! Putain j’en ai marre. Ces bestiaux là me font des hanches. C’était chez le mannequin une sorte de règle, elle ne disait du bien que de ceux qu’elle aimait. Pourtant, la viande de singe n’était pas plus mauvaise que les bigorneaux ramassés à foison par tous les ramasseurs-cueilleurs improvisés.
 
 Une tension métaphysique barra tous les fronts et tirailla toutes les lèvres, lorsque Steven examina soigneusement le totem sous toutes les coutures. Il attarda longuement son regard sur les brosses à dents, mais la coiffure multicolore et incongrue ne semblait pas propre à lui faire pratiquer l’humour.

 

– Oui, effectivement, il y a quelque chose qui cloche avec ce bidule, il n’a pas l’air d’être très vieux.

 

– En tout cas, fit le multi-millionnaire Michel Tatol, si ces Gouroungourous ont le temps de s’amuser à faire des trucs pareils, c’est qu’une classe moyenne avide de loisirs a du émerger récemment dans la tribu. C’est moche et inutile, ceci étant dit.

 

– Ben, la pensée symbolique de l’art était aussi contemporaine de l’industrie chatelperronienne, pourtant ces gars là ne chômaient pas vraiment pour trouver à bouffer.

 

Langevin voulait lui répondre juste pour le contredire, parce qu’il n’aimait pas vraiment le riche héritier. La science aime le pognon, mais pas toujours, surtout si les enveloppes officielles des subventions vont dans les autres services, ou dans les autres poches.

 

– Contrairement à moi, le toisa Tatol, vous les savants vous n’êtes que les rouages du système, mais moi je suis ce système. Une entreprise, ça s’achète ou ça se détruit, et en fin de compte, les gens c’est pareil, qu‘ils soient chercheurs au CNRS ou pousse boulons. Ce sont les gens comme moi aux mégaprofits qui décident comment doit tourner ce monde, pas vous.  

 

– C’est ça. On fait les guerres, on les arrête et tout va bien, puisque le commerce en profite. Et bien entendu, les habitants des pays émergents que vous pillez sortiront de la misère quand ils apprendront à placer correctement leurs économies. Vous êtes pitoyable et malsain. Chômage, inégalités, climat pourri, corruptions, c’est pas votre came, hein ?

 

– Sale gauchiste. Et diplômé, en plus, un comble.

 

– Belle déclaration finale, qui pourrait bien être le faire-part de naissance de mon poing sur ta gueule. Ici tu es comme les autres et finalement tu vas payer comme tout le monde, en te salissant les mains, le renouvellement du bail sur cette île. Si tu bosses pas comme les autres, ça tournera vinaigre, te voilà prévenu. Terminé de glander sur la plage pour tracer des SOS pendant qu‘on s’échine à te nourrir. Des signaux auxquels tes petits copains de la finance n’ont pas l’air de porter grand intérêt, soit-dit en passant.

 

– Ah, mais il va bientôt me bassiner avec son manque de liberté, la censure et les suppressions de postes chez les enseignants-chercheurs ! Mon pauvre mignon, le savoir n’est rien d’autre qu’une marchandise comme une autre. Vous, le castriste à propagande, je fais ce je veux sur cette île et votre responsabilité collective, vous pouvez vous la coller bien profond.
 
 Loin de ce débat houleux, alors qu’elle triait ses affaires dans la case qu’elle partageait parfois avec Steward, Shirley maintenait ses vols, car la jeune hôtesse cleptomane venait de se rendre compte qu’elle avait subtilisé sans l’avoir voulu le pistolet de Moktar Bouif pendant le vol. Il y avait une logique dans l’enchaînement des faits, puisqu’elle lui avait aussi inconsciemment piqué les munitions

 

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Message édité par talbazar le 01-05-2017 à 15:50:14
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Posté le 01-05-2017 à 15:17:35  profilanswer
 

n°49641310
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 06-05-2017 à 13:05:08  profilanswer
 

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Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : Noeud coulant pour Martin Smith. Extrait numéro 38.

