J'ai découvert ce qui va suivre par un simple article de presse et j'ai été assez surpris :
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PARIS (Reuters) - Julien Dray appelle le ministère de l'Intérieur à faire toute la lumière sur des allégations de collaboration entre des services de renseignements et des officines privées récemment publiées.
"Ou bien s'agit-il là d'allégations fantaisistes, et alors nous demandons au ministère de l'Intérieur de publier rapidement un démenti clair", déclare le porte-parole du Parti socialiste dans un communiqué.
"Ou bien ces faits sont avérés, auquel cas nous demandons immédiatement à ce que toutes les mesures soient prises pour que toute la lumière soit faite sur ces affaires", ajoute-t-il.
Sous le titre "Voyage au pays des barbouzes", Le Point relate jeudi les grandes lignes d'un livre à paraître la semaine prochaine, "Allez-y, on vous couvre !".
Selon l'hebdomadaire, il s'agit "d'un témoignage explosif sur les liaisons dangereuses entre la DST et les sociétés privées de renseignement" par un ancien gendarme qui serait devenu pendant trois ans "agent de recherche."
Pris en flagrant délit de "tricoche", cette pratique illégale qui consiste à siphonner les fichiers de police, l'auteur, Patrick Baptendier, a été mis en examen pour "corruptions, recels de corruptions, complicités de violations de fichiers automatisés." Il attend aujourd'hui son procès.
Le Point estime que ce témoignage risque de faire du bruit alors que le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, a récemment porté plainte pour des faits d'espionnage de sa vie privée.
L'hebdomadaire évoque également la mise en examen d'un commissaire soupçonné d'avoir revendu à des officines des renseignements puisés dans les fichiers de la police.
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Extraits de« Allez-y, on vous couvre ! » - Bonjour, c'est la DST
Printemps 2003, je viens de quitter l'Européenne de sécurité privée, une entreprise spécialisée dans la protection rapprochée des grands patrons, pour créer l'agence Iris Consultants. Je travaille alors essentiellement pour Kroll, société américaine, leader mondial du renseignement, dont la branche française emploie une dizaine de permanents à Paris et s'appuie sur des structures comme Iris pour mener filatures et surveillances sur des personnalités du monde des affaires.
Après une première mission-surveiller un homme d'affaires au Concorde-Lafayette-, Kroll m'a demandé de prendre en charge la filature d'un membre du conseil d'administration de Nokia. Il s'agit de le suivre dans tous ses déplacements parisiens.
Orly, 6 heures du matin, mes hommes sont répartis en deux équipes. Trois à l'intérieur de l'aéroport, trois à l'extérieur, en voiture et à moto. Soudain, avant même l'arrivée de l'avion, Stéphane, mon chef d'équipe, me téléphone.
« Patrick, il y a une autre équipe ! Ils sentent bon l'after-shave, baskets bien propres, jeans bien repassés. C'est la police.
-Bon, ben tu les contactes, tu te présentes et tu donnes mon numéro. »
Le lendemain, je reçois un coup de fil très aimable d'un certain Patrick Guiez, commandant de police à la Direction de la surveillance du territoire. Je lui donne rendez-vous à l'hôtel Napoléon, avenue de Friedland. Mon interlocuteur est un quadragénaire un peu chauve, petites lunettes à monture argentée, costume sobre, extrêmement souriant. Il m'explique qu'il travaille dans la cellule de surveillance des entreprises d'intelligence économique :
« Ce qui m'intéresse dans vos activités, c'est Kroll. Cette société fait partie de nos priorités. »
Pour la DST, qui doit remplir une mission de protection du territoire et des intérêts économiques français, il est extrêmement important de connaître les sujets qu'une société américaine d'intelligence économique est amenée à traiter.
Nous nous quittons sur la promesse de nous téléphoner dans deux semaines. Je ne le fais pas. Mais le policier me rappelle. Il me fait comprendre qu'il connaît tout de moi lorsqu'il me déroule mon CV, mes vingt-deux ans de carrière dans la gendarmerie, ma démission... Il me laisse entendre qu'il pourrait facilement m'empêcher de travailler. Je comprends que je suis désormais totalement entre les mains de la DST, qui peut me rayer de la carte du jour au lendemain.
Le marché est très clair. En échange de mes contacts et des noms de tous les individus sur lesquels j'enquête, j'obtiens immédiatement des identifications de véhicules, des comptes bancaires, des environnements DST très complets avec un historique hyper-détaillé. Je reçois ces renseignements sur des notes blanches ou par téléphone. Les informations se suivent, brutes, sans qu'on puisse jamais en identifier la provenance. C'est ainsi qu'Iris Consultants, créée pour mettre en oeuvre filatures et surveillances, entre dans le monde du renseignement économique où, grâce à la DST, elle va devenir rapidement très crédible.
Les médias sous surveillance
La journaliste Ghislaine Ottenheimer
Je remplirai de nombreuses missions pour Kroll, dont plusieurs m'ont confronté à des personnalités politiques, médiatiques ou économiques. Jamais on ne m'interrogera sur la façon dont j'obtiens mes renseignements. On sait que je suis un ancien gendarme, on pense que j'ai gardé des amis dans la maison. C'est la raison pour laquelle ses dirigeants n'hésitent pas à me demander renseignements bancaires, fiscaux ou téléphoniques. Durant l'hiver 2004, on me demande ainsi de surveiller pendant deux jours la journaliste Ghislaine Ottenheimer. Je la fais suivre consciencieusement pendant qu'elle fait ses courses en Smart avenue Victor-Hugo, à Paris, ou qu'elle déjeune tout en riant beaucoup avec des amies. Devant l'absence de résultats satisfaisants pour Kroll, on me demande de basculer la surveillance sur son mari, Thierry Lefébure, l'un des lobbyistes les plus en vue de Paris, que son feutre et sa grande écharpe rendent aisément repérable. C'est un client facile à suivre, qui marche lentement dans la rue et roule dans un gros 4 x 4 Volkswagen en respectant scrupuleusement le code de la route. Nous photographions une bonne partie de ses rendez-vous dans des lieux publics ainsi que les gens qui rentrent et sortent de son immeuble pour le rencontrer. Je fais également identifier les véhicules de ses visiteurs.
Pendant ses rendez-vous à l'extérieur, j'appellerai à plusieurs reprises et sous différents prétextes son collaborateur pour connaître son planning. Ce qui facilitera grandement notre travail de surveillance et de prises de vue.
Toutes les photos et détails de la mission ont été, comme d'habitude, remis à Kroll et à la DST.
Le patron de Skyrock
Courant décembre 2005, Hervé Zany me demande d'effectuer une recherche d'antécédents sur Pierre Bellanger, patron de la radio Skyrock. Je ne connais ni le but ni le commanditaire de ces recherches. J'apprendrai plus tard que cette mission avait trait au rachat potentiel de la radio. Kroll sait que Pierre Bellanger a déjà été condamné, mais l'a-t-il été pour raisons professionnelles ou personnelles ? Les premières recherches de la DST feront apparaître que Bellanger, fils de l'ancien PDG du quotidien Le Parisien, s'est attiré les foudres de la justice pour des infractions secondaires, toutes liées à l'exploitation de ses radios [libres]. Mais Kroll me demande de fouiller encore. La DST m'informe alors que ma cible aurait été entendue par la police en 2001. Kroll s'impatiente, exige un bulletin de casier judiciaire. Celui-ci est vierge.
Le propriétaire de « France-Soir »
En août 2005, Jean-Marie Duniau, analyste chez Kroll, me charge de la mission « Parlak ». Je dois recueillir un maximum d'éléments sur Raymond Lakah, homme d'affaires franco-égyptien propriétaire du quotidien France-Soir et d'Air Horizons [ancien Euralair], qui s'intéresse au rachat d'une autre compagnie aérienne, Star Airlines. Bien évidemment informée par moi, la DST va me prêter main-forte en me fournissant les renseignements d'identité exacts de Raymond Lakah, l'identification de ses véhicules, ses adresses successives. Elle va également m'aider en me confiant des éléments plus sensibles, situant précisément les relations étroites que Raymond Lakah aurait entretenues avec le gouvernement français, et ce depuis 1992, époque à laquelle, en délicatesse avec le gouvernement égyptien, il aurait reçu la protection du gouvernement français et été déclaré citoyen de la République. Toujours selon la DST, Raymond Lakah, issu de la bourgeoisie copte, aurait fait l'objet de toute l'attention d'Interpol et aurait été retenu en 2003 à l'aéroport de Chicago, puis laissé libre. Mon référent à la DST me déclare que ses services se sont eux-mêmes saisis de la tentative de rachat dans laquelle s'est lancé l'ami Rami ou Ramy, comme ils le surnomment, mais me glisse, cette fois par téléphone, des précisions sur ses passeports : passeport français n° 88XX... Il y a aussi un passeport égyptien qui est le 118XX...