 

https://img4.hostingpics.net/pics/480481362565695.jpg

 

Pour pratiquer le sénateur Rupin, il fallait des gaziers au cv bien rempli, des fortiches de la cambriole au passé médaillé. Dédé la Taloche, spécialiste du perçage de coffre et Totor Rouquin, expert en alarmes, furent donc les compagnons de l’escamote que Sisco Matteï désigna pour venir à bout du meuble blindé chez le nouveau client. Ces deux visiteurs de la nuit ne furent pas mécontents de reprendre du service, puisque leur garde rapprochée à la Rose Noire finissait par sombrer dans la routine ennuyeuse. Les ennuis de Pietro le Corse venaient d’apporter un peu de piment au fonctionnement de la boutique, mais eux n’étaient pas concernés par cette embrouille regrettable au sujet de ce Sugar Daddy. Deux jours après la confrontation du patron avec Teddy la Fouine, leur camion bourré du matériel nécessaire, ils descendirent tranquillos dans le sud en compagnie de leur boss, d’autant plus sereins que le prochain boulot recevait d’après lui la sainte bénédiction des poulets. Un comble. Cerise sur le gâteau, le propriétaire influent était absent pour un moment et la baraque se trouvait vide d’habitant, cette nouvelle affaire sentait plutôt le muguet. On ne devait pas toucher au contenu du coffre après son extraction, mais les compères pouvaient se rabattre sur les tableaux, l’argenterie et tout ce qu’il était loisible d’emporter, après estimation de la forte valeur sur le marché du mobilier trouvé. Dédé et Totor n’étaient quand même pas du genre à travailler pour des prunes. Le premier claudiquait un peu quand il était fatigué, parce que pour fêter ses trente deux ans, il avait reçu une balle dans le genou. Il prenait pas mal de cocaïne et ça le faisait souvent trembler. On lui prêtait une vieille aventure mexicaine, au cours de laquelle il avait fait un peu de ménage sanglant pour le compte du cartel des frères Subito, ceci-dit tout le monde savait que c‘était faux. Dédé la Taloche voulait mourir en jouissant sur une belle fille, ça c‘était vrai. L’autre pesait presque cent kilos, mais à la Rose Noire on le charriait sur le fait qu’il n’était pas musclé mais gras. Il portait des lunettes rondes et fines qui ne lui allaient pas et lui donnaient une bouille d’Hamster. Totor était brun, on l’appelait Rouquin en raison d’un pari idiot, au cours duquel il avait avalé cul-sec un litre de rouge presque sans débander. De braves chignoles, les deux gars, qui savaient jouer de la gâchette à l’occasion, avec la froide résolution de la nécessité. Des experts sans pareil dans leur domaine, aussi. Deux pères peinards de l’activité criminelle habitués à rentrer chez les autres sans invitation. Avec eux, la mise à sac de la maison Rupin allait certainement être du billard.

 

En plein jour, elle frappait joliment les rétines, la villa du sénateur. Perchée sur une colline isolée et bercée par le chant des cigales, la riche bâtisse dominait la garrigue avec prétention, comme son croulant de propriétaire le faisait du populo. Verdure et jeux d’eau jouaient dans le parc devant la grande et calme façade aux parois obliques, dont la peau extérieure s’habillait d’un puzzle de belles céramiques d’un brun colorado. Un long balcon apportait son rythme horizontal en surplombant tout le rez-de-chaussée accessible par un charmant raidillon. L’ensemble du bâtiment illustrait un concept architectural audacieux, lequel s’intégrait harmonieusement dans l’environnement. La splendide demeure, où la pierre naturelle et les bandeaux de céramique se mettaient réciproquement en valeur, respectait par ailleurs d’une heureuse manière la topographie du lieu et s’unissait à la nature de façon réfléchie. Le cachet affirmé de cette baraque à l’architecture contemporaine prouvait de façon magistrale et à elle seule la bonne santé des finances du mondain qui l‘occupait. En réalité, tout ce que les trois hommes connaissaient sur l’oiseau qui coulait des jours heureux ici, c’était sa vieille tronche à la télé, quand il ramenait sa gueule sur sa vision du monde qu’il pourrissait allègrement de ses magouilles. Une petite atteinte à sa vie privée allait rétablir l’équilibre sur ses atteintes à la vie publique qui l’engraissait, l’affublait de la légion d’honneur et le rendait hautement respectable, tout en couvrant malgré elle ses officieuses manigances. Derrière les hautes grilles, le trio resta un bon moment à se rassasier les yeux de ce véritable joyau isolé, qu‘il allait reconvertir en supermarché de la brocante de luxe. La stratégie globale reposait avant toute chose sur le flair de Totor Rouquin, afin de prendre un ensemble de mesures susceptibles de les faire rentrer sans alerter immédiatement le commissariat du bled. Une intrusion inconsidérée déclencherait aussitôt un processus infernal et de la prison ferme. Il n’y avait pas de clôture de sécurité du genre électrifiée en dehors du simple et haut grillage extérieur, mais un bataillon de caméras judicieusement placé fournissait sans doute de belles images pour venir plus tard épauler les flics en cas de visite non autorisée. La surveillance de l’endroit se basait sur un système informatique complexe, il aurait mieux valu qu’elle le fût sur de simples pièges à loup posés au bon endroit. Pendant que, réfugiés dans le camion, Dédé la Taloche se collait un rail dans le pif après avoir fait tomber son col roulé vert, Totor en tee-shirt blanc bricolait sa gentille cyberattaque sur le cerveau domestique de la villa, réputé inviolable par son naïf commercial. Le gardien électronique sophistiqué fonctionnait en circuit fermé, mais il devait transmettre immédiatement en cas d’anomalie, c’était sa faille sur laquelle Totor s’efforçait d’agir, en inversant la proposition pour lui couper le sifflet et le rendre aveugle. Pas aussi simple à réaliser qu’un bonjour, mais Rouquin avait déjà mené à bien ce genre de bricolage. Confiant dans ses coéquipiers, Sisco cramait sa clope à l’extérieur, histoire de jeter un œil sur la petite route qui grimpait la colline. On agissait au grand soleil qui se montrait pour l’instant plus que généreux. Pas mal de bornes séparaient la demeure de ses plus proches voisins, un couple dont la femme était une star actuellement en tournage quelque part dans le monde. La nature tranquille et généreuse se faisait gentiment complice et Sisco cracha un bout de poumon sanglant dans le fossé, encore un que Comtesse Monique ne verrait pas. Il jeta un œil à l’avant du camion, Totor bidouillait attentivement sur son clavier à la recherche des bonnes fréquences et Dédé, le geste un peu brouillon et plus par jeu qu‘autre chose, faisait coulisser une balle dans le canon de son feu. Quarante minutes plus tard, Totor demanda au patron de se placer près de l’entrée.

 

– Si ça débarre on est bon, mais si je devine que ça couine on met les bouts ! Il alluma le contact du camion après avoir lâché sa phrase.

 

– Sisco s’exécuta en compagnie de Dédé, lequel ressentait le besoin de se dégourdir les jambes. Un petit clac émana du boitier de commande situé près des battants du solide portail qui se mirent en marche pour l‘ouvrir. Le boss agita la main en direction du truck dont le moteur ronflait.

 

– Ok, je passe aux 6 caméras. Il sourit de satisfaction devant une portion noire de son écran, puisque c‘était l‘assurance d‘avoir bandé les yeux de la vidéo HD avec sa bombinette logique. Il tapa un code, un long bip salua sa manœuvre qui d‘une certaine manière n‘infectait pas le système, mais en prenait simplement le juste contrôle, un point vert sur son écran indiqua l’assoupissement immédiat du système d’alarme. Rouquin avait coupé son sifflet au château. On est bons, les gars !

 

Ensuite on referma le portique comme des gens bien élevés, pour faire franchir au camion l’allée traversant la vaste pelouse, sur laquelle une armée de jardiniers devait de temps à autre se casser le dos. L’étendue verte et bien tondue enflammée de cyprès élancés se perçait de vastes bassins et d’une majestueuse piscine invitant au farniente. Eux, ils n’étaient pas là pour se rouler les pouces mais pour bosser. En conséquence, ils descendirent de leur véhicule et se dépêchèrent de pénétrer dans la maison, alors qu’une ridicule serrure normale les en séparait encore. Les volets étaient tous fermés, mais Totor s’amusait plus que jamais de piloter cette baraque à distance avec son terminal mobile ; en jouant cette fois sur l’infrarouge il envoya plein de lumière dans le grand salon, en se foutant pas mal de révéler ainsi leur présence. Les murs se trouvaient tous décorés de précieux tableaux de maître, aucune désillusion sur le fait que ce soient des copies, mais chaque œuvre aurait fait honneur aux plus fameuses cimaises de musée.

 

– Simplicité et sécurité de votre cyberbouclier où que vous soyez, comme dit la pub !

 

– Et en cas de panne, fit Sisco, profitez de l’assistance gratuite téléphonique. Mais finalement je crois que nous, on va appeler personne, parce que ça fonctionne pas trop mal, en fin de compte.

 