Mi-septembre j'appelle François, [son officier traitant à la DST] pour avoir confirmation de certains détails. Là encore, c'est clair, il consulte le fichier interne DST sur son ordinateur. [Joint par Le Point, Jean-Marie Viala, l'avocat de Raymond Lakah, n'a pu contacter son client hospitalisé].
Les assurances MMA
Dès l'été 2005, j'ai pu mesurer à quel point la DST était satisfaite de notre collaboration. François m'avait proposé à plusieurs reprises de me rendre dans les bureaux du 7, rue Nélaton, dans le 15e arrondissement de Paris, près du quai de Grenelle.
« Vous verrez mes supérieurs ! Vous êtes un de nos meilleurs agents. »
[La DST demande alors à Patrick Baptendier de démarcher Geos, une entreprise d'intelligence économique concurrente directe de Kroll.]
En septembre 2005, je passe donc un coup de téléphone à Geos. Et je suis rapidement reçu par Jean-Renaud Fayol. Cet ancien de Saint-Cyr a opéré comme officier spécialiste du soutien aux mouvements insurrectionnels, il est responsable du département intelligence économique.
Au bout de quelques minutes d'entretien, Jean-Renaud Fayol me demande si je sais « poser une bretelle ». En clair, si je peux mettre en place une écoute téléphonique. Le souhaite-t-il vraiment ou bien me teste-t-il ? A la question il répond par un sourire.
De toute façon, je ne sais pas le faire, mais je peux me rendre utile sur d'autres types de renseignements.
« Comptes bancaires ? Factures détaillées ? Environnements difficiles ?
- Je peux essayer.
- Ça m'intéresse. »
[En octobre 2005, Geos charge Baptendier d'une mission sur le groupe MMA.]
Le client, c'est le groupe d'assurances MMA, et plus particulièrement Jean-Claude Seys, le boss du groupe. Il exige de connaître les agissements d'un agent général représentant la compagnie, M. Emmanuel P. qui s'est opposé aux fusions au sein de MMA, notamment avec la compagnie Azur Assurances.
De plus, Emmanuel P. serait en relation très étroite avec un membre de la direction du groupe et lui aurait emprunté une somme d'argent.
Il faut identifier les comptes bancaires d'Emmanuel P. et vérifier chacun d'eux afin de constater ou non des virements suspects ou des remboursements de six bons de capitalisation Axa qu'il détient peut-être... Je dois procurer des éléments d'environnement que je demande à la DST ainsi que l'identification des comptes bancaires de Paris. Je confie cette dernière mission à un ancien officier de gendarmerie devenu APR et mon principal sous-traitant.
La DST, qui approuve cette recherche, s'engage également à rechercher l'existence de virements sur ses comptes. Plus de vingt comptes seront découverts. (...) En fait, la plupart de ces comptes servaient légalement à l'activité professionnelle d'Emmanuel P. Et pas de virements suspects sur ceux analysés par la DST.
Plus rien sur Nicolas
J'apprends à la lecture des comptes rendus d'audition sur mon affaire que, « pour des causes inexpliquées », « mystérieuses » selon un terme que l'enquêteur utilise lui-même dans son PV, aucune conversation n'a été enregistrée sur ma ligne le 17 novembre 2005 entre 11 h 10 et 14 h 18. « Cela provient peut-être des réparations de lignes dans la caserne », peut-on lire dans le rapport de l'IGPN. A cette date, le conflit faisait rage entre Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, et Dominique de Villepin, le Premier ministre, à propos de l'affaire Clearstream.
François me demandait régulièrement par téléphone et lors de nos rendez-vous si je ne disposais pas de renseignements compromettants sur le ministre de l'Intérieur, qu'il appelait Nicolas. En tout cas, je sais que j'ai eu ces conversations avec François et qu'elles n'apparaissent pas dans les écoutes actées dans la procédure
1. « Allez-y, on vous couvre ! », de Patrick Baptendier (éd. du Panama, 15 E).