D’un geste explicite, il arrêta quand même son complice avant qu’il ne leur balance de la musique classique dans les oreilles. S’il le pouvait toujours, le vieux Ruppin devait forniquer ses call-girls en écoutant du Chopin sur ce grand canapé qui dominait le salon. Un meuble si monstrueux que celui-là, il allait forcément rester en place, au contraire d‘une bonne partie du mobilier d‘époque. Une chose pourtant que ne révélerait pas l’application dédiée du Rouquin, c’était l’emplacement du coffre fort. On passa le relais à Dédé la Taloche qui circula de pièce en pièce avant de trouver le machin dans un petit bureau de l’étage. Un vieux modèle bas de gamme, une antiquité sans doute efficace pour l‘ignorant, mais un jeu de gosse à profaner, estima d’emblée le perceur. Les bouteilles et le chalumeau se trouvaient toujours sur un chariot à roulette, dans le camion, mais Dédé au pâle visage s’attaquait déjà aux petites mollettes pour essayer de trouver la bonne combinaison, il espérait bien se passer de la masse et du marteau pour voiler la porte de 6 mm, si la flamme ne donnait rien. L’oreille collée sur la surface métallique, il tenta de faire jouer les pannetons dans un ordre précis, attentif au moindre bruit et jouant d’une science qui n’appartenait qu’à lui. Le truc pouvait paraître impossible à tenter pour le novice, mais Dédé la Taloche, ce n’était pas n’importe qui et c’est pour ça que Sisco Matteï l’avait choisi, en dépit de ses narines transformées en baril à coke. Vingt minutes seulement lui suffirent pour ouvrir tranquillement l’armoire forte. Une prouesse de dingue que ses compagnons saluèrent avec un grand sourire. Peu importe comment il avait réalisé ce truc là sans se salir les mains, mais Dédé, fallait le reconnaître, c’était un roi. Sisco jeta un coup d’œil dans l’armoire blindée, pas de flouze, pas de bijoux, juste un monceau de paperasses bien classées que le patron de la Rose Noire devrait transmettre intégralement à Gilbert Tricard.

 

– Eh les aminches ! en fouillant là-dedans, on aurait peut-être de quoi le faire chanter à vie, Rupin ? Elle nous filerait surement une bonne rente pour qu‘on se taise, cette vieille raclure de fils de pute, j’en suis certain.

 

– Et lui filer notre carte de visite au passage ? Tu n’imagines pas le poids des amis de ce type, Dédé. J’ai promis à la Fouine ces documents, ils sont à lui, laisse tomber.

 

La Taloche était défoncé, il aurait pu être dangereux à cet instant-là de le contredire, mais Totor s’impatientait déjà de procéder au déménagement et Dédé se contenta de hausser les épaules avec une moue dépitée, en desserrant sans plus y penser l‘étau de sa vexation. Son être effaçant subitement le paraître, il se déclara rongé par la faim et ne voulait rien faire avant d’avoir mangé. Cependant, il n’y avait aucune victuaille entreposée dans la cuisine, c’est pourquoi il descendit à la cave à la recherche d’un congélo. Il trouva tout de suite des litres de grands vins censés abreuver les invités du gotha local et national que soudoyait le proprio. L’affamé roula des billes sur les nombreuses bouteilles alignées de Château Rayas et de Romanée-Conti, puis il s’empara finalement d’un Petrus et d’un Châteauneuf-du-Pape au millésime ancien, avant d’aviser dans un coin un congélateur de taille respectable. Il coinça ses litrons contre sa poitrine avec son avant-bras gauche pour libérer sa main droite et ouvrir le capot blanc. Ouais, ben c’était pas de la bouffe que renfermait ce frigo, mais un grand sac en plastique transparent et gelé avec une petite femme dedans.

 


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Beau long week-end à tous.

 

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Message édité par talbazar le 07-05-2017 à 09:28:47
n°49736970
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 14-05-2017 à 09:09:07  profilanswer
 

En exclusivité : le téléchargement gratuit de la sextape volée du pro-fesseur Talbazar avec Emma Watson !
 
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Activités ludiques
 
Aujourd'hui : Rejoins toi aussi le MEDEF et fabrique ton pantin.

 
 
https://img15.hostingpics.net/pics/660650medf.jpg
 
 
Salon littéraire.
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar.
 
Aujourd'hui : Biographie de Gaston Boudiou - extrait Numéro 27.
 
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En juillet 1967, les hippies sont plus de 350 000 en Amérique et le magazine Time leur accorde même sa couverture, mais dans l’ancienne ferme de papi Léon, ils ne sont tout au plus qu’une trentaine à s’éclater dans leur méga boum organisée pour fêter la pleine lune. Grâce aux bonnes gouttes de LSD, aux Pyramides et autres Citrons, Gaston Boudiou décide ce matin là de marcher sur l’eau et d’arrêter un train. Les trente centimètres de profondeur de la mare aux canards et le retard chronique de la Société Nationale des Chemins de Fer lui sauvent la vie. Au lendemain de la partouze historique qui finira de convaincre Jean Micheton du bien fondé de ce nouveau mouvement, le copain de Gaston va s’amuser dans son coin plus de 3h40 avec une boite à meuh qu’il va retourner continuellement. Le bruit des beuglements artificiels ne sauraient pourtant couvrir le fameux « Light My Fire » des Doors que l‘on s‘écoute jusqu‘à plus soif. Gaston a emprunté la mobylette de son ami pour aller prévenir sa mémé Ernestine, qu’il trouve par ailleurs affolée et dans tous ses états, puisque son petit-fils n’est pas rentré dormir chez elle. Elle voit bien que quelque chose cloche en lui et s’effraie lorsqu’il lui raconte qu’il a passé la nuit chez les hippies, mais elle est néanmoins soulagée de le voir enfin devant elle. Il accepte de boire un café pour mieux la rassurer. Angèle est plus critique et l’abreuve de commentaires acerbes, lui se contente de lui répondre qu’on a qu’une vie et que les potes de Marie-Charlotte sont au final bougrement sympathiques. Une transcendante lueur messianique allume son regard lorsqu’il annonce aux deux femmes qu’il va passer le reste de la semaine avec eux. De retour avec son sac de couchage dans la ferme du bonheur, Jean et lui vont bien rigoler lorsque Gaston annoncera à son copain goguenard que sa mobylette plantée dans un arbre ne sera sans doute pas réparable. Un faux beuglement de vache terminera cette navrante analyse, avant qu‘on aille rejoindre les autres couchés dans le pré. Les gars sous acide se sont regroupés pour tracer dans l’herbe le grand portrait de Timothy Leary en n’utilisant que des pâquerettes, mais la mission hallucinogénique échoue sur le constat que le dessin évoque plus la tronche bridée de Mao Zedong que celle du pape du LSD. Amour et vérité circulent dans chaque bière avalée et personne ne songerait à fumer son joint pour lui tout seul. Las de toute causerie, plusieurs couples font l’amour dans le champ et Gaston étonne le vannier amateur, lorsqu’il lui annonce qu’il devrait absolument déclarer son activité artisanale auprès de la chambre des métiers. Le type rebaptisé du nom de Crystal Plane et originaire de la Telegraph Hill de San Fransisco secoue les clochettes qui parsèment ses cheveux en écoutant Gaston Boudiou lui donner dans la remise des cours de gestion de façon totalement gracieuse.
 
– C’est clair, tu vois, tu réalises suffisamment de paniers pour y placer les fromages de chèvres fabriqués par notre équipe projet, après évaluation de ce produit sur le marché hebdomadaire de Troulbled et en tenant compte de la contrainte externe imposée par le supermarché. Puis tu estimes la quantité livrable après étude d’impact. Normalement, si tu peaufines correctement ton cahier des charges fonctionnel, tu peux te faire des couilles en or rapidement et dans très peu de temps, tu verras s’ouvrir enfin grand devant toi les portes de la perception, après ta déclaration de revenus imposables.  
 
 Mais Crystal Plane n’aura pas, ni ce jour ni un autre, la fulgurante révélation ; puisqu’il préfère s’éloigner un peu plus loin pour souffler un air dans son ocarina, effrayé par l‘incroyable prophétie du jeune garçon. La célébration continue d’ailleurs de propulser les hippies dans un formidable envol cosmique et Gaston Boudiou et Jean Micheton réalisent en à peine deux heures leur prodigieuse révolution spirituelle. Wendy décide de rester deux jours dans la baignoire et n’en sortira pas, Gaston passera donc le plus clair de son temps à tresser des colliers de fleurs en compagnie de Marie-Charlotte, entre deux positions du Kama Sutra et bercé par le son de la boite à meuh. On fume la Marie-Jeanne plus que jamais, bientôt on récoltera celle qui pousse près de la grange. Quelle surprise, lorsque la vierge Marie en personne débarque à la ferme, puisque Marie Tafiole, qui vient de démissionner de son poste d’infirmière à l’hôpital de Bripue, vient rejoindre la communauté sous les conseils d‘un jeune patient de la bande parti soigner là-bas sa bite douloureuse. Gaston en reste coi et son esprit s’émeut d’une agitation fantasque, mais il prend rapidement conscience que Marie est aussi un mammifère, entre trois positions tantriques disputées en sa compagnie. Beaucoup parlent d’organiser une marche pour la paix dans la rue principale de Troulbled, repeinte pour l’occasion de savoureuses peintures psychédéliques. On objecte que les Troulbézeux regarderont, mais ne seront pas, sans compter que le minibus Volkswagen qui devrait les conduire en ville est en panne et que personne ne sait comment le réparer. On titube, on baille et puis on retire ses chemises Hopi et ses pantalons hindous afin de retourner baiser dans le grenier pour la paix au Vietnam, affalés sur les peaux de moutons au sein d’une joyeuse conscience illuminée. La peau plus fripée que celle d’un éléphant, Wendy immergée annonce qu’elle vient d’avoir la vision du Bouddha de l’avenir dans l’eau savonneuse, elle entrainera Marie Tafiole dans la baignoire pour qu’elle vienne lui caresser les seins et vérifier son point de vue. Marie à subtilisé plein de cachets de barbituriques en quittant l’hôpital, c’est cool, ça permet de se calmer un chouille en cas de bad trip. Crystal Plane ne veut plus faire de paniers, il décide plutôt d’écrire toute la journée de longs poèmes sur un cahier d’écolier. L’électrophone surchauffe, le soleil brille et tout le monde libère son âme créatrice en repeignant à nouveau les volets en violet. Chaque jour, quelques stoppeurs égarés débarquent à leur tour dans la ferme, venus rejoindre les premiers hippies de France. On joue de la guitare, on abandonne rapidement un projet de festival, Les filles aux fleurs se collent un troisième œil sur le front, en s’extasiant du phénomène optique provoqué par le reflet des rayons du soleil sur le pied des verres à vin. On est High en permanence et l’influence des jours passés dans une quasi extase au sein de cette grande fresque animée aura pour Gaston Boudiou une telle importance, qu’elle le fera souvent se lever d’un bond sur sa chaise, au cours des années qui suivront. En juillet 1967, dans cette atmosphère aux lueurs tamisées, Ganesh Beedies au bec rapportés par d‘autres chevelus, Gaston décide de dire merde au coiffeur et rêve de partir sur les chemins de Katmandu en compagnie de Wendy, habité intérieurement par une flamme d’une intensité rare. Hélas, un beau matin, la belle américaine prend ses affaires pour quitter la ferme et partir vers de nouveaux horizons, Gaston ne la reverra plus jamais mais portera toute sa vie à l‘oreille l‘anneau d‘argent qu‘elle lui a donné.  
 