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Victimes et accusés, ce qu'ils en disent
Ghislaine Ottenheimer Journaliste et écrivain
« C'est comme un viol » « C'est comme un viol. Vous apprenez qu'on vous observe au coin de la rue... On sait qu'il y a des grandes boîtes qui utilisent ces méthodes pour obtenir des contrats ou déstabiliser des concurrents. Peut-être essayaient-ils de piéger mon mari, qui travaille parfois sur des affaires sensibles. A moins que cela ne soit pour mon livre sur les inspecteurs des Finances. Je suis journaliste et je fais les choses ouvertement ; mon mari, c'est pareil. On sait qu'il y a des gens qui ne vivent que de ça. Il faut les ignorer. »
Pierre Bellanger PDG de la radio Skyrock
« Une atteinte intolérable à la vie privée » « C'est un choc. Quand j'aurai les éléments en main, j'examinerai avec mon avocat les suites à donner à cette affaire. C'est une atteinte intolérable à la vie privée, un préjudice. Je ne suis pas complètement surpris non plus, ce n'est pas déconnecté de ma réalité professionnelle. A l'époque où j'aurais été espionné, un certain nombre d'associés se sont retirés, d'autres sont rentrés. Je reste sans voix quand vous me dites que la DST a transmis des informations sur moi. »
Pierre de Bousquet de Florian ancien patron de la DST, aujourd'hui préfet des Hauts-de-Seine
« Aucune incrimination n'a jamais été retenue » « Sur le fond, cette affaire étant à ce stade couverte par le secret de l'instruction, la seule réponse que je peux vous faire est que toutes les justifications demandées ont été fournies en leur temps au juge d'instruction chargé de l'affaire et qu'aucune incrimination n'a jamais été retenue contre aucun fonctionnaire de la DST. Cette circonstance me paraît dire assez la rectitude avec laquelle, quoi que puisse prétendre le mis en examen, ce service avait agi. »
Jean-Renaud Fayol Ancien directeur de l'intelligence économique de Geos
« Je le poursuivrai en justice » « A l'époque il est vrai que j'ai fait travailler M. Baptendier, mais je nie farouchement lui avoir demandé de poser des bretelles ou d'obtenir des renseignements sur des comptes bancaires. Il faisait pour nous des enquêtes sur des groupes, des sociétés ou des personnes. Mais jamais nous ne lui avons demandé de choses précises. Je le poursuivrai en justice s'il prétend le contraire. Il nous apportait des rapports blancs dans lesquels il nous disait : telle personne possède un confortable patrimoine. Des renseignements d'ordre général, jamais des informations aussi précises, ce qui serait illégal. »
Jean-Claude Seys PDG de Mutuelles du Mans Assurances
« Je tombe des nues » « Je vous jure que je n'ai jamais diligenté d'enquêtes sur quiconque et encore moins sur Emmanuel P. [agent général représentant MMA]. Donc je n'ai jamais reçu de rapport de cette nature. MMA non plus, et je n'imagine pas que quelqu'un l'ait fait dans mon dos. A l'époque, des agents qui s'opposaient à la fusion de MMA et de la société Azur-Assurances, il y en avait cinquante. Il n'y avait pas que Emmanuel. P. Mais celui-ci était en conflit avec les syndicats. »
Hervé Zany Ancien directeur général de Kroll
« Notre réputation est bonne » « Je n'ai pas de commentaires à apporter à des allégations portées par un livre que je n'ai pas lu. Nous sommes un grand groupe qui s'est fait une jolie place en France dans le domaine de l'intelligence économique. Malgré toutes les allégations portées ces dernières années à son encontre, Kroll n'a jamais fait l'objet d'une quelconque mise en cause par la justice. Notre réputation est bonne. Je vous engage à une extrême prudence. Nous serons très attentifs à toute tentative de diffamation... A qui appartient " Le Point ?" »
Alain Marsaud
« J'ai appris par l'auteur lui-même que j'avais fait l'objet de surveillance alors que j'étais parlementaire. Si cela est vrai, c'est d'une extrême gravité. Je ne peux pas faire autrement que de saisir la justice pour demander des comptes à ceux qui ont pris cette initiative. »
source : http://www.lepoint.fr/actualites-s [...] 0/0/250516
Que pensez-vous de cela ?
Trouvrez-vous normal ou plutot dira-t-on légitime, la collaboration entre des services de renseignements et des officines privées tel qu'on le voit dans les extraits ci-dessus ?
Pensez-vous qu'on devrait définir des limites de collaboration ou de surveillance et si oui, sur quels critières ? Ces limites ne pourraient-elles pas poser un problème sécuritaire ?
Message édité par super_newbie_pro le 27-07-2010 à 21:28:20
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