 Pendant que son frère dessine des fleurs sur son jean et déménage du cigare sur des airs de musique planante, Angèle prend l’autobus avec sa grand-mère pour aller faire des courses au Suma de Bripue. En arrivant en ville, mue par quelque instant de grâce fragile, elle rêve de se voir en photo géante sur une affiche pour la promotion de son prochain film, avec un portrait d’elle façon studio Harcourt. Elle ferait certainement une bonne action en cédant une petite partie de sa fortune aux chiens errants. Pendant que Ernestine achète de la cervelle d’agneau et du foie de veau, les viandes à la mode, puis rentre à l’église allumer un cierge, Angèle prend au kiosque Cine Revue, qu’elle va dévorer sur le chemin du retour. Un petit article lance les candidatures pour le prochain concours de Miss Blonde, il suffit juste d’avoir 16 ans. Angèle les aura justement bientôt, elle pourra donc s’inscrire et monter à Paris, puisque Gaston veut y aller lui aussi pour rencontrer son père biologique, ce fameux Emile Pertuis qu’ils n’a jamais vu.  Angèle est svelte, la jeune fille ne compte pas lésiner sur les effets de hanche et son parfum est plus qu’au point, elle ne doute pas d’être la future lauréate, afin d’offrir au monde une nouvelle célébrité. Sur les murs de la petite ville, elle regarde sans les voir par la vitre du bus les graffitis contestataires de plus en plus nombreux qui maquillent le béton pour critiquer le système et la bourgeoisie. Certains cherchent à faire mouche par l’humour, mais d’autres slogans peints appellent sans fioritures la jeunesse ouvrière à cogner plutôt dur.  
 
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Bon dimanche à tous.
 
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Message édité par talbazar le 14-05-2017 à 10:28:26
n°49812709
talbazar
morte la bête, mort le venin
Posté le 21-05-2017 à 08:16:19  profilanswer
 

Salon littéraire :
 
Les oeuvres essentielles du pro-fesseur Talbazar
 
Aujourd'hui : L'épilée du Nil. Extrait numéro 73.

 

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Il se trouvait que Schrèptètnuptèt Tahosétlafer Ramassidkouch était malade en litière, surtout dans les virages. C’est pourquoi 300 000 esclaves se mirent au travail en sortant de Thèbes pour creuser le sol et tracer une route en parfaite ligne droite devant le cortège de l’incarnée, afin qu‘elle puisse descendre sans trop de souci dans le sud du pays. Evidemment, ce chantier colossal et permanent retardait son avance, puisqu’il fallait raser au passage de nombreux villages, ce qui prenait beaucoup de temps. Atteinte en autres désagréments d’un irrépressible mal de fleuve, la momie avait dû renoncer à naviguer sur le Nil, pour choisir de voyager plutôt dans une litière confortable et sûre, un ensemble monocoque Simkâ GL rouge, avec suspension arrière à bras tirés de solides porteurs indépendants aux jambes élastiques. Leur chef Amékel-Vachar les entrainait tous par chaînes, ce qui donnait parfois des accélérations paresseuses et un freinage souvent capricieux. La Simkâ GL à trente porteurs muets, facteur notable de silence, s’équipait en plus d’un type monté sur l’essieu rigide à l’arrière pour servir d’indicateur de recul, accusant peut-être toutefois une certaine dureté de pédale. Pour l’illustre passagère vautrée sur l’agréable velouté des coussins, la visibilité dans l’habitacle spacieux restait satisfaisante sous tous les angles, ce qui lui offrait à loisir le panorama étonnant de cette nouvelle piste à deux fois deux voies longeant les berges, près desquelles la litière de l’usurpatrice progressait au sein d’un sempiternel brouillard poussiéreux. En dépit de ses succès éclatants qui avaient ramené Tahosétlafer et Ramassidkouch à la vie, une fois insufflé leur Bâ dans le joli corps de la belle-sœur de Néefièretarée, cette dernière avait fait pendre avant de partir de Thèbes le maître embaumeur Jpeulfèr-Amémêmsou-Jedi, pour se venger de lui à cause des sévices rendus sur la table de momification.

 

Trois porteurs chutèrent brusquement en trébuchant sur un nid de poule et l’un décéda en se faisant marcher sur le bide par les suivants. Fort heureusement, il s’agissait d’une litière louée et l’agence de location l’assurait pour tout risque de crevaison, on remplaça donc sans souci et sans délai le porteur défaillant, puisque l‘énorme taux de chômage de l‘Egypte sous le règne de la pharaonne Néefièretarée ne rendait aucune pièce de rechange introuvable. L’accidentée qui n’en demandait pas autant reçut même deux chargeurs Britons en cadeau bonus, afin qu’ils puissent servir de roux de secours. Aux abords de la luxuriante cité de Méwé, Schrèptètnuptèt Tahosétlafer Ramassidkouch ordonna aux porteurs de serrer à droite, pour stopper sur le bord de la route. Amékel-Vachar arrêta la Simkâ, gonfla ses gars en leur mettant la pression, puis une pétarade issue du bidon rempli de 5 litres de bière de l’un des porteurs avant-gauche fit craindre une rupture d’échappement ; son chef allait donc profiter de la halte pour l’examiner et le vérifier en atelier. Ses collègues porteurs en profitèrent également pour aller se vidanger. Quand à elle, la passagère aux trois entités confondues descendit pour faire quelques pas sur la berge, si près de la rive que ses pas s’enfoncèrent dans une boue suspecte. Le temps chaud et ensoleillé donnait au paysage des couleurs éblouissantes et franches, mais la momie ne fut pas sans se rendre compte que les paysans du coin lui faisaient la gueule, puisque le coût de préparation de la nouvelle route venait dramatiquement se rajouter aux supertaxes régionales qu’ils endossaient déjà. D’ailleurs, seuls les poissons du Nil bénissaient encore le règne de Néefièretarée, puisque les pêcheurs les laissaient à présent tranquilles, n’ayant plus ni beurre ni huile pour les faire cuire. Les flots charriaient aux pieds de l’usurpatrice un extraordinaire conglomérat de roseaux morts, de bout de bois englués de résidus visqueux, de vieilles cruches et de papyrus gras. Certains déchets emportés par le courant provenaient même du littoral étrusque. Au milieu du fleuve, de petits bateaux mis en place par le syndicat de la commune de Méwé et garnis d’éprouvettes en verre auscultaient l’eau, sans apporter néanmoins la moindre solution pour nettoyer cette région, à cause du danger que représentaient les nombreux crocodiles affamés. A coté de la jeune femme, une grande plage destinée aux vacanciers s’hérissait de parasols payants. Un effort de salubrité de la municipalité balnéaire vendait toutefois dans un stand des paniers de propreté à usage unique, mais pour le prix faramineux, hélas, d’un poulet rôti. L’effort ainsi accompli par l’association « Egypte en progres et environnement » se voyait donc très mal récompensé et toute la grève était gravement polluée. Le vaste chantier de l’autoroute carrossable qui remplacerait sous peu l’ancien chemin de terre piétonnier augmenterait sans doute l’accumulation effrayante des déchets touristiques dans ce coin-ci. Après avoir sécurisé le parking, les gardes de la momie alignés très militairement au milieu des vagues, épée au poing pour se protéger des sauriens, goûtaient collectivement la fraîcheur d’un bain au cours de cet instant de repos bien mérité, en échangeant des propos très terre à terre sur les maladies de peau. Ecoeurée par le spectacle de cet endroit sauvagement pollué, Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch s’éloigna discrètement pour aller inonder et fertiliser un champ, d‘une façon parfaitement naturelle.

 

Tout en piétinant le marais parsemé d’immondices, dont les emballages prouvaient clairement leur origine anatolienne et mésopotanienne, elle déplorait d’être aussi éloignée du pouvoir suprême, pauvre petite trentenaire esseulée cernée par les deux mecs avec qui elle devait cohabiter. Les trois entités qui habitaient son corps et son esprit formaient une structure en miroir, mais chacun sait qu’on ne traverse jamais les miroirs sans les casser. Son sang neuf giclait plutôt follement dans ses veines en obstruant ses pensées d’éclats ternis, ses esprits s'axphyxiaient mutuellement à huit-clos, libéraient des souvenirs et des images rancies propres à chacune des personnalités, au gré d’une errance intérieure troublante. Un triptyque terrifiant jouait à embrouiller le cerveau de la momie aux passés multiples, ce qui l’empêchait de posséder toute conscience claire pour décider d’un avenir commun. Sa condition de momie lui faisait alors temporairement oublier son ardent désir de s’emparer du trône, dans le but de tirer à son gré les ficelles du royaume des deux-terres. Schrèptètnuptèt, Tahosétlafer et Ramassidkouch étaient tour à tour l’un et l’autre et parfois les trois en même temps. L’image publique qu’ils rendaient était celle d’une femme agréable à regarder, mais ses yeux s’allumaient d’éclairs furtifs trahissant une cruauté féroce proprement psychotique. Elle était prise d’idées délirantes et d’hallucinations, comme cet horrible songe d’avoir un jour à travailler comme un ouvrier pour gagner sa vie. Sa fine équipe de grands comédiens qui composait sa cour thébaine, cette cohorte de bonne noblesse qui l’avait veulement suivie depuis la capitale, faisait semblant de ne rien voir, toute occupée à se disputer hypocritement ses rares faveurs. Beaucoup cependant voyaient clair dans son jeu et ne donnaient plus très longtemps à vivre à la pharaonne en titre. Tout le monde savait que l’on se portait le plus vite possible à la rencontre de Néefièretarée, mais nul ne doutait que le chemin du retour se ferait sans elle. En attendant, on prenait l’ombre sur une des aires de repos ouverts 24h/24 de la 01 (Thèbes-Larnak), près de la sortie sud - Oasis de Banania, en regardant les esclaves creuser la grande route rectiligne limitée à 8,7 km/h. Une grande majorité de ces pauvres hères décharnés qui maniaient pelles et pioches n’espéraient rien d’autre de la vie que le simple droit de vote, pour atténuer un peu l’omniprésent pouvoir des prêtres et ne plus garnir leurs autels avec la sueur de leur front. Les plus avides de démocratie étaient certainement ceux dont la femme les trompait avec un de ces tondus du temple d‘Amon, seuls à recevoir l‘aval du Dieu.

 

Cachée sous les hautes ombelles des papyrus, Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch secoua les fesses pour évacuer la dernière goutte et se fit cruellement mordre par un cobra solitaire, nullement hypnotisé par son geste oscillant. Sous le coup de cette vive douleur, la victime gigota sur place comme un des danseurs de l’Opéra de Memphis. Le large collier qui ornait sa gorge se détacha, c’était comme si l’on venait de planter un couteau dans le bas de son corps. Elle pria le dieu Ptah qui guérit les morsures en se massant le cul et la brûlure ressentie rappela aux hommes en elle le jour pénible de leur circoncision. Amékel-Vachar fut le premier à se précipiter pour répondre aux cris de sa patronne, avant que la nouvelle ne fût annoncée officiellement. Les scribes humoristes considérèrent pour une fois l’incident comme un sujet tabou et renoncèrent plus tard à le dessiner dans la presse de Méwé. Peu après cette vilaine morsure, le Kâ de la momie vivante, cette force vitale qui représentait l’aspect divin de ses trois personnes, se réchauffa brusquement sous l’effet du venin comme une pierre exposée au soleil brûlant. Pour tout autre, la plaie aurait été mortelle, mais pour Schrèptètnuptèt-Tahosétlafer-Ramassidkouch frappés d‘éternité, l’horrible blessure les rendit tous les trois seulement dingos, mais alors complètement givrés du ciboulot. L’entité ordonna d’ailleurs à ses gardes qu’ils aillent contraindre les habitants de Méwé à nettoyer sans plus attendre leurs eaux souillées, sous peine d’être immédiatement livrés aux crocodiles.

 

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Bon dimanche à tous.

 

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Message édité par talbazar le 23-05-2017 à 04:28:44
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